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L’alimentation avec des sous-produits de drêches de distillerie

Le comité de mise en marché des veaux d’embouche des PBQ a mandaté Marie-Pier Poulin, agronome consultante, pour la rédaction d’une revue de littérature sur l’alimentation, les pâturages et la génétique effectuée grâce aux recherches du Beef Cattle Research Council (BCRC). En plus de la revue de littérature, Mme Poulin a préparé des fiches techniques portant sur les principaux éléments. Le thème abordé dans cette fiche est l’alimentation avec des sous-produits de drêches de distillerie.

Qu’est-ce que c’est?

Les drêches de distillerie (DGS) proviennent principalement de la fabrication de l’éthanol fait à partir de blé ou de maïs. Ce sous-produit est issu d’un processus de dégradation de l’amidon par trempage, par fermentation et par distillation des grains afin de produire de l’éthanol. Les DGS peuvent être servies humides (Wet distillers with solubles [WDGS] à 30 % de matière sèche [MS]) ou sèches (Distiller’s dried grains with solubles [DDGS] à 90 % de MS). Ces dernières, plus légères, coûtent moins cher à transporter.

La composition

La nature du grain utilisé, sa provenance, l’ajout d’enzymes, de levure et de soufre lors de la fermentation, le séchage des produits et l’ajout de liquides résiduels sont des facteurs très variables de lot en lot qui peuvent avoir un impact sur la valeur nutritionnelle du sous-produit. Il faut prendre note que la concentration en fibres, en gras, en protéines, en phosphore et en soufre peut être trois fois plus élevée dans les DDGS que dans les grains originaux.

La composition chimique moyenne et sommaire de DDGS de blé, de maïs, ainsi qu’un mélange de 80 % de blé et 50 % de maïs (base de 92 % MS), est la suivante :

L’incorporation dans l’alimentation

Riche en protéines et en fibres, ce sous-produit peut aisément remplacer le soya ou le canola de la ration lorsque ceux-ci deviennent coûteux. Cependant, l’incorporation des DDGS est restreinte par leur teneur en gras élevée et ne doit pas dépasser
50 % de la ration sur une base de matière sèche. Une substitution d’aliments par un sous-produit (entre 20 % et 40 %) augmente l’appétence de la ration en plus d’accroître la performance.

Les DDGS et les stades de production

Le rôle des DDGS dans l’alimentation des vaches est de permettre une supplémentation en énergie et en protéines en fin de gestation pour maintenir une cote de chair adéquate à faible coût.

Dans le cas de la semi-finition, l’incorporation des DDGS dans l’alimentation permet de maintenir une croissance efficace sans favoriser l’accumulation de gras. Plusieurs études ont démontré que l’incorporation de DDGS dans l’alimentation des veaux en semi-finition pouvait augmenter le gain de poids de 4 % et réduire l’engraissement d’au moins 15 jours. La performance des animaux peut toutefois varier selon les conditions d’élevage. Les producteurs désirant inclure les DDGS dans l’alimentation des veaux doivent être rigoureux sur le suivi de croissance et adapter l’alimentation en fonction de celui-ci.

L’objectif des parcs d’engraissement pour les bouvillons d’abattage est de maximiser le gain ainsi que la qualité de la carcasse. À ce stade de production, les animaux sont introduits graduellement à une alimentation composée de 85 % de concentrés et de 15 % de fourrage afin de respecter l’apport en fibres. Il devient intéressant de considérer les DDGS dans la ration des bouvillons pour la possibilité de diminuer les coûts d’alimentation. Trois études canadiennes se sont intéressées à la qualité de la carcasse lorsque des DDGS étaient ajoutées à l’alimentation des bouvillons d’abattage. Les auteurs de deux études n’ont pas observé de différence négative sur la qualité carcasse des bouvillons ayant reçu une alimentation contenant 40 % de DDGS de blé ou de maïs. (Aldai et coll., 2010 et Walter et coll., 2010) Les bouvillons alimentés avec des DDGS de maïs, données dans des proportions de 20 % et de 40 % de la ration, ont plus de gras dorsal et une qualité carcasse moindre que les animaux recevant des DDGS de blé. (Aldai et coll., 2009)

Les limites et problématiques

L’utilisation de DDGS dans l’alimentation des animaux augmente le phosphore et l’azote dans les fumiers. Un compostage du fumier amène une concentration de ces éléments. Il est alors nécessaire de réduire le tonnage par hectare lors de l’épandage.

Dans ce sous-produit, une forte concentration de phosphore diminue le ratio calcium/phosphore, ce qui augmente grandement les risques de calculs urinaires chez les mâles. Une supplémentation en calcium est nécessaire lorsque les animaux reçoivent des DDGS dans leur ration.

Dans les DDGS, il y a une présence accrue de soufre due au procédé de fermentation du grain. Une forte présence de sulfates dans la ration amène plusieurs problèmes métaboliques tels que des lésions cérébrales, une carence en cuivre et en zinc, des problèmes de sabots, de fertilité, une production laitière moindre ainsi que de l’anémie. La limite de soufre présent dans une ration devrait tourner autour de 0,4 % sur une base MS pour les bovins.

Une forte présence de mycotoxines dans les DDGS peut être observée de lot en lot. L’exposition prolongée aux mycotoxines affecte la santé générale de l’animal en plus de diminuer considérablement ses performances. L’analyse des DDGS en laboratoire reste le meilleur moyen de se prémunir contre ce problème. 

Laurie Noiseux, agronome / Agente de mise en marché aux Producteurs de bovins du Québec