Actualités 29 mai 2023

Analyse de l’environnement d’affaires et de la compétitivité des maraîchers du Québec 

Alors que les salaires représentent environ 30 à 40 % du coût de production des fruits et légumes au Québec, c’est sans surprise les normes du travail qui constituent le principal élément qui gruge la compétitivité des producteurs maraîchers québécois par rapport à leurs concurrents aux États-Unis et au Mexique.

C’est le constat qui se dégage d’une étude réalisée par le Groupe AGÉCO pour le compte de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ) et dévoilée au début du mois de mars. La firme d’experts-conseils en analyses et stratégies agroalimentaires a étudié l’environnement d’affaires des producteurs québécois en le comparant à celui de ses principaux concurrents sous la loupe de six champs réglementaires : normes du travail, programme TET (travailleurs étrangers temporaires), pesticides, salubrité alimentaire, prélèvement d’eau et protection des milieux humides. 

S’il n’est pas étonnant de voir les conditions salariales au Mexique nettement en dessous de celles en vigueur au Québec, il l’est un peu plus de faire le même constat chez nos voisins américains. « Le problème aux États-Unis, c’est l’application des normes du travail. Les moyens d’inspection sont limités et ça permet à de nombreuses entreprises de rester en infraction sans risquer d’être sanctionnées. On estime que 50 % de la main-d’œuvre agricole est en situation irrégulière et échappe aux normes du travail », souligne Bertrand Montel, directeur Affaires scientifiques – Études économiques au Groupe AGÉCO. 

Nous avons accès à moins de [pesticides] que les Américains, ils sont plus chers et le cadre dans lequel on peut les appliquer est plus strict.

Bertrand Montel

Les pesticides représentent un autre élément qui désavantage les producteurs du Québec par rapport à leurs concurrents. « Nous avons accès à moins de produits que les Américains, ils sont plus chers et le cadre dans lequel on peut les appliquer est plus strict », mentionne l’auteur de l’étude. 

Bertrand Montel ajoute que bien qu’ils fassent l’objet d’une homologation fédérale, les pesticides doivent être réautorisés par les autorités de chaque État. « L’Idaho, par exemple, a l’habitude de se contenter de suivre la norme fédérale, mais en Californie et au Massachusetts, ils imposent généralement des exigences et contraintes plus élevées. »

Bertrand Montel, directeur Affaires scientifiques – Études économiques au Groupe AGÉCO. Gracieuseté AGÉCO

Au Mexique, la réglementation sur l’utilisation des pesticides implique plusieurs agences gouvernementales, ce qui contribue à rendre la situation plus confuse et complexe. « Il y a cependant une tendance à reprendre les termes d’homologation en vigueur aux États-Unis et dans l’Union européenne », explique l’analyste. 

Du côté de la salubrité alimentaire des produits frais, le Canada et les États-Unis évoluent dans un environnement somme tout identique et une nouvelle réglementation en vigueur chez les Américains a incité les producteurs mexicains tournés vers l’exportation à revoir leurs pratiques. « Nous nous dirigeons tranquillement vers une harmonisation des normes entre les trois pays », poursuit l’analyste du Groupe AGÉCO. 

L’avantage du prélèvement de l’eau

L’étude révèle que l’avantage concurrentiel principal des producteurs maraîchers du Québec réside dans le prélèvement de l’eau. « Comme on sait, c’est un enjeu majeur en Californie où le prix de l’eau est fixé en fonction de sa rareté. En trois ans, les tarifs ont été multipliés par cinq et six fois. On envisage même de réduire les droits d’eau pour l’agriculture là-bas, ce qui pourrait affecter sérieusement la compétitivité de la Californie », entrevoit Bertrand Montel. 

Au Mexique, une tarification selon la rareté est également en vigueur, ce qui fait que dans certaines régions, l’eau représente de 5 à 10 % du coût de production. « On constate également que les régions qui sont en concurrence avec le Québec dans les fruits et légumes connaissent depuis quelque temps des périodes de sécheresse relativement intenses. Ce n’est pas pour le moment un enjeu immédiat, mais ça pourrait changer dans les années à venir », estime l’auteur de l’étude.

Quant aux travailleurs étrangers temporaires, Bertrand Montel estime qu’un projet de loi fédéral aux États-Unis actuellement à l’étude visant à régulariser le statut des ouvriers agricoles illégaux permettra à ceux-ci de prétendre au salaire minimum. Une situation qui l’amène à estimer que les producteurs au Québec ne sont ni désavantagés ni avantagés par rapport aux Américains sur ce plan. Enfin, l’auteur de l’étude souligne que la protection des milieux humides était difficilement analysable tellement la situation différait dans les trois pays.

Champs réglementaires
Désavantages
  • Normes de travail
  • Pesticides
Avantage
  • Prélèvement d’eau
Neutre
  • Travailleurs étrangers temporaires
  • Salubrité alimentaire
Indéterminé
  • Protection des milieux humides