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Photo : Archives / TCN

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Une saison en montagnes russes

Gel, canicules, sécheresse : les épisodes météo extrêmes ont gardé les producteurs de plantes fourragères sur le qui-vive cette année. Alors que s’achève la troisième fauche, cinq agriculteurs dressent leur bilan de fin de saison.

Benoit Larochelle, Ferme Larard, Abitibi-Témiscamingue

« Ce printemps, j’avais beaucoup de craintes à cause de la canicule en mai. Finalement, on a connu une saison meilleure que la normale en termes de volume avec un été chaud et de bonnes pluies », raconte le producteur laitier de Saint-Félix-de-Dalquier qui a achevé sa deuxième coupe à la fin août. Puisqu’il a assez de fourrage pour son troupeau, il ne fera pas de troisième fauche.


Daniel Lajoie, Élevage du petit veau, Bas-Saint-Laurent

« On ne fera pas de troisième coupe étant donné que la deuxième a été tardive et que je veux avoir une meilleure couverture végétale pour l’an prochain », explique le producteur de Sainte-Hélène-de-Kamouraska. En août, il a essayé une nouvelle implantation avec du seigle fourrager qu’il espère faucher en juin prochain. « Les graminées semblent bien implantées. On se croise les doigts. »


Mélissa Sylvestre, Ferme M & A Scobble, Montérégie

La productrice laitière de Howick est parvenue à faire sa troisième et dernière coupe de la saison le 21 septembre. « En termes de volume, c’est la plus intéressante, car on a reçu de la pluie tout de suite après avoir fertilisé en fin de deuxième coupe. » Le sorgho semé début juin a également donné un taux de protéine très satisfaisant. « On a beaucoup appris de la saison et on va changer nos plans de rotation. »


Philippe Doyon, Ferme Docovolait, Centre-du-Québec

Malgré une première coupe sous sa moyenne, le producteur laitier de Wickham est assez content de sa troisième coupe en ensilage, complétée à plus de 80%. « Le rendement est très bon et les analyses sont exceptionnelles. » Il note que la troisième a été la meilleure dans plusieurs secteurs. « Le rendement a été moyen là où les gelées étaient plus fortes. Les nouveaux semis n’ont pas été à la hauteur des attentes. »


Daniel Houle, Ferme Vincennes,  Mauricie

« J’ai fini ma deuxième coupe le 21 septembre parce que la météo n’était pas au rendez-vous, alors qu’à pareille date, j’ai l’habitude d’achever ma troisième coupe, lance le producteur de foin de commerce de Saint-Luc-de-Vincennes. Heureusement, la seconde fauche a sauvé la mise. » Malgré des rendements sous sa moyenne, il estime avoir adopté la bonne stratégie considérant la sécheresse. « Il faut être patient et ne pas couper à tout prix, pour protéger le sol. »

« Les inventaires sont serrés »

Malgré une bonne troisième coupe dans certaines régions, le président du Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), Alphonse Pittet craint que l’hiver soit long pour plusieurs éleveurs en raison du manque de fourrages.

« Dans les prairies où la deuxième coupe a été “normale’’, la troisième coupe a donné de la quantité et de la qualité, dit-il. Cependant, dans les régions où la première et deuxième coupe ont été décevantes, il a été difficile de rattraper le temps perdu. Au global, les inventaires sont serrés. »

Selon lui, la situation reste préoccupante dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et Lanaudière. « L’accès à l’ensilage de maïs va faire la différence dans les secteurs où il est difficile depuis trois ou quatre ans d’implanter une prairie. »  Alphonse Pittet redoute que certains éleveurs de bovins de boucherie, de chèvres ou de moutons tombent au combat vu les prix élevés du fourrage.

Le président du CQPF pense que le secteur des plantes fourragères doit adapter rapidement ses méthodes pour faire face aux changements climatiques, qui risquent de faire augmenter la fréquence des épisodes de sécheresse. « Mais s’adapter n’est pas facile et le secteur des plantes fourragères n’est pas encore prêt. Il faudrait investir davantage dans la recherche pour trouver des variétés plus résilientes. »

Pourquoi les rendements baissent-ils?

Les sécheresses hâtives des dernières années pourraient expliquer pourquoi les prairies plus jeunes ont moins bien performé en 2020, pense France Bélanger, agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.  « On remarque notamment que les plants sont plus petits et qu’ils sont moins bien enracinés en profondeur que les prairies implantées avant 2018 et qui ont bénéficié de meilleures conditions de croissance. Cela pourrait expliquer pourquoi les rendements fourragers diminuent d’une année à l’autre. »