Environnement 15 septembre 2025

Le processus de prélèvements dans les cours d’eau revus par Québec

Cet automne, Québec réalisera un projet pilote de gestion active de l’eau, dans le Centre-du-Québec. D’une durée de trois ans, le projet visera à développer une méthode pour gérer, en temps réel, les prélèvements d’eau effectués par diverses industries, lorsque les cours d’eau sont fortement sollicités en période de sécheresse. Des producteurs de canneberges, dont les droits de pompage sont déjà balisés en cas de sécheresse, participeront au projet pilote.

À la troisième semaine d’août, des producteurs de canneberge ont été rencontrés dans plusieurs fermes par des fonctionnaires du ministère de l’Environnement, afin de discuter des différentes options concernant le projet pilote. 

Rappelons que la méthode la plus efficace et rentable de récolter des canneberges consiste à inonder les parcelles cultivées, afin de faire flotter le petit fruit. Conséquemment, 50 % des cannebergières du Québec possèdent un certificat du ministère de l’Environnement les autorisant à pomper de l’eau dans des cours d’eau autour des fermes. Ces droits de pompage dépendent toutefois du débit du cours d’eau dans lequel le producteur s’approvisionne, explique le président de l’Association des producteurs de canneberges du Québec, Vincent Godin.

Selon les discussions entamées entre Vincent Godin, d’autres producteurs de canneberges et le ministère de l’Environnement en août, la gestion de la ressource pourrait se faire par l’entremise d’avis, envoyés à tous les préleveurs d’un même cours d’eau, pour en interdire temporairement les prélèvements. Photo : Gracieuseté de Vincent Godin

Entre telle date et telle date, si le débit est en dessous du débit d’étiage [soit le plus bas niveau des eaux observé en période de sécheresse], on n’a pas le droit de pomper. Mais le projet pilote de gestion active viendrait formaliser cette gestion active de l’eau, qu’en réalité, on fait déjà.

Vincent Godin

Des avis envoyés

Comme l’a révélé Radio-Canada, le système pourrait s’apparenter à celui d’Hydro-Québec, lorsqu’il demande aux grands consommateurs d’électricité, tels que des producteurs en serre, de délester le réseau en période de grands froids. 

Selon les discussions entamées lors de la rencontre entre les producteurs de canneberges et le ministère de l’Environnement, en août, la gestion de la ressource pourrait se faire par l’entremise d’avis, soutient Vincent Godin. Dès que le débit d’étiage serait atteint ou que le débit d’un cours d’eau serait faible sans que de la pluie soit annoncée dans les prochaines semaines, le ministère enverrait un avis formel à tous les préleveurs d’un même cours d’eau afin d’y interdire temporairement les prélèvements. 

Interrogé par La Terre sur cette possible façon de faire, le ministère de l’Environnement a répondu par courriel qu’elle sera justement examinée pendant les trois prochaines années. Le projet pilote évaluera également l’applicabilité de l’approche de gestion active pour différents types de prélèvements d’eau de surface effectués par les divers secteurs d’activité autorisés, examinera les outils nécessaires à la mise en œuvre du système et testera l’efficacité de l’approche sur la disponibilité de l’eau. 

Plusieurs producteurs de canneberges ont levé la main afin de participer au projet pilote qui sera réalisé, sur une base volontaire, dans le Centre-du-Québec. 

D’autres méthodes

Vincent Godin souligne que d’autres méthodes ont été mises en place par son industrie depuis plusieurs années afin de préserver le débit des cours d’eau durant l’été. Par exemple, les fermes « bien bâties » ont aménagé de gros réservoirs que les producteurs remplissent au printemps grâce à la crue. « Au printemps, les débits sont à 500 ou 600 m3/s, et en période de sécheresse, on est à 2 m3/s, indique ce dernier. Donc quand on prélève au printemps pour remplir nos réservoirs, il n’y a personne qui manque d’eau, la rivière est en crue. » La méthode permet également de recharger les nappes phréatiques et la rivière à l’année, car après la récolte, l’eau utilisée dans les champs est réacheminée vers les réservoirs de l’entreprise d’où elle provenait au départ. « Il y a toujours une certaine proportion [de l’eau des réservoirs] qui s’infiltre, qui s’en va dans le sol, et ça recharge la nappe, puis il y a une certaine portion qui va s’infiltrer dans le sol et finir par percoler dans la rivière. Ça, c’est même en période de sécheresse, dans le fond, parce qu’on garde l’eau sur le territoire », indique-t-il en précisant que contrairement à l’image que les champs inondés projettent, l’eau utilisée en production de canneberges est finalement rarement consommée.  

Prioriser l’agriculture en cas de sécheresse

Rappelons qu’en adoptant le projet de loi 85 en avril 2025, Québec a établi un ordre de priorisation des prélèvements de l’eau. En cas de sécheresse, après avoir assuré les besoins de la population en matière de santé, de salubrité, de sécurité civile et d’alimentation en eau potable, il faudra répondre aux besoins des écosystèmes aquatiques dans un premier temps. Puis, dans un second temps, aux besoins de l’agriculture et de l’aquaculture. Pour finir, les prélèvements seront autorisés pour les autres activités humaines, notamment celles liées à l’industrie, à la production d’énergie, aux loisirs et au tourisme.