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Il y a trois ans, Gabriel Leclair s’est lancé dans la culture des melons d’eau et il constate que les consommateurs sont au rendez-vous. Photos : David Riendeau

Il y a trois ans, Gabriel Leclair s’est lancé dans la culture des melons d’eau et il constate que les consommateurs sont au rendez-vous. Photos : David Riendeau

Une relève qui n’a pas peur des défis

Quand on est déjà performant dans son domaine comme les Fermes Leclair & Frères, la tentation de s’aventurer hors des sentiers battus est souvent moins forte. C’était sans compter le rêve un peu fou de Gabriel Leclair, la relève : produire commercialement des melons d’eau au Québec. Un défi que le jeune maraîcher a relevé, non sans quelques obstacles!

Comme chez plusieurs cucurbitacées, le transfert de pollen dépend du transport des insectes dans la culture du melon d’eau.

Comme chez plusieurs cucurbitacées, le transfert de pollen dépend du transport des insectes dans la culture du melon d’eau.

« Les melons d’eau sont complètement différents de tout ce qu’on fait à la ferme, explique le producteur de 22 ans. Généralement, on cultive des légumes racines qu’on doit attacher presque tous à la main et dont la récolte est en partie mécanisée. Maintenant, on introduit une culture où le tracteur ne peut se rendre au champ parce que les plants occupent trop d’espace sans compter qu’il faut récolter plusieurs fois dans le même ­semis. »

L’aventure des melons d’eau pour les Fermes Leclair & Frères, qui cultivent 405 hectares de carottes, de radis, de betteraves et d’oignons verts à Saint-Patrice-de-Sherrington en Montérégie, a commencé en 2019 avec un projet au cégep. « Je m’étais fixé comme objectif de rentabiliser les terres franches en sol minéral qu’on possédait. J’ai choisi les melons d’eau tout simplement parce que c’était une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps et qu’il s’agit d’une culture peu répandue au Québec. »

En consultant différentes références provenant d’Ontario et de l’Ohio pour planifier son projet, il est rapidement arrivé à la conclusion suivante. « Je devais partir de zéro, surtout en ce qui a trait la régie de culture, car les conditions climatiques de notre territoire sont très différentes. »

Première année éprouvante

Sans référence précise pour la culture du melon, Gabriel concède qu’il a cumulé les erreurs au cours de la première année, à commencer par la préparation des cabarets. Plutôt que de planter deux semences par cellule comme lui avait recommandé son professeur, l’étudiant n’en a mis qu’une seule. Résultat, ­seulement la moitié des cellules ont levé, de sorte que la superficie de la culture est passée de 5 à 2 acres (2,02 à 0,81 hectares).

Gabriel a également sous-estimé les besoins en eau des melons. Son bassin n’étant pas assez grand, il s’est retrouvé à sec après seulement trois semaines ­d’utilisation. « Aucun puisatier n’était disponible; on a dû faire venir des ­camions-citernes », se remémore-t-il.

Le jeune producteur a aussi découvert à ses dépens que les plants avaient ­besoin d’une fertilisation chaque semaine pour rester en santé. Enfin, il raconte être ­arrivé deux semaines trop tard avec le sarcleur, de sorte que les mauvaises herbes avaient pris leurs aises dans le premier semis.

La récolte aurait pu être catastrophique, n’eût été l’intervention d’un travailleur étranger de l’entreprise. « Je pensais qu’en cognant sur le melon, on pouvait reconnaître au son si le fruit était prêt à être récolté. Mais un de mes ­travailleurs m’a appris qu’il cultivait des melons chez lui et il m’a enseigné à ­repérer les bons signes, comme le resserrement des stries ou le séchage du pétiole. Grâce à ses conseils, j’ai évité de récolter deux semaines trop tôt. »

Enfin, la ferme a réussi à vendre sa ­production à un grossiste de Montréal au même prix que les producteurs ­ontariens. Mais encore, la récolte s’est ­avérée ­laborieuse puisque les employés ­faisaient une chaîne pour déposer les fruits au milieu du champ, avant qu’ils soient ­nettoyés, puis chargés dans un camion.

La ferme produit un melon d’eau sans pépin de 7 à 10 livres qui, selon Gabriel Leclair, est plus adapté à la réalité des consommateurs d’aujourd’hui que les gros melons.

La ferme produit un melon d’eau sans pépin de 7 à 10 livres qui, selon Gabriel Leclair, est plus adapté à la réalité des consommateurs d’aujourd’hui que les gros melons.

Corriger le tir

Le melon d’eau est une plante assez capricieuse. Il a besoin de chaleur et de temps sec, mais il lui faut tout de même une bonne irrigation.

Le melon d’eau est une plante assez capricieuse. Il a besoin de chaleur et de temps sec, mais il lui faut tout de même une bonne irrigation.

En dépit des difficultés, Gabriel a retroussé ses manches pour apporter plusieurs correctifs la saison suivante. Le tuyau principal du système d’irrigation goutte-à-goutte fait d’aluminium a été changé pour un tuyau de plastique, ce qui a permis de maintenir une bonne pression. Il a également fait creuser un puits pour alimenter son bassin et s’est équipé d’un tensiomètre pour irriguer en temps ­opportun, en plus de suivre les prescriptions de fertigation.

Notamment grâce au climat et à une meilleure irrigation, le rendement a été au rendez-vous cette fois-ci. Le maraîcher avait prévu le coup en améliorant sa régie de récolte. « J’ai acheté une vieille récolteuse à choux que j’ai adaptée pour faciliter le travail », mentionne-t-il. La ferme a pu ainsi vendre l’équivalent d’une demi-van de melons d’eau par semaine à une grande bannière qui désirait augmenter son approvisionnement local.

Le public se régale

Chose certaine, les melons d’eau des Fermes Leclair & Frères ont connu un franc succès. « Le mot s’est répandu très vite sur Facebook et au cours de la ­deuxième saison, on a ajouté un kiosque à la ferme durant le mois d’août, ce qu’on n’a jamais fait auparavant. Plusieurs ont dit que c’était le meilleur melon d’eau qu’ils avaient goûté de leur vie et qu’il était plus sucré. »

Un test de qualité réalisé par son client a d’ailleurs mesuré un taux de sucre de 1 Brix supérieur à la norme de la chaîne. « Le melon d’eau consomme son sucre une fois qu’il est récolté. Plus le temps passe, et moins il est sucré. Les melons d’Ontario mettent environ une semaine à arriver en épicerie au Québec, tandis que les nôtres parviennent sur les étalages en 3 ou 4 jours », explique-t-il.

Une expérience positive

Pour la saison 2021, Gabriel a encore cherché à améliorer son projet, auquel la ferme consacre désormais une superficie de 4,05 hectares. Non seulement il a trouvé un serriculteur ontarien lui permettant d’implanter une seule semence par cellule, mais il a bonifié son convoyeur en l’équipant d’un monte-charge manuel pour accélérer le déchargement des fruits à la récolte.

Bien que le rendement n’ait pas été au rendez-vous cette année, entre autres en raison de plusieurs variations de ­température, la relève des fermes Leclair ne se laisse pas décourager. « Ce projet m’a amené beaucoup plus d’expérience que si j’avais simplement continué la routine. Que ce soit la gestion des intrants ou de l’équipe, j’ai appris à me débrouiller. Je prévois recommencer l’an prochain et j’ai déjà des idées pour faire encore mieux. »