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Un rapport de Statistique Canada mentionne que les bénéfices nets des agriculteurs québécois ont diminué de 62 M$ entre 2018 et 2019, tandis qu’un autre rapport indique que le revenu net a augmenté de 370 M$ pour la même période. Photo : Martin Ménard / Archives TCN

Un rapport de Statistique Canada mentionne que les bénéfices nets des agriculteurs québécois ont diminué de 62 M$ entre 2018 et 2019, tandis qu’un autre rapport indique que le revenu net a augmenté de 370 M$ pour la même période. Photo : Martin Ménard / Archives TCN

Les chiffres sur les bénéfices des agriculteurs divergent

Statistique Canada présente chaque année des données sur les recettes financières des fermes ainsi que sur leurs dépenses et leur rentabilité. Cette année, deux rapports se contredisent.

Celui publié le 25 novembre indique que les recettes des agriculteurs canadiens ont augmenté pour une neuvième année consécutive pour s’établir à 66,4 G$, ce qui se traduit par une hausse du revenu net de 14,9 % par rapport à 2018. Toujours selon ce rapport, le Québec est la deuxième province où le revenu net des agriculteurs a le plus augmenté, avec une hausse de 370 M$ entre 2018 et 2019.

Par contre, un autre rapport publié quelques jours plus tard, soit le 4 décembre, indique que les bénéfices nets (pour la déduction d’amortissement) des fermes au Québec ont diminué de 62 M$ entre 2018 et 2019 pour s’établir à 754 M$

En entrevue avec La Terre, Lina Di Pietro, économiste principale et analyste attitrée aux secteurs agricoles chez Statistique Canada, explique qu’il y a des différences entre les sources de données. Le rapport publié le 25 novembre provient des statistiques économiques agricoles (SEA) de Statistique Canada tandis que les données du rapport du 4 décembre proviennent du Programme des données fiscales agricoles (PDFA), soit un recensement annuel des dossiers de déclarants.

Le type d’entreprises agricoles diffère donc selon ces deux sources de données de même que les périodes de temps et le type de données. Par exemple, les transferts entre exploitations agricoles (ventes et achats) au sein d’une même province sont compris dans les estimations du PDFA, mais ils sont exclus des SEA.

Commentaires abrasifs

Une guerre de chiffres sur la rentabilité des fermes a par ailleurs éclaté le 14 décembre. L’économiste Sylvain Charlebois a envoyé une lettre aux médias dans laquelle il dit que les agriculteurs québécois se  plaignent le ventre plein lorsqu’ils exigent une meilleure part des augmentations de prix des aliments au détail. Il donne l’exemple des derniers états financiers du numéro deux en alimentation, Empire/Sobeys/IGA qui dégage une marge bénéficiaire d’à peine 2 %, et ce, comparativement aux revenus nets des fermes du Québec qui, selon ses sources, se situent à 8,9 %. Le directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie s’est permis quelques phrases abrasives dans sa lettre en affirmant que les agriculteurs étaient des jaloux qui connaissaient mal le fonctionnement de la chaîne alimentaire et qu’ils manquaient de respect envers leurs partenaires filières.

Ces commentaires ont piqué au vif plusieurs intervenants du milieu. L’Union des producteurs agricoles (UPA) a répliqué dès le lendemain en publiant une série de chiffres voulant démontrer qu’au contraire, les investissements en agriculture sont moins rentables que ceux des grandes chaînes d’alimentation.

Le directeur général de l’UPA, l’agroéconomiste Charles-Félix Ross, a signé une lettre dans laquelle il affirme que le rendement des capitaux investis par les actionnaires dans une entreprise alimentaire est nettement plus élevé que dans le milieu agricole. « En 2018 et 2019, il variait de 9 à 28 % pour les cinq principales entreprises alimentaires au pays, soit Costco, Walmart, Metro, Empire et Loblaw. En agriculture, il était de… 1,3 % », a souligné M. Ross.