Économie 20 juin 2025

Les exportations agroalimentaires vers les États-Unis ne baissent pas

Le climat d’incertitude économique instauré par les politiques du président américain, Donald Trump, n’a pas encore freiné les exportations agroalimentaires canadiennes vers ce pays.

La part de ces exportations est passée de 68 % en 2023 à 72 % en 2024, rapporte le Groupe Export Agroalimentaire, qui a tenu son 3e Sommet de l’exportation agroalimentaire, le 17 juin, à Brossard, en Montérégie. « Ce n’est pas surprenant, car plusieurs entreprises ont accéléré les exportations en 2024 et en 2025 pour stocker plus de produits aux États-Unis en prévision de l’application possible de tarifs douaniers, et le taux de change a aussi aidé », explique Martin Lavoie, président-directeur général du Groupe Export, dans une entrevue accordée à La Terre

Pour plusieurs entreprises exportatrices, les États-Unis représentent encore un marché difficilement remplaçable, notamment pour des produits comme la viande fraîche, qui peut y être livrée à moindres coûts et plus rapidement qu’ailleurs. Toutefois, M. Lavoie insiste sur l’importance de développer d’autres canaux d’exportation en parallèle pour être moins vulnérables aux décisions politiques qui pourraient survenir en matière de tarifs douaniers et de contre-tarifs, lesquels auraient une influence sur les coûts de production. 

Une recherche de prévisibilité

Il observe actuellement un intérêt grandissant de la part de plusieurs pays, comme le Mexique, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et la Chine, envers le Canada, qui offre une plus grande prévisibilité à long terme dans les contrats.

Martin Lavoie

C’est une question de gestion de risque et de stabilité. On l’a entre autres remarqué avec la Chine, qui a montré un très grand appétit pour les canneberges canadiennes.

Martin Lavoie

Le Groupe Export dit d’ailleurs profiter de ce contexte favorable pour accentuer sa présence dans les salons internationaux afin de favoriser ces nouveaux partenariats. Mais encore faut-il que les produits répondent à différents critères de prix et d’adéquation entre l’offre et la demande sur ces marchés, signale Martin Lavoie.

Pour certaines de ces destinations, il peut aussi y avoir une adaptation à faire pour les entreprises agroalimentaires canadiennes, car il peut être difficile d’exporter un produit au Mexique comme on le fait aux États-Unis, notamment pour la viande fraîche. « Mais c’est quand même possible d’envoyer des produits congelés non désossés qui seront transformés là-bas, sur place, selon les coupes qui sont en demande sur ce marché », relativise l’expert. 

Bien qu’il reconnaisse qu’il reste encore beaucoup d’efforts à déployer pour que les entreprises canadiennes s’adaptent à ce nouveau contexte, il estime que la majorité d’entre elles ont réalisé l’importance de diversifier leurs marchés pour réduire leur vulnérabilité. 

Les échanges interprovinciaux plus difficiles à évaluer

Certaines de ces entreprises, comme Olymel, avec le lancement récent de plusieurs nouvelles coupes de porc et de poulet, ont accentué leur présence sur les tablettes du Québec et des autres provinces canadiennes pour pallier la baisse de leurs exportations. 

Cette stratégie est, pour l’instant, plus difficile à mesurer, puisque les données sur les exportations sont comptabilisées à partir de la frontière canadienne, spécifie M. Lavoie. « On peut avoir accès à certaines données sur les échanges interprovinciaux de la part du MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec] ou d’Agriculture Canada, mais c’est moins fiable, car c’est souvent basé sur un rapport volontaire des entreprises », indique-t-il.