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Lucie Marcoux estime avoir bénéficié de conditions de semis hors du commun à Saint-Zéphirin-de-Courval. Photo : Gracieuseté

Lucie Marcoux estime avoir bénéficié de conditions de semis hors du commun à Saint-Zéphirin-de-Courval. Photo : Gracieuseté

Avancement des semis à l’échelle de la province

La saison 2021 part du bon pied pour les cultures. Le printemps hâtif a permis à de nombreux producteurs d’effectuer tous leurs travaux dans les temps, sans être stressés par la pluie. En semant tôt et dans de bonnes conditions, ils améliorent leurs chances d’obtenir d’excellents rendements. La semaine dernière, La Terre a sondé des producteurs et productrices de différentes régions.

Très avancés au sud du Québec

« On ne peut pas se plaindre; on a la semaine qu’on voulait. Et ça roule de façon très intensive. Les conditions sont très bonnes. Beaucoup de producteurs ont fini le maïs en Montérégie et d’autres terminent leur soya. De façon générale, les semis [devraient avoir été] terminés dans cette région [dans la ] fin de semaine du 15-16 mai, selon l’agronome Stéphane Myre, qui travaille pour Bayer (semences Dekalb). Il remarque un peu de nervosité chez les producteurs qui ont pris le risque de semer du maïs le 14 avril. « Pour l’instant, rien n’est sorti de terre pratiquement. En creusant un peu, on remarque que la germination est avancée. Le stade de développement semble beau, sauf dans quelques cas d’exception où les champs devront être ressemés, car les grains ont souffert du froid », dit l’agronome.

Chez Corteva Agriscience, qui distribue entre autres les semences Pioneer, Louis-Philippe Pépin estime que la progression des semis est rapide un peu partout, notamment en Montérégie et dans Lanaudière. Il fait remarquer que les précipitations reçues diffèrent cependant d’une région à l’autre, ce qui explique les écarts entre certains secteurs. Un constat que partage également Alexandre Provost, de chez Windfield, une compagnie qui offre notamment les semences Cropland. « C’est très variable. Dans le secteur de Lévis, des producteurs ont commencé à semer le maïs le 10 mai. Aussi, il y a des terres, dépassées Drummondville [vers Québec] qui ont eu moins de pluie et étaient plus avancées qu’à Saint-Hyacinthe. En Montérégie-Ouest, dans le secteur de Sainte-Martine, c’est plus glaiseux et le sol se préparait moins bien. Il y a un peu de retard, mais ça avance », dépeint M. Provost.

Presque terminés au Centre-du-Québec

La Ferme Pierre Marcoux et Filles, à Saint-Zéphirin-de-Courval dans le Centre-du-Québec, avait pratiquement terminé ses semis au moment de l’entrevue le 13 mai. Lucie Marcoux fait part des conditions de semis hors du commun. « On a commencé le 5 mai, et il a fait beau et plus sec qu’à l’habitude. Les 215 acres [87 hectares] de maïs sont terminés et il reste juste 20 % du soya [des 141 hectares de soya] », précise-t-elle. Fait particulier, les Marcoux effectuent un passage de déchaumeuse et ensuite, ils donnent systématiquement un coup de lame niveleuse La Sole sur l’ensemble des champs. « On passe La Sole chaque année pour caler les petites roches et uniformiser. Ça fait un beau champ droit et on sème là-dedans », explique Lucie Marcoux.

Près de Nicolet, Christian Dionne a profité de la bonté de dame Nature pour débuter ses semis de céréales dès le 15 avril. « J’ai plus grand en céréales cette année malgré les prix super alléchants dans le maïs et le soya. Il y a des fous comme ça », dit-il en autodérision, précisant qu’il a eu plusieurs travaux à effectuer (nivellement, tranchées filtrantes, etc.). Son maïs a ensuite été semé en trois jours seulement à la fin avril. Étant en semis direct, une technique qui nécessite moins de passages de machinerie, M. Dionne a conclu tous ses semis avant le début du mois de mai. Il a même eu l’occasion d’essayer un nouveau tracteur d’une couleur inhabituelle pour lui… Se laissera-t-il tenter? À suivre.

