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Crédit photos : Archives/TCN

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Fertilisation : Zoom sur la recherche

Les chercheurs sont particulièrement actifs dans le domaine de la fertilisation. L’apparition de nouveaux cultivars et le souci constant d’accroître les rendements obligent les agriculteurs à revoir leurs pratiques. Survol des projets de recherche en cours.

Maïs  : la dose à 100  % de phosphore plus rentable

La Coop fédérée mène depuis 2006 un essai en continu de fertilisation pour le phosphore et le potassium dans la culture du maïs et du soya. « L’objectif est de tester différents dosages dans un même champ sur une longue période et de mesurer les rendements obtenus selon les cultures en rotation, explique Lucie Kablan, chercheure en régie de grandes cultures. Nous reproduisons ainsi des conditions s’approchant des pratiques des producteurs. »

Ainsi, les tests menés en 2018 sur le maïs ont montré des différences significatives de rendement selon les dosages de phosphore. Le résultat optimal a été obtenu avec la dose à 100 % avec un rendement de 12,8 tonnes par hectare (t/ha). Le traitement à 0 % a donné près de 3 t/ha de moins. Hausser la quantité de phosphore à 150 % ne permettrait pas de gain, puisque le rendement obtenu a été de 12,4 t/ha. « Ces mêmes observations ont été faites durant les années précédentes pour le maïs. On en conclut donc que l’application d’une dose à 100 % de phosphore est rentable », souligne Mme Kablan.

Camerises  : même rendement en moins de temps

Les engrais granulaires dans la culture de la camerise en plasticulture ont récemment fait l’objet d’un projet de recherche mené par le centre collégial de transfert technologique en agriculture Agrinova, en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Les travaux, qui se sont échelonnés sur trois ans au Saguenay–Lac-Saint-Jean, ont permis de tester différents types de fertilisants granulaires (à libération lente et contrôlée) et de mesurer leurs effets sur les rendements. Ceux-ci étaient appliqués au printemps de chaque année, alors que l’engrais soluble traditionnel (méthode de fertigation) était appliqué quatre fois durant la saison.

« En termes de rendement, il n’y a pas eu de différence significative entre les deux méthodes, rapporte François Tremblay, directeur de la recherche chez Agrinova. Les fertilisants à libération lente représentent toutefois une solution de rechange intéressante à la fertigation pour les producteurs qui n’ont pas la main-d’œuvre suffisante pour procéder à plusieurs applications durant l’été. » Il reste à mener une évaluation technico-économique, prévue à l’été, pour savoir si les gains obtenus valent le surcoût de cette méthode.

Fraises d’automne  : 20  % moins de fertilisants nécessaires

Depuis 2010, la fraise d’automne a inspiré plusieurs projets de recherche menés à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Un essai à grande échelle a même eu lieu chez cinq producteurs de l’Île-d’Orléans en 2016-2017. Les résultats obtenus ont permis d’améliorer les stratégies de fertilisation et d’irrigation de cette culture, qui représente aujourd’hui plus de 50 % de la production annuelle de fraises au Québec. « On a démontré qu’il est possible de diminuer de 20 % à 25 % la dose de fertilisants sans affecter les rendements, mentionne Mylène Marchand-Roy, professionnelle de recherche à l’IRDA. On a aussi trouvé des stratégies pour s’affranchir de la fertigation. La solution a été de combiner lors du buttage un engrais conventionnel et un engrais à libération contrôlée pour un apport d’azote en continu. »

Le projet a également mené au développement d’un épandeur d’engrais en bande qui permet d’appliquer des doses précises sur toute la zone de production. Le nouvel équipement a été testé avec succès et est maintenant utilisé par les producteurs.

Cultures bio  : à la recherche du bon mélange d’engrais

Même si la culture biologique gagne du terrain au Québec, il est difficile d’obtenir des rendements optimisés faute de modèles de fertilisation appropriés. C’est pour combler ce manque que le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), en collaboration avec l’IRDA, mène depuis 2014 des projets de recherche pour mieux connaître le rôle des engrais verts en les comparant aux engrais de ferme, puis mettre au point une régie de fertilisation établie et performante. « On a étudié différents mix d’engrais dans un contexte de rotation incluant des cultures exigeantes en azote comme la pomme de terre, le maïs et le blé d’automne, affirme Mylène Marchand-Roy, professionnelle de recherche à l’IRDA. Les tests ont démontré, par exemple, que certains engrais de ferme tels que les granules de fientes de volaille se minéralisaient trop rapidement lorsqu’ils sont appliqués en présemis pour la culture du maïs. » Les travaux de recherche ont aussi fait ressortir toute la complexité de gérer la fertilisation avec les engrais verts afin de synchroniser l’apport en azote avec le pic de besoins de la culture.

Sylvie Lemieux, journaliste