Environnement 7 novembre 2025

« Ce sont les mines qui sont en train de s’accaparer nos terres »

L’accaparement des terres agricoles pour des productions non alimentaires continue de préoccuper en Abitibi-Témiscamingue. « Ce sont les mines qui sont en train de s’accaparer nos terres », s’est insurgé le président du Syndicat des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue, Vincent Boisvert, qui a pris la parole devant les quelque 80 agriculteurs rassemblés, le 28 octobre, pour l’assemblée générale de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) d’Abitibi-Témiscamingue. 

Pascal Rheault
Pascal Rheault

Depuis trois ans, le producteur de Landrienne, à proximité d’Amos, s’inquiète de l’arrivée dans la région de Ramo, une entreprise qui cultive des saules à croissance rapide pour résoudre des problèmes environnementaux, notamment la gestion des eaux usées des sites d’enfouissement, mais aussi la restauration minière. C’est d’ailleurs l’intérêt à trouver des solutions environnementales adaptées aux mines qui l’a attirée en Abitibi, admet l’entreprise basée à Saint-Roch-de-l’Achigan, dans Lanaudière. 

« Ils ont planté le rang des Montagnes, à La Corne. Ils ont planté Berry, La Morandière. Ils sont en train de tout prendre », a énuméré M. Boisvert.

Interpelé par La Terre, le président de Ramo, Francis Allard, mentionne avoir cultivé quelque 1 000 hectares cet été. « Des sites nous ont été proposés et on a refusé parce qu’il y avait déjà un producteur », précise-t-il, se disant « conscient de cette sensibilité » et favorisant les terres laissées en friche depuis quelques années pour faciliter la « cohabitation ». 

Des moyens inégaux

Guillaume Rivest
Guillaume Rivest

D’autres producteurs se sont aussi présentés au micro, lors de l’assemblée, pour faire valoir que les agriculteurs ne jouent pas toujours à armes égales avec les entreprises de l’extérieur de la région.

« Dans notre secteur, on a Ramo qui loue des terres à Renaud, deux entreprises qui sont à l’extérieur de la région », a par exemple cité le producteur bovin d’Amos Guillaume Rivest, faisant référence à la Ferme Gérard Renaud, de Mirabel, qui détient des terres sous le nom Grains Abitibi et qu’il loue désormais, entre autres à Ramo. « C’est ma définition d’être colonisé. Quand mon voisin était à vendre, juste le temps de faire les démarches avec les institutions financières, j’ai manqué trois fois le bateau parce que l’autre a fait un prêt hypothécaire général et il était approuvé dans le mois », a ajouté M. Rivest.

Le président régional de l’UPA, Pascal Rheault, réélu sans opposition pour un cinquième mandat, s’est dit conscient de l’engouement pour les terres, surtout qu’elles se vendent à faible coût comparativement au sud du Québec et qu’en raison des changements climatiques, d’ici quelques années, « le visage de l’agriculture ici va avoir changé ». 

« Mais il faut qu’on soit encore propriétaires. L’accaparement des terres, ça a plusieurs visages. Ramo ne fait rien d’illégal : c’est un producteur agricole. Il connaît les règles et il a trouvé le filon », a indiqué M. Rheault, rappelant que les saules, comme les sapins de Noël, sont considérés comme des productions agricoles. 

 Il faut trouver un moyen de faire assez d’argent pour [concurrencer] ça. Je pense qu’il va falloir qu’il y ait des façons de faire, soit avec La Financière [agricole du Québec] ou avec les institutions financières, d’avoir des prêts rapides. Dans une région comme la nôtre, il va falloir qu’ils prennent en considération le prix des terres qu’on possède.

Pascal Rheault

Les producteurs demandent ainsi aux municipalités de la région et au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) des « incitatifs pour conserver la capacité nourricière » des terres agricoles.  



Un projet d’abattoir à Taschereau

Les producteurs de l’Abitibi-Témiscamingue ont aussi mandaté leurs représentants pour qu’ils plaident auprès des instances gouvernementales afin de faciliter le commerce interprovincial de la viande et l’abattage de proximité. Dans l’attente d’une simplification réglementaire, ils demandent au MAPAQ et à son homologue ontarien « l’installation d’au moins un abattoir de proximité dans chacune des régions ». La résolution adoptée à l’unanimité prévoit aussi que l’UPA soutienne un projet d’abattoir à Taschereau. 

« C’est un modèle beaucoup plus petit, beaucoup plus familial. Ce serait un modèle exportable dans toutes les MRC, dans plusieurs régions au Québec », a soutenu l’agriculteur Jason Lefebvre, proche du projet. Joint au téléphone, le promoteur, qui est aussi entrepreneur général et propriétaire d’une boucherie, a confirmé qu’un bâtiment a été construit à cette fin, mais il attend encore l’issue de discussions avant de commenter davantage. 

« On va voir comment on peut l’aider », a affirmé le président régional de l’UPA, Pascal Rheault. « Les abattoirs à grande échelle, je pense qu’on n’y croit plus. Des petites unités comme ça pourraient peut-être faire la job. » La préfète sortante de la MRC de Témiscamingue, Claire Bolduc, a d’ailleurs laissé entendre que l’axe de l’Entente sectorielle de développement du secteur bioalimentaire sur le « soutien à la commercialisation des viandes » pourrait être un levier.