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La norme sur les combustibles propres : un casse-tête en perspective?

La nouvelle norme sur les combustibles propres pourrait affecter la commercialisation du maïs en Ontario et au Québec. En effet, pour être admissible aux crédits du carbone, le maïs devra respecter plusieurs critères liés à l’utilisation de la terre sur laquelle il a été produit, tels que la distance séparant la culture des cours d’eau et des zones humides.

En pratique, cela reviendrait à créer deux bassins de production de maïs : l’un qui pourrait se destiner aux biocarburants, et l’autre qui en serait exclu. L’impact serait particulièrement important en Ontario où quasiment le tiers de cette production est utilisé par l’industrie de l’éthanol. Un gros casse-tête en perspective!

priori, la situation serait quelque peu différente au Québec puisque la proportion de notre récolte de maïs qui se destine au marché de l’éthanol est moindre, soit autour de 10 %. Cependant, malgré cette différence entre les deux provinces, le Québec ferait face au même problème. En effet, de nombreux producteurs fournissent ce marché, et les centres de grains québécois qui approvisionnent les usines de Varennes et de l’Ontario ne font pas de ségrégation du maïs pour l’éthanol.

Les producteurs nagent présentement dans l’incertitude puisque la réglementation n’a pas encore été publiée. À titre d’exemple, si un producteur a une partie de sa production admissible aux crédits de carbone et une autre partie non admissible (en fonction de la disposition des champs), pourra-t-il mélanger le maïs provenant des deux parties à des fins de séchage et d’entreposage? Ou est-ce que chaque champ devra être certifié comme admissible aux crédits? En fin de compte, le maïs destiné aux biocarburants devra-t-il être géré comme un grain à identité préservée (IP), tel un soya IP? Si c’est le cas, qui assumera les coûts considérables reliés à cette ségrégation? Contrairement au soya IP, le marché ne paiera pas une surprime au maïs destiné à l’éthanol.

La culture du maïs représente la première récolte en tonnage en Ontario et au Québec. Par conséquent, la réglementation concernant la norme sur les combustibles propres pourrait avoir un impact considérable. L’économie verte est un concept louable, mais, à moyen terme, sa mise en œuvre pourrait entraîner des coûts cachés pour les producteurs agricoles. À cet effet, les Producteurs de grains du Québec et leurs partenaires canadiens suivent le dossier de près et sont en pourparlers avec le gouvernement.

Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, Producteurs de grains du Québec


Ce texte a été publié dans la revue GRAINS de janvier 2021.