Depuis trois ans, le producteur de grains Jean-François Riendeau travaille avec son agronome, Paula Lalonde, pour évaluer la quantité d’azote optimale à utiliser dans ses champs. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINTE-MARTINE – Le producteur de céréales Jean-François Riendeau ne voit pas son travail comme un long fleuve tranquille. Au contraire, l’acquisition de connaissances pour adapter ses pratiques aux nouvelles réalités, que ce soit par rapport à l’augmentation du prix des intrants et du diesel ou face aux changements climatiques, se fait en continu dans ses champs.
C’est d’ailleurs là qu’a été annoncé, le 17 octobre, le prolongement du programme Agrisolutions climat jusqu’en 2028, qui sera bonifié d’une enveloppe supplémentaire de 38 M$ provenant du fonds fédéral d’action à la ferme pour le climat. Agrisolutions climat a été mis sur pied en 2022 par l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui en a confié la coordination au Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec.
Les producteurs qui souhaitent mettre en place ou poursuivre des pratiques visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer la santé de leurs sols peuvent bénéficier d’un soutien financier couvrant environ 85 % des coûts, jusqu’à un maximum de 100 000 $. La réduction des doses d’engrais azotés, l’utilisation d’urée enrobée de polymère, l’implantation de cultures de couverture avec ou sans légumineuses sont quelques exemples des projets pouvant être soutenus.

« On se challenge entre nous »
Depuis son lancement, le programme a soutenu de nombreux projets à travers le Québec, en aidant entre autres 400 entreprises agricoles à implanter des parcelles pour optimiser la fertilisation azotée, comme c’est le cas pour les producteurs céréaliers Jean-François Riendeau et Sylvie Thériault, de Sainte-Martine, en Montérégie.
Selon Sylvain Pion, président des Producteurs de grains du Québec, environ 25 % des producteurs de grains ont commencé à changer leurs pratiques avec le programme Agrisolutions climat.
Il y a de plus en plus de producteurs qui font ce genre de tests, et on se challenge entre nous. Quand on sait qu’un autre a eu de bons résultats, on veut l’essayer aussi.
Bien qu’il n’ait pas le profil type du « tiktokeur », il publie régulièrement sur ce réseau social les résultats des recherches qu’il mène dans ses champs avec son agronome. Il se surprend de voir, à chaque publication, les nombreuses réactions que cela suscite, ici comme ailleurs, puisqu’il dit avoir des abonnés jusqu’en France. « On doit avoir des pratiques qui évoluent, mais qui donnent aussi des résultats qui sont visibles et clairs. En faisant des essais comme ça, ça nous permet ensuite de mieux orienter nos pratiques », souligne-t-il.
Selon lui, les avantages peuvent être nombreux. Il rapporte entre autres une baisse de 40 % d’utilisation du diesel depuis qu’il s’est converti aux cultures de couverture et au semis direct ainsi que des rendements plus stables et des sols plus aérés. Bientôt, il pourrait également faire baisser sa facture de fertilisants si les tests d’azote qu’il mène actuellement s’avèrent profitables, comme il l’anticipe déjà en montrant fièrement des épis de maïs. Le plus gros a reçu une dose d’azote moindre de 40 kg par hectare en post-levée par rapport à la dose recommandée. « S’il y a des producteurs qui hésitent encore, qu’ils viennent me voir ! », les défie-t-il.
Un remède contre l’écoanxiété
Selon Jérémie Letellier, président de la Fédération de l’UPA de la Montérégie, un autre effet bénéfique et probablement inattendu du programme Agrisolutions climat est l’intérêt qu’il suscite auprès de la relève. « [Les jeunes] se font dire qu’on fait face à des enjeux climatiques, qu’on a une crise. On entend aussi dire que plusieurs font de l’écoanxiété, donc, pour ces jeunes-là, c’est très stimulant de voir qu’on met des actions en place et qu’on est capables d’avoir des résultats concrets », constate le producteur de céréales. De plus, il estime que ce programme permet d’offrir une vitrine positive pour l’agriculture, surtout à une époque où la société s’intéresse de plus en plus aux effets environnementaux des pratiques culturales. « Auparavant, le risque lié au changement des pratiques reposait uniquement sur les producteurs. Avec des aides financières comme celles offertes dans ce programme, on voit que l’adoption de ces différentes méthodes s’est accrue de façon spectaculaire. À notre ferme, on est passés de 15-20 hectares à près de 200 hectares de cultures de couverture cette année », donne-t-il en exemple.