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Caroline Pelletier réalise un rêve d’offrir à la population le lait de ses vaches Jersey A2A2. Crédit photos : Martin Ménard/TCN

Caroline Pelletier réalise un rêve d’offrir à la population le lait de ses vaches Jersey A2A2. Crédit photos : Martin Ménard/TCN

Un « lait du futur » lancé au Québec

BEDFORD — Caroline Pelletier a foncé et contracté un prêt de 1 M$ pour construire sa propre fromagerie en Montérégie, où elle transforme et embouteille ce qu’elle appelle « le lait du futur », c’est-à-dire celui provenant de vaches A2A2. Ce trait génétique naturel implique un léger changement dans une protéine contenue dans le lait, la bêta-caséine A2. Il en résulterait une meilleure digestion par une certaine portion de la population.

« Depuis le début de mes recherches, je comprenais que ce lait plus digestible avait une valeur accrue, témoigne la copropriétaire de la ferme et de la Fromagerie Missiska. J’ai mis 10 ans pour sélectionner des vaches uniquement de type A2A2. Aujourd’hui, je suis fière d’offrir ce lait incroyable aux gens », indique celle qui lance officiellement son lait de type A2 cette semaine.

Engouement pour le lait de type A2

Le lait de type A2 suscite l’engouement à la fois de nutritionnistes, de chercheurs et de consommateurs. Brian Van Doormaal, directeur du Réseau laitier canadien, le confirme : « De plus en plus d’études suggèrent que plusieurs personnes qui ont de la difficulté à digérer les produits laitiers pensent souvent que le grand coupable est le lactose, mais ce n’est pas toujours la cause. C’est plutôt une protéine laitière qu’on appelle la bêta-caséine A1 qui serait la vraie responsable des problèmes de digestion d’une certaine portion de la population. […] La bêta-caséine A2 améliorerait la digestibilité des produits laitiers et c’est ce qui en explique l’intérêt. »

La bêta-caséine A2 n’est pas associée à la nutrition de la vache, mais tout simplement à son bagage génétique. Le spécialiste Brian Van Doormaal précise que l’on retrouve de façon naturelle la bêta-caséine A1 dans le lait des bêtes porteuses du trait génétique A1A1 ou A1A2, tandis que celles qui ont le génotype A2A2 produisent du lait qui renferme de la bêta-caséine A2. La majorité des Holstein sont de type A1A1 ou A1A2. Par contre, chez d’autres races, la situation est l’inverse : 69 % des Jersey sont naturellement de type A2A2.

Caroline Pelletier a fait analyser systématiquement la génétique de ses animaux pour ne conserver que les Jersey A2A2. C’est ainsi qu’elle obtient un lait spécifiquement de type A2.

La Fromagerie Missiska mise sur des installations dernier cri, dont un appareil de fabrication de caillé de type européen et un pasteurisateur à basse température.

La Fromagerie Missiska mise sur des installations dernier cri, dont un appareil de fabrication de caillé de type européen et un pasteurisateur à basse température.

Une première au Québec

Une compagnie de la Nouvelle-Zélande commercialise le lait de type A2 dans plusieurs pays, dont les États-Unis. Au Canada, un éleveur de la Colombie-Britannique a récemment lancé son lait de type A2, tandis qu’au Québec, Caroline Pelletier s’affiche comme la première à se spécialiser dans ce type de produit.

Elle vend déjà son lait de même que ses fromages et son yogourt directement à sa boutique et dans quelques épiceries santé. Les commentaires positifs de ses clients lui laissent entrevoir un futur très prometteur pour le lait de type A2, surtout avec tous ces consommateurs en quête de solutions de remplacement aux produits laitiers qui causent des intolérances. « Grâce à la génomique, ce sera de plus en plus facile de créer du lait plus novateur comportant différentes structures protéiniques qui répondront à des besoins spécifiques des consommateurs », indique Mme Pelletier.

Elle encourage tous les éleveurs à sélectionner des sujets A2. « Ça va servir toute l’industrie si le lait est mieux toléré par la population. Un produit comme ça stimule les ventes et redore l’image de nos fermes laitières », explique-t-elle. Brian Van Doormaal recommande lui aussi aux éleveurs de prioriser la sélection de géniteurs de type A2A2 lorsque leurs performances sont similaires. De son côté, le directeur de Valacta, Daniel Lefebvre, affirme que des transformateurs de lait québécois souhaitent présentement trouver des producteurs qui pourraient leur fournir du lait de type A2. Valacta travaille ainsi activement à l’élaboration d’une méthode d’analyse du lait qui permettrait d’indiquer la présence de la protéine A1 ou A2. Cette méthode serait avantageuse puisqu’elle éviterait d’analyser la génétique de tous les animaux de la ferme pour répondre à la demande du lait de type A2.

Parcours ardu

L’innovation avec le lait de type A2 et le démarrage de la fromagerie a été un parcours extrêmement ardu pour Caroline Pelletier. « J’ai souvent remis en question ce que je faisais. Aujourd’hui, c’est un sentiment d’accomplissement incroyable. » 

La femme d’affaires de 38 ans se sent soutenue par ses clients ainsi que par toute une communauté de commerçants du secteur. « C’est spécial et c’est gratifiant », assure celle qui fait cependant des semaines de 80 heures. Elle s’occupe du troupeau avec son père et son ex-conjoint, en plus de travailler certains soirs à la fromagerie et les fins de semaine à la vente de ses produits.

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