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Une analyse de l’IRDA révèle que l’adoption de la lutte intégrée en grandes cultures n’a pas d’effet systématique et significatif qui nuirait à la rentabilité des entreprises ou qui accentuerait le risque économique. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

Une analyse de l’IRDA révèle que l’adoption de la lutte intégrée en grandes cultures n’a pas d’effet systématique et significatif qui nuirait à la rentabilité des entreprises ou qui accentuerait le risque économique. Crédit photo : Martin Ménard/TCN

La lutte intégrée ne nuirait pas à la rentabilité

En tant que gestionnaires d’entreprise, les agriculteurs ont des décisions importantes à prendre concernant plusieurs facteurs de production, notamment l’utilisation des pesticides. Ainsi, un producteur de grandes cultures qui songe à adopter la lutte intégrée (LI) contre les ravageurs voudra évaluer l’impact de cette décision sur la rentabilité de son entreprise de même que sur le risque en termes de variabilité des rendements.

Des travaux récents réalisés par l’équipe de recherche en économie de l’agroenvironnement de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) permettent de jeter un nouvel éclairage sur ce sujet.

Une première

L’analyse a été effectuée en utilisant différentes méthodes quantitatives, à la fois économétriques et statistiques. À la base, nous avons pu disposer des données anonymisées d’un groupe de 115 entreprises de grandes cultures pour l’année de production 2014. Les données agroenvironnementales de ce groupe d’entreprises provenaient des Plans d’accompagnement agroenvironnementaux, tandis que les données technico-économiques provenaient de la banque de données Agritel. La mise en commun de ces deux banques de données était une première.

Faits marquants par culture

La modélisation économétrique utilisée est tirée des travaux du département de l’Agriculture des États-Unis (Fernandez-Cornejo, 1996, 1998). En général, les résultats de cette modélisation ont montré que l’adoption de la LI n’a pas d’effet significatif sur la rentabilité des entreprises, ni positivement ni négativement. L’adoption de la LI n’engagerait donc ni gain ni perte financière systématique sur l’ensemble de l’entreprise. Certains faits marquants par culture sont toutefois à souligner.

En ce qui concerne les 37 entreprises qui cultivaient des céréales à paille, celles qui adoptaient le plus la LI ont enregistré des rendements de 10 % supérieurs. En revanche, elles utilisaient aussi environ 40 % plus de main-d’œuvre. Pour ce qui est de l’effet de la LI sur le bénéfice des entreprises, la modélisation ne met en évidence aucun effet significatif.

Dans le maïs-grain, aucun effet significatif n’est noté sur le rendement de la culture chez les 59 entreprises étudiées. Cependant, la marge sur coûts variables (MCV) est significativement plus élevée pour les entreprises qui adoptent plus que la moyenne la LI (585 $/ha), comparativement à celles qui l’adoptent moins (406 $/ha).

Quant aux 65 entreprises produisant du soya, celles dont l’adoption de la LI est au-dessus de la moyenne obtiennent un rendement supérieur de 227 kg/ha (2,724 vs 2,497 t/ha). De plus, ces entreprises affichent une MCV supérieure de 20 % aux autres, soit 676 $/ha comparativement à 562 $/ha.

Constat global

L’ensemble des travaux de l’équipe de recherche en économie de l’agroenvironnement de l’IRDA permettent un constat global. L’adoption de la LI en grandes cultures n’a pas d’effet systématique et significatif qui nuirait à la rentabilité des entreprises ou qui accentuerait le risque économique (variabilité des rendements).

Malgré cela, les producteurs ont une perception relativement défavorable de la LI. Dans ces circonstances, des programmes et des politiques qui accompagnent bien les producteurs, par des services-conseils soutenant la gestion des risques, peuvent favoriser de façon importante l’adoption de la lutte intégrée. 

Luc Belzile, économiste, M. Sc., IRDA