La Ferme Arwijk, de Saint-Valentin, en Montérégie, a récemment procédé à l’installation de 120 panneaux répartis sur trois de ses bâtiments agricoles, soit l’étable principale, l’étable à taures et le garage mécanique. Photo : Jonathan Van Wijk
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S'abonner maintenantUne nouvelle subvention d’Hydro-Québec, qui couvre jusqu’à 40 % des coûts d’acquisition et d’installation de panneaux solaires, motive des producteurs laitiers à ajouter de telles infrastructures sur le toit de leurs bâtiments. Certains sont déjà sur le point de concrétiser un projet d’autosuffisance énergétique ou de réduction de leur facture d’électricité. D’autres, qui magasinent depuis un moment, prennent leur temps avant de choisir leur fournisseur de panneaux, jugeant cette expertise difficile à évaluer.
« Les producteurs de lait ont souvent de très grands bâtiments, avec de vastes espaces sur les toitures qui sont efficaces pour l’installation de grandes quantités de panneaux. Pour moi, ce n’est pas logique d’utiliser nos champs pour produire de l’énergie, quand on peut en faire sur nos toits », exprime le copropriétaire de la Ferme Malaco, Jean-Philippe Côté.
L’agriculteur de Magog, en Estrie, fait partie des convaincus du potentiel économique de la production d’énergie solaire à la ferme pour les entreprises comme la sienne, surtout depuis l’entrée en vigueur de l’incitatif d’Hydro-Québec, en avril.

Il reste des détails à ficeler, mais s’il obtient sa subvention, comme prévu, il ajoutera 670 panneaux photovoltaïques, de chaque côté de la toiture de son étable, dès cet été. Ceux-ci lui permettront de produire au moins l’équivalent des 350 000 kilowattheures (kWh) d’électricité qu’il consomme chaque année pour faire rouler sa ferme, même avec une orientation qui ne sera pas optimale par rapport au soleil.

« L’incitatif d’Hydro-Québec est un game changer. C’est ce qui va faire que ce sera viable », calcule l’agriculteur, dont la ferme produit un quota de 175 kg de matière grasse/jour (MG/jour) avec 100 vaches laitières. En incluant un crédit du gouvernement fédéral qu’il est aussi possible d’aller chercher, son projet d’environ 350 000 $ lui coûtera plutôt 175 000 $, soit la moitié. Avec les intérêts, cela lui permettra de rembourser l’investissement en 7 ans plutôt que 12, avec une économie d’énergie d’environ 35 000 $ par année.
« Avec des panneaux d’une durée de vie de 25-30 ans, ça commence à être intéressant. Surtout que logiquement, le coût de l’électricité va augmenter au moins au rythme de l’inflation. Nous, pour les 25-30 prochaines années, on plafonne notre coût d’énergie. »
Au cours des semaines du 18 et du 25 mai, la Ferme Arwijk, de Saint-Valentin, en Montérégie, a procédé à l’installation de 120 panneaux répartis sur trois de ses bâtiments agricoles, soit l’étable principale, l’étable à taures et le garage mécanique. Il est prévu que ces infrastructures produisent 85 000 kWh annuellement, permettant des économies d’environ 8 000 $, soit plus du tiers de la consommation énergétique de l’entreprise.
« Notre objectif, ce n’est pas nécessairement de s’autosuffire, mais juste de faire un investissement qui se rentabilise et qui est favorable pour l’environnement en même temps », témoigne Jonathan Van Wijk, copropriétaire de la ferme, qui produit un quota de 115 kg de MG/jour avec 72 vaches.
Avec toutes les subventions applicables, son projet coûtera environ 50 000 $ plutôt que 100 000 $, selon ses calculs. Cela devrait se rentabiliser dans un délai d’environ 8 ans, ce qui est raisonnable, selon lui.
La jungle du magasinage
Un producteur de Plessisville, dans le Centre-du-Québec, Frédéric Dubois, est très enthousiaste à l’idée de s’autosuffire en énergie solaire à la ferme, et il a élaboré un plan bien précis pour y arriver, mais il n’a pas encore choisi son fournisseur de panneaux, après environ un an de magasinage. Il préfère prendre le temps de bien se documenter avant de prendre une décision, remarquant que les soumissions sont très variables d’un entrepreneur à l’autre, et qu’il est difficile d’évaluer le niveau d’expertise de chacun.
« Ça passe du simple au double. Il y en a un qui m’a proposé un prix qui se rembourserait en 20 ans, tandis qu’un autre, c’était entre 7 et 10 ans », témoigne le producteur de lait biologique, copropriétaire de la Ferme Dubois C.R.A.R.

« Les subventions, c’est une opportunité pour bien du monde, alors ça semble attirer un peu n’importe qui, ajoute-t-il. On voit toutes sortes de choses. Il y a des entreprises, mais il y a aussi des importateurs de panneaux qui vont faire affaire avec des électriciens, des ingénieurs. Il y a de l’improvisation. Il faut démêler le vrai du faux. »
L’agriculteur a donc choisi d’y aller par étapes. Cet été, il installera 20 panneaux sur sa propre résidence pour en tester l’efficacité. Si ça fonctionne bien, il ira de l’avant, dans les prochaines années, avec son gros projet d’ajouter 400 panneaux orientés vers le sud, répartis sur cinq bâtiments agricoles, pour la production annuelle de 300 000 kilowattheures. C’est l’équivalent de ce que sa ferme consommera, calcule-t-il, lorsqu’il aura électrifié ses trois tracteurs, un autre projet qu’il caresse depuis longtemps.
Le conseiller stratégique en communications pour Hydro-Québec, Cendrix Bouchard, confirme qu’il reste de l’expertise à acquérir, considérant les grands objectifs de croissance que se fixe la société d’État en matière de production d’énergie solaire. « Actuellement, on a un peu moins d’un millier de clients autoproducteurs, et on vise de se rendre à 125 000 clients d’ici quelques années, donc c’est certain qu’il y aura tout un écosystème qui va se créer. »
Pour s’y retrouver, Hydro-Québec recommande de se tourner vers un entrepreneur spécialisé détenant une licence valide de la Régie du bâtiment du Québec et un maître électricien ayant idéalement une expérience dans les systèmes photovoltaïques solaires, pour la réalisation des travaux de raccordement au réseau électrique. La certification NABCEP chez les installateurs, qui garantit les connaissances et les compétences nécessaires pour répondre aux exigences de projets d’énergies renouvelables dans le monde entier, est aussi suggérée.