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Les paniers bio: pas pour tout le monde

Alors que le réseau Équiterre est en période de recrutement de fermiers de famille pour approvisionner les consommateurs de paniers d’aliments biologiques, force est de constater que pour le producteur choisissant cette voie de commercialisation, l’aventure n’est pas toujours de tout repos.

« Pour un producteur biologique, c’est plus simple de vendre ses fruits et légumes à un distributeur que de répondre aux conditions du réseau des paniers bio, concède Mathieu Roy, conseiller en agriculture pour Équiterre. Ceci étant dit, même si nos critères sont serrés et que nous perdons quelques producteurs chaque année, le nombre de ceux qui veulent joindre le réseau leur est nettement supérieur. » Soulignons que cette année, 80 producteurs livrent des paniers et qu’une vingtaine d’autres les approvisionnent en produits biologiques.

Équiterre a mis en place un réseau de paniers biologiques depuis maintenant 18 ans. Presque toutes les régions du Québec peuvent bénéficier de ce service, exclusion faite de celles où la culture maraîchère est absente. « Avec les années, nous avons resserré nos critères de sélection des producteurs, détaille M. Roy. Pour soutenir la qualité du produit, nous évaluons la formation, l’expérience et le réalisme des producteurs qui veulent grossir les rangs. Ces personnes sont rencontrées au préalable et nous allons systématiquement visiter les fermes le premier printemps pour voir comment s’annonce la saison. »

Pour un producteur qui se lance dans la régie bio en ayant pour objectif de faire partie du réseau des paniers, l’encadrement peut sembler trop léger.

« Je pense qu’on devrait avoir plus d’aide au départ, lance Louise Marie Beauchamp dont la ferme, Les Jardins du Champ UN à Saint-Basile-le-Grand, est en précertification biologique et livre cet été ses premiers paniers dans le réseau Équiterre. Cette aide à la production biologique ne devrait pas reposer uniquement sur les épaules d’Équiterre. Le gouvernement devrait s’impliquer davantage. »

De plus, elle considère que le prix obtenu pour une récolte de produits biologiques est insuffisant. « Je sais que les consommateurs sont sensibles au prix, mais je crois que la vraie valeur du panier est presque le double de ce que les gens paient. »

Selon elle, le réseau des paniers bio demeure un splendide tremplin, mais les producteurs qui y adhèrent sont à ses yeux de véritables héros. Le développement de plusieurs variétés de légumes, le recrutement du personnel, la gestion des paniers, tout ça représente une importante source de stress. D’autant plus que comme pour toute production maraîchère, mère Nature aime parfois brouiller les cartes en imposant un printemps pluvieux, comme cette année. De son côté, Louise Marie Beauchamp a dû acheter des légumes d’autres producteurs pour compléter ses paniers en début de saison.

Une clientèle exigeante

Pour sa part, François Tanguay est associé aux paniers bio depuis les tout premiers débuts. Il cultive, à Saint-Antoine-sur-Richelieu, une cinquantaine de variétés de fruits et légumes sur 10 hectares, en grande partie destinées aux quelque 400 paniers biologiques qu’il livre hebdomadairement dans la grande région de Montréal. Il est très attaché à la mission d’Équiterre et ne cache pas en partager la philosophie sociale.

Cela dit, il admet que pour un producteur, surtout en démarrage, la commande est lourde. « Il faut être réaliste, explique le producteur d’expérience. Il ne faut pas rêver produire de beaux légumes sur n’importe quel type de sol. Chose certaine, pour réussir, il faut être tenace, avoir le sens de l’entrepreneuriat et être tolérant aux risques. »

Il souligne que le consommateur est très exigeant. Il demande de la variété dans son panier et de la fraîcheur. Le poids repose sur les épaules du producteur qui doit avoir toute une chaîne logistique pour l’appuyer. En ce qui concerne le contrôle de qualité, le propriétaire de la Ferme Les jardins du petit tremble résume la situation de cette façon : « J’ai un contrôle de qualité 400 fois par semaine, à chaque fois qu’un client prend possession de son panier. »

Toutefois, les clients sont plutôt complices et très contents d’appuyer leur fermier de famille. Puisque les consommateurs versent le paiement de leur saison de paniers avant même le début de la récolte, les producteurs participants y voient un grand geste de confiance. « C’est le nerf de notre mise en marché, témoigne François Tanguay. Ils nous soutiennent et nous, on met toute notre énergie pour leur donner le maximum. »

Si le travail au sein du réseau des paniers biologiques est intense, il n’en demeure pas moins que pour les producteurs qui y souscrivent, c’est aussi une question de soutenir un type d’agriculture qui répond à leurs valeurs profondes et suscite l’intérêt de consommateurs dont les préoccupations environnementales se complètent d’une quête d’une meilleure alimentation.