Francis Caouette

Francis Caouette

Variables dans l’est

Le producteur de grains sous régie biologique Francis Caouette remarque une fois de plus que les conditions de semis sont très variables dans sa région du Bas-Saint-Laurent. « Moi, je suis à Saint-Tharcisius, à 15 km d’Amqui. On est plus haut en altitude et même si je ne suis pas loin, on commence parfois à semer deux semaines plus tard qu’à Amqui. Et dans le coin de Rivière-du-Loup, ils sont très avancés; on a de grosses différences juste entre nous, imagine par rapport au reste du Québec », compare-t-il. M. Caouette mentionne que la saison des sucres a été excellente dans sa région avec des records. « Et comme dit l’adage : “Si la première récolte est bonne, les autres suivent.” Alors, le grain va être bon cette année », espère-t-il, tout sourire. Il sèmera du blé et des pois cette saison et participera à un projet portant sur les plantes envahissantes. « Beaucoup de monde a de la folle avoine ici. Il faut savoir pourquoi et pourquoi d’autres n’en ont pas. Est-ce nos méthodes de travail? » se questionne-t-il.

Jérôme Desjardins a préféré être patient à la mi-avril et ne l’a pas regretté. Photo : Gracieuseté de Jérôme Desjardins

Jérôme Desjardins a préféré être patient à la mi-avril et ne l’a pas regretté. Photo : Gracieuseté de Jérôme Desjardins

Trop tôt au Témiscamingue

Jérôme Desjardins venait de lancer ses semis sur ses terres situées dans le secteur de Ville-Marie, au Témiscamingue, lorsque La Terre l’a joint par téléphone. « Ça vient de décoller. Je sème de l’orge aujourd’hui. Ils annoncent une bonne semaine de beaux temps. C’est parfait », dit-il, enthousiaste. Étonnamment, il aurait pu semer beaucoup plus tôt, presque à la mi-avril, alors qu’une incroyable séquence de beau temps a rendu la terre sèche dans cette région, où il peut encore y avoir de la neige à cette période. Certains de ses voisins ont alors pris la chance de semer du blé. « Moi, je trouvais que c’était trop de bonne heure. Et comme de fait, on a eu des -10 ºC, de la neige et de la pluie après. Mais j’en ai profité pour m’avancer pas mal, en faisant des travaux de nivellement et de drainage », explique-t-il.

Pas de pluie en Mauricie

Alphonse Pittet n’en est pas à sa première année en agriculture, mais voilà l’un des rares printemps où il observe de pareilles conditions à Saint-Tite, en Mauricie. « C’est un début de saison bien particulier : peu de neige, et elle est partie très rapidement en laissant peu d’eau. Le 15 avril, nous épandions l’engrais dans les prairies. C’est deux à trois semaines plus tôt que la normale. Il n’y a pas de pluie d’annoncée pour les prochains jours. Le 15 mai, les semis seront terminés dans des conditions de sol exceptionnelles », exprime le copropriétaire de la Ferme Pittet, qui cultive 352 hectares de soya, de maïs ensilage et d’avoine notamment. Le gestionnaire méticuleux qu’il est enregistre lui-même ses données météo. « En avril, il n’est pratiquement rien tombé. Depuis le début de mai, j’ai mesuré 21 mm au pluviomètre. C’est inquiétant », prévient-il. Cela lui fait penser à sa ferme en Suisse en 1976, alors qu’il n’avait pratiquement pas plu dans toute l’Europe de l’Ouest avant la mi-août. « La sécheresse qui s’en est suivi nous avait marqués pour longtemps », se souvient M. Pittet.