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L’Institut Roslin, à Édimbourg en Écosse, tente de « générer des volailles qui ne puissent pas attraper la grippe et qui constitueraient un tampon entre les oiseaux sauvages et les humains ». Crédit photo : Archives/TCN

L’Institut Roslin, à Édimbourg en Écosse, tente de « générer des volailles qui ne puissent pas attraper la grippe et qui constitueraient un tampon entre les oiseaux sauvages et les humains ». Crédit photo : Archives/TCN

Des poulets modifiés pour résister à la grippe

Des travaux menés par des scientifiques britanniques afin de développer des poulets modifiés pour résister à la grippe pourraient diminuer les risques de contamination, mais soulèvent néanmoins des questions éthiques.

L’agence Reuters a rapporté récemment qu’un premier poussin transgénique devrait voir le jour d’ici à la fin de 2019 à l’Institut Roslin, de l’Université d’Édimbourg, en Écosse. Wendy Barclay, professeure de virologie à l’Imperial College, de Londres, qui codirige le projet, a mentionné que cette première marquera « une nouvelle approche visant à enrayer la prochaine pandémie mortelle chez l’homme ».

Elle a expliqué que l’ADN des oiseaux a été « modifié à l’aide d’une nouvelle technologie d’édition de gènes appelée CRISPR ». Ces « modifications », selon elle, vont permettre de « supprimer des parties d’une protéine dont dépend normalement le virus de la grippe, ce qui rendra les poulets totalement résistants à la grippe ».

En d’autres termes, selon l’Institut Roslin, l’idée est de « générer des volailles qui ne puissent pas attraper la grippe et qui constitueraient un tampon entre les oiseaux sauvages et les humains ».

Pas surprenant

Carl Gagnon, directeur d’un groupe de recherche au Département de pathologie et microbiologie à la Faculté de médecine vétérinaire de Montréal, préfère attendre de voir les résultats concrets de cette recherche avant de commenter plus avant. « Ce ne sont pas les premiers [scientifiques] à travailler sur le virus de l’influenza, fait-il observer. Il y a eu par le passé de nombreuses études menées sur le sujet. »

Mais il n’est pas étonné de voir les scientifiques britanniques s’activer pour produire un poussin modifié génétiquement. « C’est rendu tellement technologique! On le fait chez tous les organismes vivants, les plantes, les mammifères. Je ne suis pas surpris qu’on le fasse chez les oiseaux… »

« Ça fait longtemps qu’on fait des modifications génétiques chez les souris, poursuit-il, ou qu’on enlève un gène ou on exprime un nouveau gène et on mesure quel impact cela peut avoir sur le développement de la maladie. Je comprends qu’on tente de faire la même chose avec les poussins. »

Chose certaine, selon le chercheur, « si on diminue la présence du virus chez les oiseaux, on diminue le risque de transmission à l’humain ». Il insiste sur le fait que l’oiseau est une source importante de souche hautement pathogène pour l’humain.

Manipulation génétique

Invitée à commenter les travaux de recherche britanniques, la chercheure en éthique animale au Centre de recherche en éthique à l’Université de Montréal, Valéry Giroux, a été catégorique : « Nous allons mettre les choses au clair. Nous sommes contre la manipulation des animaux, comme si c’étaient de simples objets. »

Soulignons que la question de la manipulation génétique est abordée dans le livre L’éthique du hamburger, publié par les Presses de l’Université Laval à la fin de 2018. On peut y lire que la perte de diversité génétique imputable aux élevages commerciaux pourrait entraîner « une plus grande vulnérabilité aux maladies virales et bactériennes, ce qui pourrait être éventuellement contrecarré par la modification génétique ». « Si des animaux sont sélectionnés pour leur résistance à un virus particulier, la diversité génétique en sera réduite et le prochain virus qui se sera adapté à ce génotype fera encore plus de dommages », prévient-on dans cet ouvrage dirigé par Lyne Létourneau et Louis-Étienne Pigeon.

La dernière pandémie de grippe – causée par la souche H1N1 – a frappé un demi-million de personnes dans le monde en 2009-2010. Si on remonte dans le temps, en 1918, la grippe espagnole avait tué 50 millions de personnes. 

Yvon Laprade, collaboration spéciale.
En collaboration avec Ariane Desrochers