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Le pâturage se veut une culture en soi qui peut se montrer très résiliente à tous les caprices de la nature. Photo : Gracieuseté de Sollio

Le pâturage se veut une culture en soi qui peut se montrer très résiliente à tous les caprices de la nature. Photo : Gracieuseté de Sollio

La bonne gestion des pâturages, une clé de l’adaptation aux changements climatiques

Les changements climatiques sont sur les lèvres de plusieurs ces derniers temps, et certains parlent même de crise climatique. Il est vrai que, depuis quelques années, nous ne pouvons nier la présence d’importants changements météorologiques qui ont des effets considérables sur nos cultures.

Selon l’organisme Ouranos, nous pouvons prévoir, d’ici 20 ans, une hausse des températures annuelles de 2,2 à 3,6 degrés selon notre degré d’émissions de gaz à effet de serre.

Pour les producteurs agricoles, il est difficile de s’adapter à tous ces aléas, mais on peut garder en tête que certains de ces changements climatiques nécessiteront une attention particulière, tandis que d’autres pourront avoir un impact positif sur la saison de culture. Il s’agit d’identifier où on peut en tirer profit et où on doit opter pour de nouvelles stratégies afin de minimiser les pertes.

Concrètement, qu’avons-nous vécu ces dernières années?

En 2018 et 2019, des périodes de sécheresse estivale ont affecté de façon importante le rendement fourrager chez la plupart des producteurs de bovins. Les stocks en foin ont presque tous été utilisés et certains producteurs ont dû vendre des animaux parce que les quantités de fourrages récoltés n’étaient pas suffisantes.

En 2020, la saison a débuté par un printemps froid et un gel mortel survenu en juin dans certaines régions du Québec (Lanaudière). En 2021, c’était plutôt un printemps sec et chaud avec une sécheresse sévère en milieu d’été pour certaines régions (Lac-Saint-Jean). Et cette année, drôle de printemps encore : un sol pas très gelé qui est en mesure d’absorber toute la neige qui fond, puis une semaine presque caniculaire en mai suivie d’un mois de juin très pluvieux.

Morale de l’histoire, il y a réellement un réchauffement climatique, mais on ne peut pour autant deviner ou prédire comment chacune des saisons se comportera. Dans ces circonstances, à mon avis, le meilleur allié des producteurs de bovins sera certainement le pâturage.

Le pâturage, un allié pour la résilience

Le pâturage se veut une culture en soi qui peut se montrer très résiliente à tous les caprices de la nature. Voici quelques avantages d’avoir une bonne gestion des pâturages :

  • Meilleure rétention de l’eau si on garde une bonne couverture végétale;
  • Les animaux peuvent récolter beau temps, mauvais temps;
  • Coût de production de fourrages diminué de 28 à 52 % (calcul selon le rendement 2021 avec prix d’engrais de 2022);
  • Augmentation de la séquestration du carbone dans le sol :

Par la photosynthèse. Avec l’énergie du soleil, le carbone atmosphérique est capté par les chloroplastes des plantes,

Puis, les plantes renvoient ce carbone au sol par les racines, par le phénomène d’exsudation,

Par la suite, un sol en santé riche en microorganismes (bactéries, champignons, protozoaires, nématodes…) sera en mesure de transformer le carbone sous une forme stable et de le séquestrer;

 

 

 

 

 

  • Améliore la santé des sols (entretien de la biodiversité et du microbiote);
  • Alimentation de grande qualité pour les animaux comparativement à des fourrages récoltés.

Allonger la saison de paissance pour faire face aux incertitudes

Étant donné la récolte de foin toujours incertaine d’année en année, il sera avantageux pour les producteurs de bovins d’allonger la saison de paissance, c’est-à-dire de nourrir exclusivement de fourrages frais les animaux le plus de jours possibles dans l’année. Dans plusieurs régions, certains producteurs réussissent à ne donner aucune balle au champ durant plus de 150 jours par année.

Pour atteindre cet objectif, voici quelques stratégies gagnantes :

  • Effectuer la rotation des animaux en gardant ceux-ci au maximum 2 à 4 jours par parcelle. On « tourne » plus vite quand les plantes ont une croissance rapide;
  • Laisser brouter jusqu’à une hauteur minimum de 10 à 15 cm du sol afin d’optimiser la reprise de la plante;
  • Conserver une bonne densité animale au champ pour :

Bien épandre les fumiers et l’urine (fertilisants naturels);

Éviter le tri des plantes dans le champ;

 

  • Ensemencer plusieurs variétés de plantes dans ses pâturages (brome, fétuque, lotier, luzerne à pâturage, dactyle, etc.). De cette façon, on risque d’avoir toujours une ou des plantes qui seront dans de bonnes conditions de croissance;
  • Laisser un bon couvert végétal à l’automne pour une reprise plus rapide au printemps;
  • Travailler avec un mentor, un conseiller en pâturage productif et durable qui peut évaluer et recommander les pratiques appropriées.

C’est souvent la surpaissance qui limite la durée de la saison de paissance. Selon Wikipédia, la surpaissance se définit comme un phénomène qui survient quand les plantes sont exposées à une paissance intensive pendant une longue période ou sans une période de repos suffisante. Il faut se rappeler que paissance intensive n’équivaut pas à surpaissance, car c’est la notion de temps qui entraîne les conséquences.

En bref, une bonne gestion des pâturages permettra de réduire les pertes de rendement dues aux changements climatiques, de faire des économies considérables en coûts d’alimentation et d’améliorer la santé des sols. 

Élizabeth Lepage, agronome / experte-conseil en production bovine, OptiBoeuf S.E.N.C.