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L’orifice servant à ajouter du liquide à base d’urée (DEF en anglais) doit être propre. Autrement, il peut y avoir contamination du fluide. Photo : Louis-Yves Béland

L’orifice servant à ajouter du liquide à base d’urée (DEF en anglais) doit être propre. Autrement, il peut y avoir contamination du fluide. Photo : Louis-Yves Béland

Ras-le-bol envers les systèmes antipollution des tracteurs

Un tracteur qui s’immobilise en raison de la régénération de son filtre à particules ou un autre qui refuse d’avancer pour un problème avec l’urée du système antipollution… Plusieurs agriculteurs pestent contre les technologies antipollution de leur tracteur ou leur camion fonctionnant au diesel.

Des producteurs font même enlever leur système antipollution, confirment plusieurs sources, dont le propriétaire d’une compagnie spécialisée dans l’ajustement de moteurs diesel. « J’ai des appels tous les jours de gens qui veulent faire deleter leurs systèmes », spécifie celui qui tient à garder l’anonymat puisque cette pratique est illégale. Bien qu’il ne s’adonne plus à cette pratique, il précise qu’il en coûte entre 1 000 $ et 3 000 $ pour retirer le système antipollution d’un tracteur et entre 1 500 $ à 2 000 $ pour trafiquer de la sorte une camionnette.

Francis Lavoie

Francis Lavoie

Un liquide facile à contaminer

Lors de la dernière édition de l’événement Expo-Champs, La Terre a été témoin d’un échange lors duquel un agriculteur a partagé au commerçant Francis Lavoie toute son irritation envers les systèmes antipollution à l’urée. Le propriétaire de Lavoie Équipement Agricole lui a donné raison, indiquant que plusieurs composantes propres aux systèmes antipollution engendrent des bris, surtout au début de leur commercialisation, alors que leur qualité laissait à désirer. Cet aspect a cependant été amélioré sur les nouveaux véhicules, assure M. Lavoie.  « L’autre partie du problème, qui demeure encore d’actualité, c’est la contamination de l’urée [un fluide pulvérisé dans le système d’échappement comme antipolluant]. Même si tu l’entreposes dans les meilleures conditions, elle peut se contaminer. Au soleil, on n’en parle même pas. Si l’ordinateur détecte que l’urée est dégradée, trop concentrée [par évaporation] ou contaminée par de la poussière ou autres, plus rien ne va marcher. Il va falloir vider le réservoir, le nettoyer et le remplir à nouveau », détaille Francis Lavoie.

Il ajoute que l’urée se dégrade avec le temps, ce qui pose problème lorsque la machine est inutilisée sur une longue période. En hiver, l’urée peut geler. « Pour toutes ces raisons, certains producteurs font enlever le système antipollution par des compagnies sur la slide, mais ils doivent faire attention, car c’est de plus en plus vérifié », prévient-il.


Des comportements à changer pour éviter la suie

Louis-Yves Béland

Louis-Yves Béland

Professeur à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec et ancien spécialiste technique chez un concessionnaire John Deere, Louis-Yves Béland reconnaît que les systèmes antipollution modernes ont multiplié par dix le nombre de capteurs et composantes comparativement à la technologie présente en 1996, puis qu’ils ne sont pas parfaitement adaptés au temps froid du Québec. « Mais il faut voir ce que cela nous apporte. Un moteur qui répond aux normes Tier IV est 120 fois plus propre qu’un moteur en 1996, et les nouveaux Tier V sont encore plus propres », affirme l’enseignant en génie agromécanique du campus de Saint-Hyacinthe.

Il croit que les producteurs doivent changer leur comportement avant de penser faire enlever leur système antipollution. « Beaucoup de producteurs laissent tourner leur moteur au ralenti au lieu de l’éteindre. Parfois, c’est pour le confort, pour faire marcher l’air conditionné ou le radio. L’utilisation au ralenti représente près de 30 % de toutes les heures de fonctionnement des moteurs de tracteur. C’est énorme, et au ralenti, le moteur produit plus de suie, ce qui encrasse le système antipollution et l’oblige à procéder à des régénérations du filtre plus fréquentes. Mais si l’opérateur éteint plutôt le moteur, le système a moins de suie à gérer », explique-t-il.

L’autre facteur, indique le professeur, concerne l’utilisation assez commune de tracteurs trop puissants pour leur tâche. « Un tracteur de 300 forces employé sur le grain cart, on comprend qu’il ne travaille pas fort, et un moteur peu exploité en termes de puissance, c’est un moteur qui demeure froid. Et ça fait quoi? De la suie! Je crois que les fermes qui crient le plus haut et le plus fort contre les systèmes antipollution ont souvent à se questionner sur leurs pratiques », analyse-t-il.