Environnement 19 août 2025

À la découverte des couverts végétaux

Les champs de Sébastien Dion ont été le théâtre d’une petite révolution au cours des dernières années. Inexistantes il y a cinq ans, les cultures de couverture ont étendu leurs racines chez le producteur de Saint-Gervais, dans la MRC de Bellechasse. La même chose s’est produite chez d’autres agriculteurs de cette région de Chaudière-Appalaches.

À l’origine de cet intérêt commun pour les couverts végétaux : une « cellule d’innovation » pilotée par l’organisme de bassin versant (OBV) Côte-du-Sud, entre 2021 et 2025. 

« On voyait beaucoup de champs à nu en fin de saison », relève l’agronome au sein de l’organisme, ­Geneviève Roux, pour expliquer la genèse du projet.

Au départ, comme on est un OBV, on partait avec l’idée d’améliorer la qualité de l’eau. Travailler sur les bandes riveraines, c’est une bonne action. Mais c’est également important de faire des pratiques en champs pour avoir des résultats concrets sur les cours d’eau.

Geneviève Roux

L’OBV Côte-du-Sud s’est associé à différents partenaires pour donner vie à ce projet, dont Sollio, Avantis, OptiConseils Chaudière-Appalaches, le Laboratoire en innovation ouverte, ainsi que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Plusieurs agriculteurs – 16 au total – se sont engagés dans l’aventure. 

Cela tombait à point pour Sébastien Dion. « Je voulais faire des changements dans mes pratiques culturales, mais je ne savais pas par où commencer », explique le producteur laitier, dont la ferme compte 121 hectares de grandes cultures.  

L’encadrement offert par la cellule d’innovation, ainsi que les échanges entre producteurs, l’ont convaincu de faire partie du groupe. « La plupart des gens partaient de zéro », affirme M. Dion.  

Plusieurs visites en champs ont été réalisées dans le cadre de la cellule d’innovation sur les couverts végétaux.

Point de départ

Introduire des cultures intercalaires (ray-grass, trèfle incarnat, etc.) dans le maïs a été le point de départ du projet pour les producteurs. « C’est encore le point qui nous rejoint tous », dit Sébastien Dion. 

Tout cela était également nouveau en 2021 pour Jean-Philippe Mercier, producteur laitier à Saint-Charles-de-Bellechasse. Une visite chez un agriculteur d’une municipalité voisine qui avait déjà adopté la pratique, qui favorise la santé des sols, l’a convaincu d’aller de l’avant.  

En 2021, c’était sec et mon maïs en a souffert. Les feuilles étaient en train de rouler. Le maïs du producteur qui faisait de l’intercalaire depuis plusieurs années souffrait moins de la sécheresse que le mien. Nos terres sont similaires. J’ai vu que ça peut apporter du bon.

Jean-Philippe Mercier

Tous n’avaient cependant pas les équipements nécessaires pour semer les intercalaires. Certains ont modifié des semoirs avec l’ajout de peignes ou d’une houe rotative, explique Geneviève Roux. Du côté de Saint-Gervais, la coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) a récemment acheté un semoir Delimbe avec une houe de 30 pieds, laisse savoir Sébastien Dion.

« Ça a amené une certaine mobilisation des producteurs », se réjouit Mme Roux, qui a travaillé sur ce projet avec l’agronome et chargée de projets en codéveloppement agricole, Colline Chih, au sein de l’OBV Côte-du-Sud. 

La culture des céréales d’automne a également été expérimentée – et adoptée – par plusieurs producteurs. Jean-Philippe Mercier a, par exemple, remplacé l’orge par du seigle d’automne dans ses rotations. Le seigle récolté est inclus dans l’alimentation de ses animaux et lui permet d’être « autosuffisant en paille », ­explique-t-il.  

« Les céréales d’automne sont là pour rester », confirme Sébastien Dion. « L’année passée, j’avais des céréales de printemps et d’automne. Et j’ai eu de très bons rendements avec les céréales d’automne. La récolte a été très facile. »

Échanges

Selon l’agronome Geneviève Roux, la démarche encadrant ce projet sur les couverts végétaux était quand même « assez exigeante » pour les producteurs. En plus des ateliers de codéveloppement au programme, une période minimale de deux ans d’essais aux champs (admissibles à une aide financière du programme Prime-Vert) était imposée. 

Selon le rapport final, 368 hectares de sol ont été protégés en hiver en 2022, 482 l’année suivante et 661 à l’hiver 2024. 

Les résultats des essais de chacun ont été partagés et transmis au MAPAQ, souligne Geneviève Roux. La mise en place d’un groupe Facebook, réunissant les producteurs et agronomes, a également facilité les échanges. « Ils ont pu partager leurs bons coups, mais aussi leurs mauvais coups pour aller plus rapidement vers des changements de pratiques durables, dit ­Geneviève Roux. Ça a démarré après la COVID et il y avait, à ce moment, un besoin de réseauter et de ­travailler ensemble. »

La cellule d’innovation a entraîné une mobilisation des producteurs, ici en compagnie de l’agronome et chargée de projets en codéveloppement agricole, Colline Chih.

Poursuite du projet

Les deux participants du projet sondés par l’UtiliTerre affirment entre autres avoir dû apprendre à travailler différemment avec les herbicides. De façon générale, ils ont appliqué la méthode essai-erreur et composé avec les surprises.

Sébastien Dion a, par exemple, été étonné de constater que la culture intercalaire dans un de ses champs de maïs a résisté au dernier hiver. « J’ai eu un couvert à détruire avant de réimplanter la culture suivante », déplore-t-il.

Jean-Philippe Mercier croit pour sa part que le plus grand défi demeure d’arriver à semer les cultures intercalaires « dans le bon temps ». La météo pluvieuse a joué les trouble-fêtes cette année, fait-il valoir. 

Sébastien Dion et le semoir Delimbe avec une houe de 30 pieds acquis par la CUMA de Saint-Gervais. Celle-ci réunit six fermes. Photo : Gracieuseté de Sébastien Dion

Selon Sébastien Dion, l’érosion réduite des sols et une plus grande facilité à composer avec la compaction font partie des avantages notés. « Ça a changé ma façon de voir et faire les choses, dit par ailleurs M. Dion. Ça a suscité un questionnement. Et je me questionne encore aujourd’hui. »

Bien que la cellule d’innovation sur les couverts végétaux soit officiellement terminée, la mobilisation et le travail des producteurs se poursuivent, relève Geneviève Roux. Ceux qui le souhaitaient se sont joints à différentes « cohortes » de l’OBV, portant sur les cultures de couvertures, les céréales d’automne, ainsi que les essais sur l’azote.

Jean-Philippe Mercier fait partie d’un de ces groupes, tandis que Sébastien Dion participe aux trois. Celui-ci dit par ailleurs vouloir poursuivre l’exercice. Son prochain objectif : expérimenter le semis direct sous couvert végétal (SCV).