En trois semaines, Éric Laflamme a livré 2 000 tonnes de maïs de sa récolte personnelle et chargé dans des camions 2 000 tonnes entreposées dans ses silos loués par la coopérative Agiska. Photo : Gracieuseté d’Éric Laflamme
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S'abonner maintenantDe la fin février à la mi-mars, le producteur de lait et de grains Éric Laflamme a sorti 4 000 tonnes de maïs de ses silos, une quantité inhabituelle pour lui à cette période de l’année. La forte demande européenne et l’incertitude sur les marchés boursiers ont incité les exportateurs de maïs à écouler les stocks plus rapidement qu’à l’accoutumée.
« C’est rare qu’on fasse ça. C’est un bon rush », soutient le producteur de Saint-Hyacinthe, en Montérégie. En trois semaines, il a livré 2 000 tonnes de maïs de sa récolte personnelle vendues à de bons prix au printemps et à l’automne 2024. Les prix variaient alors de 255 à 290 $/tonne.
Les 2 000 autres tonnes ont été chargées dans des camions de la coopérative Agiska, qui loue une partie des installations d’entreposage de l’agriculteur. Le directeur de la commercialisation des grains de la coop, Christian Chabot, confirme écouler les stocks de maïs plus rapidement en raison de l’incertitude sur les marchés boursiers.
En fait, c’est depuis la mi-décembre qu’un mouvement important est observé, soutient le vice-président du développement des affaires chez Sollio, Simon Baillargeon, qui est également président de l’Association des commerçants de grains du Québec. Ce mouvement est motivé, d’une part, par une demande élevée à l’exportation et, d’autre part, par l’arrivée imminente, dès la dernière semaine de mars, de deux facteurs qui minent habituellement la compétitivité du grain québécois : la période de dégel, qui s’amorce sur les routes et qui provoquera une diminution des chargements des camions, ainsi que la réouverture de la voie maritime du Saint-Laurent vers l’Ontario, qui permettra au maïs ontarien d’être exporté à son tour.
Les tarifs européens, bons pour le maïs du Québec
Le président américain, Donald Trump, a imposé des tarifs de 25 % sur l’acier et l’aluminium, le 12 mars, et l’Union européenne a annoncé des mesures de représailles, notamment sur le maïs américain, dès le 1er avril. Cette incertitude encourage les importateurs européens à s’approvisionner ailleurs qu’aux États-Unis, souligne l’analyste principal aux Producteurs de grains du Québec, Ramzy Yelda. « Or, il se trouve que nous, nos exportations par bateau vont en grande majorité en Europe, tout simplement à cause de la distance des ports du Saint-Laurent à l’Europe du Nord [qui est] la distance la plus courte. [C’est] un timing parfait avec notre réouverture du Saint-Laurent et avec notre période habituelle des exportations. » Les prix à la ferme, en date du 18 mars, variaient de 270 à 280 $/tonne, alors qu’ils ont chuté aussi bas que 215 $/t lors de la récolte 2024.
La déferlante brésilienne
Christian Chabot, d’Agiska coopérative, a notamment accéléré ses ventes de maïs ces dernières semaines en raison d’une diminution des prix anticipée en juillet.
Le marché nous dit aussi qu’on a beaucoup de maïs à venir encore. Mon maïs vaudra moins cher en juillet qu’en juin, donc si je garde mon inventaire jusqu’en juillet, je vais avoir une perte boursière.
Ramzy Yelda explique que le Brésil vient de semer sa deuxième récolte de maïs safrinha et que les rendements dépendront des pluies des prochaines semaines. « Si le Brésil a de bonnes pluies, dans six ou sept semaines, le maïs brésilien va littéralement déferler sur le marché mondial. Donc, au niveau des prix [pour les producteurs québécois], on est peut-être aussi dans la bonne fenêtre [pour vendre] avant que le maïs brésilien n’arrive », conclut-il.