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Le propriétaire de l’abattoir Viandes Noiseux, Martin Noiseux, a dû relocaliser en urgence chez un éleveur les animaux qui s’entassaient en trop grande quantité dans ses installations, le 11 octobre. Photo : Gracieuseté de Viandes Noiseux

Le propriétaire de l’abattoir Viandes Noiseux, Martin Noiseux, a dû relocaliser en urgence chez un éleveur les animaux qui s’entassaient en trop grande quantité dans ses installations, le 11 octobre. Photo : Gracieuseté de Viandes Noiseux

Des abattoirs victimes de la pénurie de vétérinaires

Des propriétaires d’abattoirs de compétence provinciale commencent à ressentir les effets de la pénurie de vétérinaires sur leurs activités de production. Ils craignent que le problème s’accentue au cours des prochains mois.

Martin Noiseux

Martin Noiseux

Le matin du 11 octobre, un appel imprévu du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a paralysé les activités d’abattage de Martin Noiseux, propriétaire de l’Abattoir Noiseux, à Marieville, en Montérégie. « Ils n’étaient pas en mesure de me fournir un vétérinaire pour la journée, une condition obligatoire pour qu’on puisse abattre les animaux », raconte-t-il. De nombreuses répercussions se sont ensuivies sur toute la chaîne de production, en aval comme en amont, dont un entassement des agneaux qui se sont retrouvés au nombre de 70 dans un enclos pouvant normalement en accueillir 20. L’un d’eux n’a d’ailleurs pas survécu. « Ce qui est ironique, c’est que les inspecteurs mettent une note à mon dossier parce que je n’ai pas respecté le nombre maximum d’animaux dans mes installations, alors que cette situation est hors de mon contrôle. J’ai essayé de retarder les livraisons d’animaux prévues à ­l’horaire, mais les camions étaient déjà en route », souligne-t-il.

Demande de collaboration

Mickaël Lamarche, propriétaire de l’Abattoir Lamarche, située à Racine en Estrie, n’a pour sa part jamais eu à fermer une journée complète ses installations, mais il lui est arrivé à deux reprises de devoir repousser de quelques heures l’abattage des bêtes parce que le vétérinaire du MAPAQ avait du retard. « Ça semble peu, mais ces quelques heures ont de gros impacts sur notre production. Il faudra trouver une solution, car ce n’est pas normal qu’on investisse des milliers de dollars dans des installations et qu’on ne puisse même pas les opérer de manière compétitive. Je pense même que ça va être de pire en pire, parce qu’il manque de vétérinaires », croit-il.

Une position que partage Indira Moudi, présidente de l’Association des abattoirs inspectés du Québec, qui regroupe les abattoirs régis par le MAPAQ. Or selon elle, cette pénurie de vétérinaires n’est qu’un élément parmi d’autres qui, mis ensemble, finissent par miner la productivité des abattoirs. « Il y a pour nous une grande difficulté d’opérer en étant sous la tutelle du ministère. Il faut absolument s’asseoir à la même table, avec le MAPAQ, pour trouver des solutions, car on ne peut pas fonctionner l’un sans l’autre. Nous, on est prêts à se retrousser les manches », dit celle qui est également propriétaire de l’entreprise Viandes Lafrance, à Shawinigan, en Mauricie.

De son côté, le MAPAQ assure être en continuelle recherche de solutions et collaborer avec les différents intervenants impliqués, dont l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec et les abattoirs. « En cas de bris de service, le Ministère offrira du support et de l’accompagnement visant à diminuer l’impact pour les producteurs », a indiqué à La Terre le porte-parole Yohan Dallaire Boily.

Supervision des abattages à l’étude

Le MAPAQ a par ailleurs confirmé que des initiatives ont déjà été mises en place pour favoriser une meilleure rétention de ses vétérinaires, dont un relèvement salarial et une prime pour les heures réalisées en abattoir. « Un groupe de travail réunissant le MAPAQ, l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec et l’Agence canadienne d’inspection des aliments étudie également la possibilité que d’autres personnes que les vétérinaires puissent être autorisées à superviser les abattages », ajoute M. Dallaire Boily.

Le service d’inspection du MAPAQ est présent en permanence dans 26 abattoirs sur le territoire du Québec. Cette présence est une condition obligatoire. Les vétérinaires du ministère doivent effectuer un examen ante mortem et post mortem des animaux afin de ­s’assurer qu’ils ne sont pas porteurs d’une maladie pouvant compromettre la salubrité de la viande destinée à la consommation humaine.

Vers une association avec la pratique privée?

Jean-Yves Perreault

Jean-Yves Perreault

Le président de l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ), le Dr Jean-Yves Perreault, croit qu’une association entre le MAPAQ et les vétérinaires en pratique privée dans le secteur des animaux de ferme pourrait faire partie des solutions pour amoindrir les effets négatifs de la pénurie de vétérinaires touchant les abattoirs. « C’est un sujet qui nous préoccupe grandement, puisque nous sommes dédiés à la santé des animaux de ferme et que cette situation a un impact sur leur santé dans les abattoirs, notamment par rapport à l’entassement », dit-il.

Or, même si la pénurie touche tous les secteurs de la profession, dont la leur, le président estime que des contrats fixes avec le MAPAQ pour des inspections en abattoir seraient plus facilement conciliables avec l’horaire des vétérinaires praticiens que peuvent l’être les urgences. « On est déjà formés pour ça. Et ce n’est pas comme répondre à un appel le samedi soir. C’est beaucoup plus facile à intégrer à nos activités », pense-t-il.

Le MAPAQ aurait d’ailleurs effectué un sondage auprès des membres de l’AMVPQ pour ­évaluer leur intérêt.