La semaine « Les institutions mangent local! », tenue en septembre 2024, a contribué à faire changer les choses. Photo : Gracieuseté des Délices du Lac-Saint-Jean
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S'abonner maintenantLes desserts aux bleuets préparés dans les hôpitaux et autres établissements publics du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont, depuis l’été dernier, une saveur toute locale. Une victoire pour l’entreprise Les Délices du Lac-Saint-Jean qui envoie, du coup, un signal fort aux petits producteurs et aux transformateurs alimentaires locaux.
Le transformateur de bleuets sauvages fait partie depuis quelques mois des fournisseurs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région.
« Ça nous a amenés à être précurseurs, affirme la copropriétaire des Délices, Émilie Gaudreault. Il n’y a pas beaucoup de petites entreprises qui se donnent l’ambition et le droit de croire qu’elles peuvent être un fournisseur pour le plus gros donneur d’ordres en alimentation au Saguenay–Lac-Saint-Jean. »
Et cela va bien au-delà des potentiels avantages financiers du contrat. Puisque dans les faits, la PME, qui emploie huit personnes à temps plein, a dû revoir ses marges à la baisse pour obtenir ce contrat. Celui-ci s’accompagne également d’enjeux opérationnels importants.
Mais servir les bleuets sauvages locaux dans les établissements, plutôt que ceux provenant de l’extérieur de la région, voire d’autres pays, tombait sous le sens. « Pour nous, c’était une cohérence parfaite », affirme Mme Gaudreault, responsable du marketing et du développement des affaires.
Les produits de l’entreprise, également présente dans les supermarchés de la bannière Sobeys, ne cadraient toutefois pas, auparavant, avec les fiches techniques des appels d’offres du CIUSSS local. La semaine « Les institutions mangent local! », tenue en septembre 2024, a contribué à faire changer les choses.
Durant cette semaine-là, les acheteurs avaient la possibilité d’essayer les produits provenant des fournisseurs de proximité. On a proposé la garniture de bleuets qui permet d’éviter des étapes de transformation. Et on a pu commencer à distribuer les produits dont ils ont besoin.
Les Délices du Lac-Saint-Jean, qui, outre la garniture de bleuets, offrent aux établissements du CIUSSS des fruits congelés (bleuets, camerises) et des gourganes, s’est par ailleurs donné les moyens de ses ambitions en prenant soin de préparer son entrée dans le secteur institutionnel.

Différents enjeux
Selon Frédéric Côté, conseiller en développement à la Table agroalimentaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, les institutions sont davantage sensibilisées à l’approvisionnement local, avec la Stratégie nationale d’achats d’aliments québécois.
Mais cela varie malgré tout d’une région ou même d’un secteur à l’autre, souligne le président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron. « Il y a des gens dans ces organisations qui ont cette sensibilité-là, mais il y en a d’autres qui veulent juste que ça coûte le moins cher possible et on se retrouve avec des produits de l’extérieur », déplore-t-il. Le dossier préoccupe l’UPA, car il a été évoqué lors d’une récente assemblée générale annuelle.
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Table agroalimentaire veille à faire le pont entre les producteurs et les institutions, dont le CIUSSS. « Il y a énormément de critères de part et d’autre, reconnaît M. Côté. Il y a parfois des enjeux de distribution, de prix et même nutritionnels. Mais il y a de plus en plus de souplesse des deux parties. »
L’intérêt du secteur institutionnel pour les aliments locaux est tangible, confirme Lynda Tremblay, responsable des activités de production chez Propur, à Saint-Ambroise. Ce regroupement de producteurs régionaux distribue des légumes frais, à commencer par la pomme de terre, et des légumes transformés (coupés).
Mais assurer l’approvisionnement à l’année, à l’image des Serres Toundra, n’est pas à la portée de tous les producteurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean, fait-elle valoir.

Nouvelles serres
Les Serres Arc-en-ciel, situées à L’Ascension, ont une présence timide dans le secteur institutionnel, assurée par l’intermédiaire de Propur. Mais le volume des ventes pourrait être appelé à augmenter, avance Alexandre Guay, copropriétaire avec son frère Olivier de la PME.
Un investissement de 2 M$ est en cours pour remplacer les vieilles serres, qui étaient en fin de vie, et en ajouter de nouvelles. Le complexe de production passe ainsi de 8 à 19 serres hydroponiques. La chaudière à biomasse a également été remplacée par un modèle plus performant.
Les Serres Arc-en-ciel produisent actuellement des tomates, des laitues et des concombres. Des poivrons, des haricots et de nouvelles variétés de laitue, dont de la romaine, s’ajouteront graduellement à la liste.
« L’an passé, j’ai vendu des tomates au secteur institutionnel par Propur, dit M. Guay. J’ai été surpris. Ils en avaient pris vraiment beaucoup. En ayant une plus grosse production, avec l’investissement réalisé, il y a plus de chances que ça arrive. »
« Ça va être plus facile, ajoute le producteur maraîcher. Je ne fournissais pas avant. »