Agricultrices 2 juin 2026

Des agricultrices engagées… et des alliés qui font la différence

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Un siège sur cinq. C’est, grosso modo, la proportion de femmes dans les conseils d’administration des syndicats agricoles au Québec. Pour celles qui franchissent le pas, le chemin peut être pavé de défis, mais aussi de soutien – parfois inattendu, toujours décisif. Karine Vachon et Céline Bélanger en savent quelque chose.

Quand toute la famille s’implique

Karine Vachon est copropriétaire de la Ferme JF Bolduc à Compton, en Estrie. Avec son conjoint Jean-François Bolduc, elle exploite environ 200 hectares en grandes cultures – maïs, soya, cultures en rotation – selon des pratiques d’agriculture régénératrice, en plus d’une érablière de 2 000 entailles. 

Son engagement syndical a débuté en 2022. Elle siège aujourd’hui à plusieurs instances, dont l’exécutif des Producteurs de grains de l’Estrie (PGQ), comme vice-présidente, et celui de l’UPA-Estrie. À l’origine de son engagement, une volonté simple : avoir voix au chapitre. « L’implication est dans nos valeurs d’entreprise. On veut participer, comprendre, soutenir ou s’opposer aux décisions selon le cas », explique Karine Vachon.

À l’origine de l’engagement de Karine Vachon, on trouve une volonté simple : avoir voix au chapitre.

Sa participation serait toutefois impossible sans l’organisation familiale qu’elle a mise en place avec son conjoint. Ce dernier ne se contente pas de l’appuyer : il l’encourage activement. La preuve par l’exemple : en février dernier, les PGQ lui ont offert de représenter l’organisation à Winnipeg, dans le cadre du programme Combine to Customer, de Cereals Canada. Une chance unique, qu’elle a pourtant failli laisser passer. 

« Malgré mon grand intérêt, j’hésitais à y aller, considérant la charge de travail importante à la ferme à ce moment-là. C’est J.-F. qui m’a fortement encouragée, en me disant que c’était une occasion à saisir, qu’il assurerait à la ferme », raconte-t-elle. 

Céline Bélanger aux côtés de son mari Alain Laroche, avec qui elle a bâti la Ferme Rochalain. Photo : Gracieuseté de Céline Bélanger

Une décision réfléchie et assumée

Pour Jean-François Bolduc, cet appui va de soi. « L’engagement de Karine, c’est une décision que nous avons prise à deux, dit-il. On a toujours fonctionné comme une équipe. Et puis, cela permet de créer de nouveaux réseaux et d’accéder à une grande quantité d’information qui nous est utile dans la gestion de la ferme. » 

Il reconnaît avec humour que les rôles ont évolué dans leur couple : autrefois, Karine était connue comme « la femme de Jean-François »; aujourd’hui, c’est lui qu’on présente comme « le conjoint de Karine ».

Une organisation bien huilée

Derrière cette implication, toute une organisation s’est mise en place. La ferme fonctionne comme une entreprise familiale élargie, où chacun met l’épaule à la roue au besoin. Le fils du couple, ingénieur informatique, et leur fille, vétérinaire pour grands animaux, restent disponibles pour donner un coup de main, tout comme le beau-père. « Quand il y a un imprévu ou une absence, on s’ajuste rapidement. Il y a toujours quelqu’un qui peut prendre le relais », résume Jean-François Bolduc.

Pour coordonner l’ensemble, la famille s’appuie sur un agenda partagé qui permet de synchroniser les horaires de chacun – travaux aux champs, réunions syndicales, obligations familiales – et d’anticiper les périodes plus chargées. 

« Cela exige une grande flexibilité au quotidien. On se partage les tâches. Les journées sont longues, mais on réussit à faire rouler la machine. Au final, ce n’est pas juste moi qui m’implique, c’est toute la ferme », résume Karine Vachon.

Parmi ses réalisations, elle souligne fièrement l’implantation de la Tournée des grandes cultures en Estrie. Lancée en 2023 avec deux trajets, l’initiative prend de l’expansion en 2026 avec un troisième. « On est victimes de notre succès », ­dit-elle avec humour.

Céline Bélanger : ouvrir la voie

À Saint-Albert, au Centre-du-Québec, Céline Bélanger a bâti, avec son mari, la Ferme Rochalain. L’entreprise cultive quelque 485 hectares – principalement du soya et des fourrages – et gère un troupeau d’environ 600 têtes. Malgré la charge de travail que cela représentait, elle choisit de s’engager, au début des années 1990, dans le syndicat local de l’UPA. « Ça me permettait de sortir de la ferme, d’échanger avec d’autres producteurs qui vivaient les mêmes réalités », explique-t-elle.

Ses débuts ne sont pas sans défis. Les réunions ont lieu le soir, les discussions sont parfois animées, et le milieu est largement masculin. Elle accepte néanmoins un rôle de représentante de secteur, qu’elle considère comme une responsabilité normale liée à son métier. Rapidement, elle développe un intérêt pour les enjeux collectifs et pour le fonctionnement des instances.

Un geste déterminant

Un tournant survient au milieu des années 1990, lors d’une réorganisation des territoires syndicaux, ce qui entraîne une redistribution des postes au sein du conseil. Dans ce contexte, le producteur Christian Martel, alors vice-président du conseil de l’UPA secteur de Warwick, choisit de lui céder sa place. Ce geste va accélérer son parcours. « Ça m’a donné une visibilité et une crédibilité que je n’aurais peut-être pas eues aussi rapidement », souligne Céline Bélanger. 

Christian Martel, qui l’a côtoyée dans le milieu syndical, explique sa décision par les qualités qu’il lui reconnaissait. « Céline, c’est une rassembleuse. Elle a une capacité naturelle à mobiliser les gens », dit-il. À ses yeux, il était logique de lui laisser cette place. « Son engagement faisait partie d’elle. »

Pour Céline Bélanger, cet appui a surtout renforcé son désir de faire une différence. « Quand quelqu’un te fait confiance comme ça, ça te donne le goût de t’investir encore plus », confie-t-elle. Elle mène plusieurs dossiers, notamment en aménagement du territoire. Son engagement, qui s’étendra sur près de 25 ans, lui permet de gagner en assurance. « Ça m’a permis de développer ma confiance, de mieux comprendre les enjeux et de défendre les intérêts des producteurs », dit-elle.

Malgré un milieu majoritairement masculin, elle affirme ne jamais s’être sentie mise à l’écart. « J’ai toujours été écoutée. De toute façon, je n’étais pas là pour faire de la figuration », explique-t-elle.

Céline Bélanger insiste : son conjoint a également joué un rôle déterminant dans son parcours, lui qui l’a toujours soutenue. Il a d’ailleurs fini, lui aussi, par s’engager au syndicat agricole. « J’encourage autant les femmes que les hommes à le faire. Rester en retrait, c’est moins enrichissant que de participer », conclut-elle.