En raison du temps anormalement sec cet été, Raphaël Grenier-Damphousse et Jean-René Héroux (à gauche) ont découvert ce qui obstrue habituellement le cours d’eau qui traverse la terre de ce dernier, en attente de nettoyage depuis 12 ans. Photo : Gracieuseté de Raphaël Grenier-Damphousse
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S'abonner maintenantBien que Raphaël Grenier-Damphousse ait entamé des démarches en 2019 pour nettoyer le cours d’eau qui traverse sa terre de Maskinongé, en Mauricie, les travaux ne seront pas effectués avant au moins 2028. Les délais et les coûts pour entretenir un cours d’eau – qui peuvent dépasser 1 M$ dans certains cas – ont explosé, ces dernières années. Des allègements réglementaires pourraient toutefois survenir avant la fin de 2025.
« Il faut qu’on fasse un plan, puis qu’on envoie ça au ministère de l’Environnement. Après ça, il faut creuser en respectant les plans et devis. Puis on va chercher un contracteur pour faire les travaux. Quand ils regardent un document d’une centaine de pages pour faire un kilomètre de cours d’eau, les contracteurs chargent cher. C’est ça qui fait exploser les coûts », souligne le producteur. Un cours d’eau baptisé Grande Décharge traverse sa terre sur 450 mètres en trois branches avant de se déverser dans le lac Saint-Pierre.

À Louiseville, également en Mauricie, Jean-René Héroux attend depuis 12 ans qu’un des cours d’eau qui traverse ses terres soit débouché. « Il n’y a rien qui se passe. Il est plein, ma chère dame », indique-t-il.
Asséché cet été en raison du temps anormalement sec, notamment dans le littoral du lac Saint-Pierre, le cours d’eau a dévoilé la cause de son obstruction. « Il y a plein de bois dedans. Ils ne le voyaient pas avant parce que le bois était calé au fond », dit-il en espérant que des photos envoyées aux autorités concernées fassent progresser le dossier. En attendant, le producteur enregistre des pertes de rendement sur ses superficies.
Des coûts plus élevés
Par crainte d’influencer le processus d’appel d’offres à venir, la MRC de Maskinongé n’a pas souhaité fournir les estimations préliminaires pour l’entretien de la Grande Décharge, que les producteurs de la municipalité de Maskinongé souhaitent voir nettoyée sur 13,5 km. Celui qui est en attente de l’autorisation du ministère de l’Environnement pour ce projet reconnaît toutefois que les coûts se sont accrus ces dernières années. « Les coûts d’entretien des cours d’eau sont plus élevés qu’avant, entre autres depuis la mise en place de nouvelles normes environnementales, notamment pour l’implantation de bandes riveraines et l’évacuation et le transport des sédiments excavés du site des travaux lorsque ceux-ci sont réalisés en littoral du lac Saint-Pierre », a indiqué le porte-parole de la MRC, Pier-Olivier Gagnon.
Des sédiments à transporter
Dans ses précédentes fonctions de maire de Baie-du-Febvre, de préfet adjoint et de membre du comité cours d’eau de la MRC de Nicolet-Yamaska, dans le Centre-du-Québec, le producteur laitier Claude Lefebvre a été témoin de ces hausses de prix.
On a fait un cours d’eau à Baie-du-Febvre, il y a cinq ou six ans. Le nettoyage a coûté 3 000 $, mais sortir les sédiments, ç’a coûté 30 000 $. Parce qu’il faut charger ça dans des camions, puis aller déposer ça hors littoral.
Autre exemple, les frais encourus pour le nettoyage de la rivière Landroche, prévu en 2026, ont déjà atteint 300 000 $, et d’autres montants s’ajouteront pour effectuer les travaux et refaire des plantations fauniques. « Juste replanter, ça va coûter 100 000 $ », estime M. Lefebvre, dont les terres sont traversées par la rivière. Le fonds de sa MRC consacré à l’entretien des cours d’eau couvrira 25 000 $, mais l’excédent sera envoyé à la municipalité, qui répartira le montant sur l’avis d’imposition des producteurs concernés. Leur nombre varierait entre une cinquantaine et une centaine.
Claude Lefebvre s’attend à devoir débourser personnellement de 15 000 $ à 20 000 $ pour ce nettoyage. Son expérience lui a prouvé que les projets de nettoyage de cours d’eau dans le littoral du lac Saint-Pierre peuvent s’étendre sur une période allant de cinq à dix ans. « Ça prend nécessairement des certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement. Puis, quand on est dans le littoral, ils nous demandent des études fauniques et floristiques avant d’entreprendre les travaux, ce qu’ils ne demandent pas ailleurs. À mon sens, ça n’a pas sa raison d’être parce que c’est quand même des coûts », explique-t-il en précisant toutefois être soucieux de préserver la faune et la flore. Ce qui ajoute notamment aux délais, dit-il, c’est de devoir attendre le moment de l’année propice, selon les études effectuées, pour entreprendre les travaux.
Les ministères mobilisés sur la question des cours d’eau
Un comité composé de représentants des ministères des Affaires municipales, de l’Agriculture et de l’Environnement ainsi que de l’Union des producteurs agricoles (UPA), notamment, se penche sur la question des cours d’eau depuis le 4 septembre, a indiqué le président général de l’UPA, Martin Caron, lors de l’assemblée générale annuelle de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec, le 22 octobre.
« D’ici la fin de l’année, il va y avoir des recommandations à mettre en place pour être plus efficaces et trouver des façons de faire. Nous, on pousse sur un guide. La première affaire, c’est de segmenter les risques. Quand on connaît le débit du cours d’eau dans notre champ, est-on obligés de faire une étude d’impact et d’avoir des plans et devis? Et mon voisin, qui a le même cours d’eau, sera-t-il obligé de demander ça? Présentement, c’est ça. C’est un non-sens. On sait qu’il y a des impacts quand on nettoie ces cours d’eau là. Il s’agit de trouver le processus et le guide. Évitons ces coûts-là », a-t-il expliqué à La Terre.
Des résolutions sur l’entretien des cours d’eau ont été adoptées par les délégués représentant les producteurs de plusieurs régions cet automne; notamment, le Centre-du-Québec, la Mauricie et Chaudière-Appalaches.