Bio 31 janvier 2025

Les producteurs de lait bio veulent exporter aux États-Unis

Une légère baisse de la demande de lait bio par les transformateurs pour l’exercice 2023-2024 pourrait être compensée par le déploiement des ventes, aux États-Unis, de produits laitiers certifiés bio et sans antibiotique (NOP), ainsi que par les produits laitiers bio provenant de vaches nourries à l’herbe. C’est ce qu’ont suggéré différents intervenants lors de la 24e assemblée générale annuelle du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec (SPLBQ), le 23 janvier, à Québec.

Les possibilités d’exporter ces produits NOP aux États-Unis sont à considérer, a dit le président-directeur général de la Fromagerie L’Ancêtre, Pascal Désilets, au micro. Ce dernier vend déjà des produits laitiers transformés certifiés NOP aux Américains.

Si tous les producteurs étaient NOP, on serait en manque de lait bio au Québec; c’est pas mal certain. Il y a une demande réelle et ça pourrait être bénéfique pour toute la filière.

Pascal Désilets, président-directeur général de la Fromagerie L’Ancêtre
Pascal Pelletier est l’un des cinq producteurs bio à s’être lancé dans la certification du lait provenant de vaches nourries à l’herbe. Crédit photo : Pascal Pelletier

En entrevue avec La Terre, le transformateur précise que la faiblesse du dollar canadien, la demande persistante pour les produits laitiers bio aux États-Unis et la hausse des prix des produits laitiers américains représentent un moment propice pour y exporter. Le seul défi avant de développer réellement ce marché demeure le coût du lait au Québec, qui se révèle moins compétitif que celui des Américains, fait-il remarquer. 

Différents transformateurs, dont l’un situé en Ontario, ont récemment exprimé un intérêt marqué pour le lait bio NOP, a indiqué la présidente du SPLBQ, Michèle Lalancette. « Je pense qu’on est capables de le faire. Il y a des producteurs qui sont intéressés. Mais il reste plein de choses à attacher, comme repenser nos runs de transport [pour collecter les producteurs NOP]. Est-ce que ce sera viable? » questionne-t-elle.

Malgré une baisse de l’utilisation du lait bio, la présidente du SPLBQ,  Michèle Lalancette, est fière de ses producteurs. « On a une gang de producteurs, du monde de cœur, engagés à développer leur secteur, avec plusieurs qui lèvent la main, que ce soit pour le « nourri à l’herbe » ou le NOP », se réjouit-elle. Crédit photo : Ferme Lalan7

Vaches nourries à l’herbe : c’est parti!

Le projet visant à accroître la demande de lait bio par du lait certifié provenant de vaches nourries à l’herbe prend son envol. Les premiers fromages conçus avec ce lait ont été offerts aux consommateurs à la fin de l’année 2024. Cinq producteurs, principalement situés au Bas-Saint-Laurent, ont mis en place une régie garantissant que 75 % de l’alimentation de la vache est composée de fourrage. L’un d’eux, Pascal Pelletier, de la Ferme Pocatoise, est venu témoigner de sa première année d’expérience sous cette régie à l’assemblée annuelle des producteurs. 

« Ça n’a pas demandé d’énormes changements, car on travaillait déjà beaucoup sur la qualité et la conservation [des fourrages] afin de diminuer au max les concentrés. Pour moi, c’est le nerf de la guerre en bio, car le concentré n’est pas achetable! Bref, ça rejoignait déjà notre objectif de faire le plus de lait fourrager possible », a par la suite confié M. Pelletier à La Terre. Ses vaches nourries à l’herbe produisent moins de lait en moyenne que les fermes qui misent sur des régies plus performantes, mais ses moindres coûts d’alimentation permettent de terminer l’année avec des profits plus élevés que la majorité des fermes, souligne-t-il   en se référant à l’analyse provinciale en production laitière bio, où son entreprise s’est hissée dans le groupe de tête pour son solde résiduel, c’est-à-dire ses profits. Par contre, il s’attend à ce qu’une année de sécheresse lors de laquelle les fourrages présenteront une plus faible qualité nutritive puisse diminuer la productivité du troupeau. 

Les cinq producteurs ne reçoivent rien de plus pour leur lait certifié de vaches nourries à l’herbe. « La question c’est : s’il y a un marché, est-ce qu’on veut le combler ou on reste comme on est et [on continue de voir baisser la demande du lait bio]? Je pense que c’est une occasion qui traînait par terre qu’il fallait ramasser. Même si on n’a pas plus de prime pour l’instant, le fait d’augmenter l’utilisation du lait bio va augmenter notre prime bio », argue M. Pelletier. 

Afin d’accroître la notoriété du produit, le lait a été certifié selon la norme nationale développée par les Producteurs laitiers du Canada pour une production de lait provenant exclusivement de vaches nourries à l’herbe. La Fromagerie L’Ancêtre est le seul acheteur de ce lait certifié au Québec. 

Pascal Désilets y voit beaucoup d’avenir. « Ce qu’on constate, c’est que 20 % des consommateurs de produits bio veulent aller plus loin que le bio. Et ils entraînent un autre 20 % de consommateurs. Le « nourri à l’herbe » répond à ça. Aussi, le prix est souvent le principal frein des consommateurs pour acheter du bio, et avec le « nourri à l’herbe », on n’augmente pas le prix du produit, mais on offre plus de valeur au client », dépeint celui qui, au moment de l’entrevue, était en route vers la Colombie-Britannique pour y promouvoir ses fromages.