Selon Lofti Khiari, « quand nos sols sont gorgés d’eau au printemps parce qu’ils éprouvent de la difficulté à se drainer, on doit en améliorer la structure. Et pour cela, on doit comprendre la notion d’équilibre des bases. » Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantUn producteur agricole ne devrait pas se limiter à fournir suffisamment de nutriments à ses cultures. Il devrait aussi se soucier de l’équilibre chimique de son sol pour en accroître la fertilité, affirme Lofti Khiari, professeur en gestion des sols et des matières fertilisantes à l’Université Laval.
L’équilibre chimique du sol constitue la base d’une approche agronomique baptisée « La théorie de l’équilibre des bases » (souvent désignée par l’acronyme anglais BCSR). Selon cette théorie, il existe un rapport idéal entre le calcium, le magnésium, le potassium et le sodium pour obtenir une fertilité optimale et des rendements maximaux. Cette théorie est surtout utilisée dans certaines régions du Brésil.
Dans la vaste majorité des pays, les agronomes ont plutôt adopté l’approche des niveaux suffisants de nutriments disponibles (connue sous l’acronyme anglais SLAN). Ils utilisent des grilles préparées par le CRAAQ (Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec) pour déterminer les valeurs optimales d’apport en nutriments, calculées selon la culture. « La plupart de nos agronomes ont adhéré aux notions SLAN. Il ne faut cependant pas négliger la notion des bases échangeables, notamment quand on a un problème de structure de sol », croit Lofti Khiari, qui donne un indice clair pour détecter ce genre de problématique.
Quand nos sols sont gorgés d’eau au printemps parce qu’ils éprouvent de la difficulté à se drainer, on doit en améliorer la structure. Et pour cela, on doit comprendre la notion d’équilibre des bases.
L’importance de l’argile
L’amélioration de la structure du sol permet surtout d’éviter la dispersion de l’argile et de la matière organique. Ces deux éléments jouent un rôle essentiel de fertilité, car ils ont la capacité de retenir dans la terre les éléments chimiques indispensables aux cultures. « L’argile et la matière organique sont dotées de charges électrostatiques négatives. Ces charges négatives sont mesurées aux laboratoires par la CEC et vont capter toutes sortes de cations, comme le calcium, le magnésium et le potassium », explique Lofti Khiari.
Cette capacité d’échange cationique (CEC) est un indicateur clé de la fertilité et du potentiel de rétention des éléments nutritifs. « Plus un sol a une CEC élevée, plus il est fertile. Il va retenir les éléments nutritifs, mais aussi l’eau pendant la saison estivale quand il ne pleut pas », ajoute le chercheur.

Or, le magnésium, quand il sature cette CEC, va certainement provoquer la dispersion de l’argile. « On peut tolérer un certain pourcentage de magnésium, mais un excès de magnésium provoque des problèmes de sol », dit M. Khiari, qui rappelle qu’une grande partie des terres québécoises sont riches en cet élément chimique. À l’inverse, le calcium provoque l’agglomération de l’argile et améliore la stabilité du sol.
Un pH neutre
Pour rehausser sa CEC, un producteur doit donc viser la neutralité du pH de ses terres, notamment par le chaulage. « Pour des terres acides, on apporte donc des tonnes de matières chaulantes qui augmentent le pH comme du carbonate de calcium », indique l’universitaire.
« En maraîchage, on propose d’apporter beaucoup de matières organiques, mais ce n’est pas approprié à toutes les cultures. Par exemple, la pomme de terre est sensible aux matières organiques fermentescibles et aux matières chaulantes qui peuvent amener la gale commune », dit-il.
Lofti Khiari indique que l’analyse de la CEC d’une terre peut s’avérer dispendieuse. Ses travaux de recherche, appuyés sur l’intelligence artificielle, devraient cependant permettre aux producteurs dans un proche avenir d’obtenir facilement ces données. « Un simple scan du sol suffira à calculer les doses nécessaires », dit-il.