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La productrice maraîchère Caroline Poirier dit que les inspections pour la norme biologique sont importantes. « Je ne te dis pas que c’est agréable tout le temps, mais on sait ce qu’on a à faire et on doit être capable de répondre aux points d’audit. » Photo : Gracieuseté de Caroline Poirier

La productrice maraîchère Caroline Poirier dit que les inspections pour la norme biologique sont importantes. « Je ne te dis pas que c’est agréable tout le temps, mais on sait ce qu’on a à faire et on doit être capable de répondre aux points d’audit. » Photo : Gracieuseté de Caroline Poirier

480 entreprises ont rejoint le bio, 247 l’ont quitté

Les statistiques du Portail Bio Québec, en date du 21 septembre dernier, montrent que 480 nouvelles entreprises ont obtenu leur certification biologique lors des 12 derniers mois et que 247 entreprises ont annulé définitivement ou temporairement leur certification bio. 

Ces statistiques ne surprennent pas les deux principaux certificateurs en sol québécois, Ecocert et Québec Vrai. « Il y a un certain nombre d’abandons chaque année, car la charge de travail est énorme dans le bio et les résultats agronomiques ne sont pas toujours là. C’est difficile pour certains de se départir des pesticides et des engrais de synthèse. Il y a aussi des gens qui prennent leur retraite. Mais des nouveaux se joignent et globalement, le bilan est positif. Dans notre cas, nous avons une augmentation du membership qui varie entre 8 et 10 % chaque année », explique le directeur de Québec Vrai, Jorge Fontecilla.

Les statistiques du Portail Bio Québec comprennent des producteurs agricoles, mais aussi des transformateurs et des distributeurs. Chez Ecocert, la directrice adjointe France Gravel indique que plusieurs transformateurs qui vendaient à des restaurants ont vécu des moments durs lors de la pandémie. « Certains ont fermé ou délaissé le bio. Par contre, de nouveaux joueurs s’ajoutent en tout temps », nuance-t-elle.

La différence entre les certificateurs?

Pourquoi choisir un certificateur plutôt qu’un autre? Voilà une question qui n’est pas simple! La productrice maraîchère Caroline Poirier mentionne que la structure de coûts, qui diffère chez les deux principaux certificateurs, peut orienter le choix de certains producteurs. « Québec Vrai charge en fonction du chiffre d’affaires, tandis qu’Ecocert charge à la superficie, alors selon le modèle de la ferme, si elle est en bio-intensif [qui utilise une superficie moindre pour le même chiffre d’affaires], ça peut être plus avantageux avec l’un. Il y a aussi le modèle d’affaires : Québec Vrai est un OBNL [organisme à but non lucratif], ce qui peut rejoindre davantage les valeurs de certaines fermes », explique-t-elle.

Variabilité des inspections

Les producteurs avec qui La Terre a discuté ont dit de façon unanime que les inspections bio variaient dans leur ferme. Un inspecteur peut, par exemple, accrocher sur des détails à propos desquels un autre n’a rien dit. Ou une année, l’inspectrice s’attarde sur des points très techniques au champ, tandis que l’année suivante, elle se concentre sur les registres. Parfois, il s’agit d’inspecteurs ou d’inspectrices chevronnés, d’autres fois, de débutants. Tout cela est normal, disent Jorge Fontecilla et France Gravel. Cette dernière spécifie que tous les inspecteurs sont formés de la même façon et reçoivent les mêmes consignes. « L’approche du client peut être différente d’un inspecteur à l’autre », indique-t-elle, ajoutant que les inspections varient relativement à ce qui a été vu l’année précédente. « L’inspecteur peut se concentrer sur un autre aspect l’année suivante », précise celle qui mise sur
20 inspecteurs à temps plein en plus d’une trentaine à temps partiel. De surcroît, elle ajoute que, sans être aux prises avec des problèmes de main-d’œuvre, les certificateurs goûtent eux aussi au roulement de personnel qui prévaut dans l’ensemble des entreprises du Québec. 

Chez Québec Vrai, Jorge Fontecilla affirme lui aussi qu’avec l’augmentation de la clientèle et un peu de roulement de personnel, il faut former de nouveaux inspecteurs, lesquels connaissent moins les détails de chaque production et peuvent se faire enfirouaper au début.
« Dans l’ensemble, les producteurs respectent vraiment la norme, mais n’oublions pas que l’imagination et la créativité de certains producteurs pour trouver des voies de passage dans la norme sont énormes. C’est comme la limite de vitesse sur l’autoroute : il y a toujours quelqu’un pour la dépasser. C’est au cœur même de notre travail », plaide-t-il. M. Fontecilla donne l’exemple de la précertification de 15 mois en production végétale que certains tentent de court-circuiter. D’autres tentent de contourner l’interdiction de cultiver des fruits et légumes biologiques dans certains champs et non biologiques dans d’autres en créant deux compa
gnies distinctes pour une même ferme.