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Une berge de la rivière Etchemin envahie par la renouée du Japon. Cette photo prise en mai dernier montre l’érosion de la rive après le passage des glaces. Dans quelques semaines, la plante aura repoussé, contrairement aux autres espèces végétales. Crédit photo : Gracieuseté de Claude Lavoie

Une berge de la rivière Etchemin envahie par la renouée du Japon. Cette photo prise en mai dernier montre l’érosion de la rive après le passage des glaces. Dans quelques semaines, la plante aura repoussé, contrairement aux autres espèces végétales. Crédit photo : Gracieuseté de Claude Lavoie

Un problème qui prend racine

Les producteurs sont appelés à redoubler de vigilance cet été. Plusieurs indices semblent indiquer que la renouée du Japon, une plante exotique envahissante, gagne du terrain sur les rives de plusieurs cours d’eau en milieu rural. Un chercheur de l’Université Laval redoute que son expansion accentue le phénomène d’érosion des berges.

La présence de la renouée au Québec remonte à 1918. Si ses qualités esthétiques en font une plante appréciée des amateurs d’horticulture, cette espèce originaire d’Asie s’avère en revanche aussi coriace qu’envahissante. Depuis quelques années, on constate qu’elle est sortie des jardins pour coloniser les abords de plusieurs cours d’eau, notamment en milieu rural.

Claude Lavoie, biologiste et professeur titulaire à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional de l’Université Laval, a remarqué la présence d’importantes colonies de renouées en étudiant des cartes récentes des rivières Chaudière et Etchemin, dans Chaudière-Appalaches, et en surveillant les signalements des citoyens sur la base de données Sentinelle du ministère de l’Environnement sur les espèces exotiques envahissantes. « À la hauteur de Saint-Henri-de-Lévis, un de ces massifs fait 1 km de long. La renouée est en voie d’occuper la majorité des berges à cet emplacement d’ici quelques années. Si j’étais un agriculteur et que je voyais cette plante apparaître sur ma terre, je ne serais pas heureux. »

Une colonie de renouées du Japon sur les berges de la rivière Etchemin.  Crédit photo : Gracieuseté Rebecca Matte

Une colonie de renouées du Japon sur les berges de la rivière Etchemin. Crédit photo : Gracieuseté Rebecca Matte

Des questions en suspens

La renouée ne s’attaque pas directement aux cultures. Par contre, son expansion est susceptible de causer plusieurs problèmes environnementaux en milieu agricole. Tandis qu’à la surface, ses tiges deviennent dures comme du bambou, son système de racines libère dans le sol des toxines qui empêchent la croissance des autres végétaux. Autrement dit, elle élimine tout le couvert végétal là où elle se trouve. « En raison du manque de données sur le sujet, on ignore encore quelle est sa capacité filtrante sur les polluants en milieu agricole. Aussi, plusieurs indices portent à croire qu’elle n’offre pas une aussi bonne stabilité aux berges que les espèces herbacées et arbustives, même si ses rhizomes peuvent descendre jusqu’à 2 m sous terre. »

Par conséquent, sa prolifération pourrait aggraver le phénomène d’érosion des berges après le passage des glaces, estime le chercheur qui prépare un ouvrage sur la question des plantes exotiques envahissantes. Il souhaite d’ailleurs valider son hypothèse au cours d’une étude sur la rivière Etchemin cet automne.

Une dure à cuire

En l’absence de remède miracle, l’éradication d’une colonie de renouées du Japon s’apparente actuellement à une mission impossible. Sans prédateur connu au Québec, la plante est aussi très résiliente : si un plant est arraché, ses fragments de racines peuvent rester en dormance pendant 10 ans dans le sol. « Elle est la plante dont il est le plus difficile de se débarrasser au Québec en ce moment », commente le biologiste.

Alors que des techniques comme la fauche répétitive ou l’arrachage s’avèrent inopérantes, l’utilisation de glyphosate permet de « donner des coups de massue, sans jamais porter le coup de grâce », mais demeure interdite en milieu riverain. L’excavation a fait ses preuves. Toutefois, la technique présente des coûts logistiques considérables. « Si vous souhaitez l’éradiquer, vous allez vous décourager. L’idée est d’abaisser sa présence à un seuil acceptable, mais c’est un combat à recommencer chaque année. »  

David Riendeau, journaliste