En juillet dernier, les livraisons de lait dépassaient de 4 millions de litres les besoins des usines. Crédit photo : Archives/TCN

En juillet dernier, les livraisons de lait dépassaient de 4 millions de litres les besoins des usines. Crédit photo : Archives/TCN

Tempête parfaite, scénario catastrophe

DRUMMONDVILLE — Craignant qu’une vague de lait n’inonde le marché, les Producteurs de lait du Québec (PLQ) proposent deux nouvelles mesures de limitation de la production. Plusieurs éleveurs s’y opposent, les jugeant trop contraignantes. La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) devra trancher.

Le 9 août dernier, les PLQ se sont adressés à la Régie afin d’obtenir le pouvoir de ralentir la croissance de la production. Ils souhaitent d’abord appliquer une pénalité de 20 $ par hectolitre pour la production hors quota. Ils espèrent aussi limiter la reprise des journées non produites accumulées – la tolérance – à un jour par mois, ont-ils expliqué devant une salle d’audience pleine à craquer.

En juin, la tolérance moyenne au Québec se situait à -14 jours, soit l’équivalent de 4 % de la production. Si les éleveurs décidaient de rattraper ce retard, ces volumes potentiels risqueraient d’augmenter considérablement les stocks de beurre, ont averti les représentants des Producteurs. La Commission canadienne du lait et les transformateurs sont aussi inquiets, ont-ils révélé. Cette éventuelle vague de lait, qui pourrait survenir au printemps 2019, pourrait faire chuter le prix moyen de 5 à 6 $ l’hectolitre, selon les estimations de l’organisme.

Salle comble

Plus d’une centaine d’éleveurs se sont déplacés aux audiences. Une vingtaine d’entre eux ont pris la parole. Plusieurs ont critiqué les délais de réaction des PLQ et du comité quota P5, chargé de gérer le droit de produire des cinq provinces de l’Est. La grande majorité s’est opposée à la limitation de l’utilisation des tolérances à une journée par mois. Certains ont dit craindre pour les entreprises qui ont dû ralentir leurs livraisons durant des travaux d’agrandissement et qui comptent sur l’utilisation des tolérances accumulées pour rentabiliser leurs investissements.

Certains producteurs ont proposé de remplacer cette mesure « ingérable » par une reprise maximum de deux ou trois jours par mois. D’autres ont suggéré de lui substituer une réduction du droit de produire de tous les éleveurs.

« C’est une mesure circonstancielle. La vague, il faut la gérer. Ce n’est pas de gaieté de cœur, a répondu Me Marie-Josée Trudeau, des PLQ. Longueuil n’a pas dit : “On va comploter contre nos membres.” S’il y a d’autres mesures, faites-les valoir à la Régie. Il y a eu une manifestation à Longueuil en mai et vos dirigeants travaillent à améliorer la structure de prix. » Les Producteurs se sont finalement dits prêts à appliquer une tolérance de trois jours sur trois mois, avec la possibilité d’utiliser cette mesure deux fois dans la même année.

Ontario

La requête des PLQ découle d’une décision du comité quota des cinq provinces de l’Est (P5). Plusieurs producteurs participant à l’audience ont dénoncé le fait que l’Ontario a augmenté sa production beaucoup plus rapidement que le Québec depuis 2014. « Que les producteurs qui sous-produisent soient pénalisés alors qu’ils ne sont pas responsables des surplus, c’est immoral », a lancé un éleveur. « Ce n’est pas le Québec qui a causé le problème. C’est l’Ontario », a renchéri un confrère. « L’Ontario a produit quand le marché voulait le prendre », a répondu Richard Lamoureux, économiste principal aux PLQ. Les Producteurs de lait de l’Ontario ont déjà mis en place la reprise des tolérances d’une journée de production par mois de même que la pénalité de 20 $ par hectolitre. La Régie a d’ailleurs dit vouloir en apprendre davantage sur le déploiement de ces deux mesures dans la province voisine, avant de mettre un terme à sa séance marathon, à 20 h.