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Le chia est de plus en plus populaire pour la grande valeur nutritionnelle de ses grains

Le chia est de plus en plus populaire pour la grande valeur nutritionnelle de ses grains

Culture du chia biologique au Québec : possible et payante

Intégrer le chia à ses cultures en champ pourrait être une décision payante pour un producteur québécois de grandes cultures. Les résultats d’un projet d’étude mené par l’équipe de Josée Boisclair, chercheuse à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), de Saint-Bruno-de-Montarville, démontrent qu’il est non seulement possible de cultiver du chia biologique au Québec, mais que l’on peut aussi obtenir des rendements très compétitifs pouvant même aller au-delà des moyennes de production de l’Argentine.

« Il faudra pousser nos recherches plus loin, mais c’est vraiment prometteur, indique Laurence Jochems-Tanguay, une chercheuse à l’IRDA qui a contribué au projet.

Les marges sur coûts variables (MCV) du chia peuvent d’ailleurs se comparer à celles de certaines grandes cultures biologiques déjà produites ici. Selon les résultats préliminaires obtenus au cours de la recherche, une MCV de 650 $/ha à près de 2 500 $/ha serait envisageable pour des rendements de 600 à 1 400 kg/ha.

Plus précisément, avec un rendement similaire à celui qui a été généré lors des essais de 2017 (environ 1 300 kg/ha), un producteur pourrait espérer obtenir une MCV similaire à celle du soya biologique destiné à l’alimentation humaine. De plus, même à des niveaux de rendements moyens (1 000 kg/ha), la MCV du chia biologique se compare très bien à celles du blé d’alimentation humaine et du canola biologiques.

Laurence Jochems, professionnelle de recherche associée au projet, devant les plants qui ont été récoltés l’automne dernier. Crédit photo : IRDA

Laurence Jochems, professionnelle de recherche associée au projet, devant les plants qui ont été récoltés l’automne dernier. Crédit photo : IRDA

Le projet

Amorcé en mai 2016, le projet de l’IRDA visait à estimer le potentiel agronomique et économique de l’une des lignées de chia développées au Kentucky (voir encadré), à déterminer les meilleures pratiques culturales telles que les dates et les taux de semis pour la culture du chia biologique au Québec et à évaluer la rentabilité de cette culture.

Pour ce faire, trois dates de semis entre la fin mai et la fin juin ainsi que trois taux de semis ont été comparés en champ en 2016 et en 2017.

Pour chaque date de semis (2016 : 25 mai, 3 et 22 juin; 2017 : 24 mai, 8 et 22 juin), des parcelles de quatre rangs de 3 m de long et espacées de 0,76 m étaient semées manuellement à des taux de 2, 4 et 6 kg/ha. « Nous nous sommes concentrés sur le loam sableux, car nous savions que le chia aime les sols bien drainés. Il faudrait faire d’autres tests dans les sols argileux », indique la chercheuse.

Lors des deux années d’essais, ni la date ni le taux de semis n’ont influencé le rendement en graines matures des parcelles de chia.

« Peu importe à quelle date on faisait le semis, on a obtenu des rendements similaires à la récolte, souligne Laurence Jochems-Tanguay. La plante fleurit au rythme de la photopériode et non en fonction du nombre de jours de maturité. » Ainsi, une période de semis entre la fin mai et la fin juin serait envisageable pour une éventuelle production de chia biologique au Québec. De plus, comme le taux de semis de 2 kg/ha a aussi bien performé que ceux de 4 et de 6 kg/ha, l’adoption d’un faible taux de semis permettrait de réduire les coûts d’approvisionnement en semences. « La plante est toutefois sensible à l’égrenage sur pied et pourrait subir des pertes de rendement importantes advenant de forts vents, des pluies torrentielles ou d’autres intempéries », note la chercheuse.

Prochaines étapes

Pour Laurence Jochems-Tanguay, d’autres recherches sont nécessaires avant de recommander la culture du chia dans les champs québécois. « Il y a encore beaucoup de détails à explorer, dit-elle. Quels seront les impacts si l’on ajuste la fertilisation? Si l’on change l’espacement des rangs ou le type de sol? C’est ce qu’il reste à voir. »

Peu affecté par les ravageurs

Les essais de cultures suggèrent aussi que le chia serait peu affecté par les maladies et les insectes ravageurs au Québec. « Il faut garder en tête que c’est une nouvelle culture qui n’a jamais poussé chez nous, avertit la chercheuse. C’est peut-être parce que les ravageurs ne sont pas encore implantés ici. En même temps, le chia est une plante aromatique et fait partie de la famille des lamiacées, comme la menthe. Il peut avoir un côté répulsif pour les insectes ravageurs. » Cette plante s’est par ailleurs avérée très attractive pour les insectes pollinisateurs tels que bourdons et abeilles domestiques lors de la floraison, contribuant ainsi au maintien de la biodiversité de l’agroécosystème. Son intégration à la rotation des cultures pourrait donc représenter une option très intéressante de gestion de la pression des ravageurs sur l’ensemble des cultures d’un producteur.

D’où vient le chia?

Utilisé à titre de superaliment dans les smoothies ou les barres de céréales, le chia est de plus en plus populaire pour la grande valeur nutritionnelle de ses graines, de couleur claire ou foncée. D’origine sud-américaine, les lignées traditionnelles du chia fleurissent sous une courte photopériode (environ 12 heures) et ne tolèrent pas le gel. Elles ne sont donc pas adaptées aux conditions nordiques du Québec. Les chercheurs Phillips et Hildebrand, de l’Université du Kentucky, ont développé en 2012 de nouvelles lignées de chia pouvant fleurir à des photopériodes d’environ 14 heures, ce qui permet d’étendre les régions propices à la culture. Ce sont ces lignées de chia qui ont été étudiées par l’IRDA et qui peuvent officiellement être cultivées ici.

Cet article est paru dans la revue Grains de mai 2018.