Environnement 26 avril 2023

Précieuse H2O aux Jardins VMO

L’accès à l’eau est une priorité absolue pour les producteurs de canneberges. Parlez-en à Jean Olsthoorn, copropriétaire des Jardins VMO à Drummondville, où on pratique la récolte à sec et par voie humide de ce petit fruit acidulé.

Les Jardins VMO fonctionnent en circuit fermé, contexte qui nécessite une gestion méticuleuse de l’eau. « Nous utilisons un système d’irrigation par tensiomètres, piloté grâce à la lecture d’instruments qui indiquent l’humidité du sol », explique M. Olsthoorn, qui optimise ce système par un usage stratégique. « En été, je fais beaucoup d’arrosage de nuit ou tôt le matin. Je démarre le système vers 4 h ou 5 h, jusqu’à 7 h. Il y a alors assez d’eau dans le sol pour combler les besoins de la plante pour toute la journée », explique-t-il.

Des plants à découvert

Pour le producteur qui cultive une trentaine d’acres, l’enjeu climatique se situe d’abord sur le plan logistique. Les chaleurs qui apparaissent tôt au printemps et perdurent en automne l’obligent à s’ajuster. « En 2021, on a eu un printemps chaud, suivi d’une période de gel, ce qui a beaucoup affecté notre rendement. Ces extrêmes nécessitent qu’on soit beaucoup plus alertes », confie le producteur. L’arrivée plus tardive du gel en hiver complique aussi la protection des plants. « Cette année, les champs n’ont gelé que vers le 3 janvier, alors que normalement, les premiers gels arrivent près de la période de Noël. Cela augmente le risque que les plants soient exposés aux froids durant l’automne », explique-t-il. Le même risque surgit avec la fonte hâtive du couvert neigeux au printemps.

Avant, la neige nous quittait vers la fin avril. Maintenant, c’est vers la fin mars. Ça nous oblige à protéger davantage les plants contre le gel en début de saison, donc à installer le système d’irrigation plus rapidement.

Jean Olsthoorn, Jardins VMO

Un bilan encourageant

Grâce à son type de culture et à une gestion attentive de ses ressources, l’entreprise fait bonne figure sur le plan des gaz à effet de serre (GES). « Mon type de production n’exige pas de travaux de sol; on ne génère donc pas d’émissions à ce niveau », atteste M. Olsthoorn. « Nos engrais produisent un peu de GES, mais on en utilise beaucoup moins que les cultures commerciales de grains », note l’agriculteur, dont la consommation d’énergie constitue le principal poste d’émission. « Les pompes de notre système d’irrigation fonctionnent avec des moteurs diesel. En faisant un calcul rapide, on constate qu’en se convertissant à l’électricité, on pourrait atteindre la carboneutralité », observe M. Olsthoorn.

La culture de canneberges de la ferme familiale s’étend sur 30 acres.

Anticiper les risques

Si son type de culture place la ferme en position favorable en termes de GES émis, quels sont ses facteurs de risque potentiel dans l’adaptation aux changements climatiques? « À l’horizon 2050, les températures seront plus clémentes durant l’hiver et plus chaudes durant l’été. Ces conditions devraient favoriser la survie hivernale de certains ravageurs, en plus d’accélérer les cycles de développement et de reproduction d’autres ravageurs », explique à ce sujet Joseph Bertrand Desrouillères, du Club Environnemental et Technique Atocas Québec. « Les cultures subiraient alors une plus grande pression parasitaire, mais chez M. Olsthoorn, cela reste jusqu’à présent très faible », constate l’agronome, qui conseille l’entreprise dans sa démarche Agriclimat. « Comme la ferme traite très peu ses champs, advenant une augmentation de la pression parasitaire, M. Olsthoorn devrait poursuivre la démarche de lutte intégrée déjà bien implantée à sa ferme, afin d’être prêt à agir dès que les niveaux d’infestation dépassent les seuils d’intervention », explique l’agronome. « Les chaleurs estivales causent aussi une augmentation du stress hydrique, surtout lorsqu’il ne pleut pas assez. Présentement, les ressources en eau suffisent pour couvrir les besoins de la culture. Mais s’il y a une baisse du couvert neigeux dans les prochaines années, combinée à une augmentation des températures estivales qui causent plus d’évaporation, les ressources actuelles pourraient se révéler insuffisantes », envisage M. Desrouillères.

S’il reste conscient des enjeux, M. Olsthoorn s’estime bien outillé pour faire face aux changements à venir. « Nos systèmes sont en mesure de répondre rapidement », affirme le producteur.

JARDINS VMO
Représentés par :

Jean Olsthoorn

Production :

Canneberges

Conseiller :

Joseph Bertrand Desrouillères (Le Club Environnemental et Technique Atocas Québec)

Partenaire régional Agriclimat :

Yann Bourassa, Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec


Qu’en dit la science ?

Les projections climatiques indiquent qu’au Centre-du-Québec, les températures estivales seront en moyenne plus élevées de 2,3 °C à l’horizon 2050 par rapport à la période 1991-2020. Les canicules seront plus fréquentes avec 26 jours par an à plus de 30 °C. Avec une pluviométrie similaire à ce que l’on connaît, les plantes verront leurs besoins en eau augmenter.