fbpx
Actuellement, la méthode utilisée pour déterminer la nature des lésions cutanées consiste à comparer, à l’œil nu, la couleur des hématomes à l’aide d’une échelle colorimétrique.

Actuellement, la méthode utilisée pour déterminer la nature des lésions cutanées consiste à comparer, à l’œil nu, la couleur des hématomes à l’aide d’une échelle colorimétrique.

Déterminer l’âge des lésions pour améliorer le bien-être des porcs

Les pratiques de régie des animaux d’élevage dans le but d’améliorer leur bien-être sont en constante évolution. Que l’on pense à la gestion des déplacements des porcs ou à la conduite en groupe des truies gestantes, de nombreuses façons de faire sont à modifier. Les intervenants du secteur porcin cherchent donc à se doter d’outils et de méthodes de mesures pour cibler les lieux où des améliorations doivent être apportées en priorité. 

Une des pistes actuellement explorées est de développer une procédure visant à déterminer si les lésions cutanées découvertes sur les carcasses de porcs ont été causées à l’abattoir, lors du transport ou à la ferme.

Les bleus sous la loupe

Comme chez les humains, les animaux se font des bleus plus ou moins facilement, qui disparaissent aussi à un rythme différent. Actuellement, la méthode utilisée – qui n’est pas très précise – consiste à comparer, à l’œil nu, la couleur des lésions (hématomes) à l’aide d’une échelle colorimétrique. Cependant, chaque évaluateur a une vue et une sensibilité différentes aux teintes, ce qui induit une part de subjectivité dans l’interprétation des couleurs. D’ailleurs, essayer de discuter des tons de peinture des murs avec un décorateur peut être ardu!

C’est pourquoi une équipe de chercheurs italo-québécoise s’efforce de trouver une approche plus efficace pour évaluer la couleur des bleus, mais aussi pour différencier l’âge des lésions sur de mêmes échantillons.

En utilisant la spectrophotométrie, on mesure uniformément les propriétés physiques de la lumière des lésions (la couleur est liée aux ondes électromagnétiques). Dans un premier temps, l’équipe de chercheurs a démontré que l’emploi de la spectrophotométrie grâce à un appareil fiable permet de comparer plus précisément la peau saine avec la peau lésée. Cette technique donne aussi la possibilité de différencier des lésions qui sont apparues moins de 7 heures avant la saignée à l’abattoir ou durant le transport, ou survenues plus de 25 heures avant l’abattage de l’animal, donc à la ferme. Cet élément est particulièrement intéressant pour faire le suivi de la régie du bien-être animal.

Dans un deuxième temps, les chercheurs ont comparé les mesures spectrophotométriques avec les données biologiques de guérison de la peau dont le processus naturel est déjà connu. Ainsi, les chercheurs ont mesuré l’inflammation des lésions par des techniques moléculaires et observé par microscopie l’état des cellules de la peau endommagée. Cette méthode de diagnostic biologique, longue et coûteuse, ne peut être utilisée de façon courante en abattoir, mais elle a permis de valider les données spectrophotométriques par rapport à la réalité biologique. Cette validation donne donc la possibilité d’établir que la spectrophotométrie est une bonne technique pour déterminer l’âge des lésions des porcs, qu’elles soient survenues à la ferme, pendant le transport ou à l’abattoir.

Fait à noter, cette étude confirme qu’une technique basée sur le modèle porcin pourrait être employée en médecine légale humaine.

Une équipe multidisciplinaire

Cet article est basé sur une recherche présentée par la Dre Marie-Odile Benoit-Biancamano dans le cadre d’une étude menée par Luigi Faucitano, chercheur pour Agriculture et Agroalimentaire Canada, et réalisée avec Marika Vitali, doctorante au Département des sciences médicales vétérinaires de l’Université de Bologne, Sabine Conte, postdoctorante et Martin Lessard, immunologiste pour Agriculture et Agroalimentaire Canada, Frédéric Guay, expert en régie d’élevage porcin à l’Université Laval, quelques chercheurs du Centre ainsi que des collègues de l’Université de Bologne, Dr Luca Sardi et Dre Giovanna Martelli, tous deux vétérinaires spécialistes en bien-être animal au Collège européen de bien-être animal et de médecine comportementale.

Dre Marie-Odile Benoit-Biancamano, pathologiste vétérinaire, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal