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Selon une étude réalisée sur 846 vaches multipares, il est possible de réduire la demande énergétique en récoltant moins de lait. Crédit photo : Martin Ménard/Archives TCN

Selon une étude réalisée sur 846 vaches multipares, il est possible de réduire la demande énergétique en récoltant moins de lait. Crédit photo : Martin Ménard/Archives TCN

Modifier le bilan énergétique des vaches

En début de lactation, la demande énergétique des vaches s’accroît considérablement, tandis que l’apport énergétique, lui, ne peut pas doubler du jour au lendemain. Ce déséquilibre déclenche la mobilisation des graisses corporelles, ce qui mène à la hausse des concentrations des acides gras libres et des corps cétoniques dans le sang. L’accumulation excessive de ces composantes augmente le risque de maladies telles que l’hypercétonémie, la mammite, la métrite et le déplacement de caillette, et peut aussi affecter la fertilité. 

Deux côtés de la médaille

L’approche conventionnelle pour pallier la baisse de consommation de matière sèche durant la période autour du vêlage consiste habituellement à augmenter la densité énergétique de la ration. Cependant, cela accroît le risque d’acidose ruminale et de déplacement de la caillette. Sachant qu’en début de lactation, la demande est plus grande que l’apport énergétique, est-il possible de réduire celle-ci en récoltant moins de lait? C’est une question à laquelle ont tenté de répondre plusieurs chercheurs en basant leur étude sur 846 vaches multipares provenant de 13 troupeaux laitiers québécois régis selon une variété de styles.

Effets de la traite ajustée

Le Dr Pierre-Alexandre Morin a évalué l’effet de la traite incomplète sur le bilan énergétique en mesurant le taux de bêta-hydroxybutyrate (BHB), un corps cétonique, dans le sang des vaches des deux groupes de traite : conventionnelle et incomplète.

Les résultats ont montré que la traite incomplète appliquée durant les cinq premiers jours en lait permettait de réduire environ de moitié la prévalence d’hypercétonémie en début de lactation, ce qui pourrait avoir des impacts sur l’incidence de plusieurs des autres conditions de santé découlant de cette maladie. 

Un protocole de traite incomplète ne doit cependant pas nuire à la production laitière. Catarina Krug, doctorante de la Faculté de médecine vétérinaire, a étudié l’effet de la traite incomplète sur la production laitière (lait corrigé pour l’énergie) et les concentrations de gras et de protéines du lait. Les résultats sont plus que rassurants : leur analyse n’a démontré ni réduction de production laitière ni baisse des composantes du lait durant les 44 semaines de lactation. 

Incidence sur les maladies et la fertilité

Sachant que l’hypercétonémie en début de lactation augmente le risque de maladies, peut-on réduire celui-ci en la prévenant? Eh bien oui! Les vaches traites de façon incomplète ont éliminé 45 % des infections du pis, comparativement à seulement 25 % pour celles traites de manière conventionnelle. De plus, les vaches en deuxième lactation sur traite incomplète présentaient une probabilité de gestation beaucoup plus élevée que celles sur traite conventionnelle.

Naturelle et facile à implanter

Un protocole de traite incomplète pourrait facilement être programmé dans les systèmes de traite automatisés, ou simplement implanté dans la routine de traite conventionnelle. Il s’agit d’une pratique peu coûteuse qui place le bien-être animal au cœur des interventions et qui répond aux impératifs de production ainsi qu’aux exigences croissantes de santé des consommateurs. 

Simon Dufour, DMV, Ph. D., Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal

Collaborateurs :
Dr Younès Chorfi, M.V., M. Sc., Ph. D., Catarina Krug, D.M.V.,
Dr Pierre-Alexandre Morin, M.V, M. Sc., Dr Jean-Philippe Roy, M.V., M. Sc., Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal
Pierre Lacasse, Ph. D., Centre de recherche et de développement de Sherbrooke, Agriculture et Agroalimentaire Canada