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Sébastien Angers délaisse le bio pour promouvoir l’agriculture régénératrice. Cette forme d’agriculture n’est pas encadrée par les standards d’une norme rigide, comme le bio, dit-il, mais plutôt par une évaluation de l’évolution des pratiques environnementales d’une ferme. Crédit : Martin Ménard/TCN

Sébastien Angers délaisse le bio pour promouvoir l’agriculture régénératrice. Cette forme d’agriculture n’est pas encadrée par les standards d’une norme rigide, comme le bio, dit-il, mais plutôt par une évaluation de l’évolution des pratiques environnementales d’une ferme. Crédit : Martin Ménard/TCN

Sébastien Angers délaisse le bio pour l’agriculture régénératrice

Un apôtre de longue date du bio, avec la commercialisation des porcs biologiques nourris à même ses grains certifiés bio, Sébastien Angers, surprend le milieu en mettant un terme à 35 ans de culture biologique sur ses terres. Il a mis fin à sa certification pour plutôt se tourner vers l’agriculture régénératrice.

« C’est une grande décision. Difficile. Quand tu fais une séparation comme ça, ce n’est pas une coupe nette; c’est une déchirure. Mais c’est profondément mûri et réfléchi », confie-t-il à La Terre.

Non seulement quitte-t-il le bio, mais Sébastien Angers désire propulser l’adoption au Québec de l’agriculture régénératrice, laquelle se dessine comme une solution alternative au biologique. L’agriculteur a coorganisé une journée d’initiation et de réflexion stratégique, le 2 décembre dernier, qui a réuni une quarantaine de personnes, incluant producteurs et transformateurs.

Une portion de cette réunion avait comme thème de se transposer en 2030, et d’expliquer comment l’agriculture régénératrice avait réussi à s’implanter de belle façon au Québec.

Départ du bio

Le producteur de grandes cultures de Sainte-Monique, dans le Centre-du-Québec, affirme que le bio n’offre plus la sécurité financière et sociale aux agriculteurs dans un contexte d’amélioration de la santé des sols. Il anticipe des ventes plus difficiles de certains produits biologiques, surtout dans un contexte où le consommateur n’est plus prêt à payer de 30 à 40 % plus cher pour un produit bio, argue-t-il. « Est-ce qu’on peut proposer un nouveau mode de culture qui a du sens pour la nature et qui est plus abordable pour tout le monde? » propose-t-il.

Il se soucie par ailleurs de l’inclusion. « En ce moment, il y a une polarité. Tu es bio et tu es bon, ou tu ne l’es pas. Et toutes les entreprises qui veulent passer au bio doivent se convertir pendant une période de trois ans. C’est tough en tabarouette. Alors, il se forme deux camps : les conventionnels et les bio. Le régénératif, c’est entre les deux. Plutôt qu’un cadre rigide comme le bio, on veut offrir aux agriculteurs un leadership qui va être inclusif pour tout le monde et qui va respecter la position de chacun en fonction d’où il part », précise-t-il.

Sébastien Angers, qui a prononcé plusieurs conférences dans le passé sur ses techniques culturales en agriculture biologique, mentionne que le contrôle des mauvaises herbes vivaces représente un grand niveau de difficulté, lequel oblige aussi des travaux de sol, comme les labours, qui « déconstruisent » la structure de sol.  « Je ne dis pas que le bio est mauvais. L’augmentation de la biodiversité que le bio permet est vraie et réaliste. Mais la zone qu’on a le plus explorée [en agriculture], c’est le travail du sol. Il y a une grosse boîte qu’on n’a pas vraiment explorée et ce sont les designs de la diversité végétale et l’autofertilité végétale. En bout de ligne, c’est ça que le régénératif va proposer. Sortir de la logique mono-espèce par espace-temps en grandes cultures, et favoriser de la cohabitation de plantes, comme le système des trois sœurs [maïs, courge et haricot qui profitent de l’effet de compagnonnage]. »

Après des années d’essai sur ses terres, il conclut que la technique du semis direct est plus bénéfique pour le sol, pour les vers de terre, lesquels sont « parmi les plus efficaces pour transformer le carbone ». Mais l’implantation de ces techniques de diversité végétale en semis direct, sans herbicide, entraîne une population de mauvaises herbes qui diminue les rendements et occasionne des problèmes de récolte.  D’où la décision de M. Angers d’aller vers l’agriculture régénératrice.

Trahison?

La Terre lui a demandé si son désaveu du bio lui donnait l’impression de trahir ses confrères et consœurs bio de longue date? « Trahir? Non. Challenger? Oui. Certains vont percevoir ce que je fais négativement, parce que ça vient les ébranler dans leur choix, mais l’ouverture fait partie des quatre ingrédients de l’évolution », répond-il.

Sébastien Angers met le pied sur l’accélérateur de l’agriculture régénératrice. Déjà, un premier lot de sachets de ses graines de citrouille seront identifiés d’une mention du genre « issues de l’agriculture régénératrice ». L’entreprise québécoise Prana, qui se spécialise dans les collations bio, fera cette incursion dans le créneau régénératif, annonce-t-il. La Terre fait toutefois remarquer au producteur que sans certification, le terme agriculture régénératrice n’offre pas d’assurance aux consommateurs quant aux actions entreprises à la ferme. « C’est vrai, mais il faut commencer quelque part. Et je sais que « this is not a bullshit » ce qu’on fait », assure le producteur. Il travaille sur un système pour mesurer l’agriculture régénératrice à la ferme, qui mise sur la digitalisation de l’agriculture. Il souligne qu’il faut mesurer le mouvement des fermes, leurs améliorations plutôt que seulement chaque action, et surtout, il faut prendre les devants.  « Je suis convaincu que le régénératif, c’est l’avenir. Et je n’ai pas envie que ce soit des bureaucrates ou l’industrie qui s’accaparent le leadership.  Je veux que ce soit les agriculteurs qui prennent ce leadership, car c’est nous autres qui sommes sur la terre », conclut-il.