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Un laboratoire vivant repose sur une méthode de cocréation et d’expérimentation en conditions réelles permettant aux agriculteurs de réfléchir sur les pratiques agroenvironnementales et de les adapter à leur propre réalité. Photo : Steve Joncoux

Un laboratoire vivant repose sur une méthode de cocréation et d’expérimentation en conditions réelles permettant aux agriculteurs de réfléchir sur les pratiques agroenvironnementales et de les adapter à leur propre réalité. Photo : Steve Joncoux

Les agriculteurs au cœur de l’innovation

En agroenvironnement, on a trop longtemps traité les agriculteurs comme de simples exécutants devant appliquer des pratiques conçues par des experts. Avec L’AcadieLab, premier laboratoire vivant certifié en réhabilitation des agroécosystèmes, les agriculteurs font désormais partie intégrante de la conception et du déploiement des innovations agroenvironnementales.

C’est sous l’impulsion de Samuel Comtois et de Marie-Pierre Maurice, respectivement agronome et biologiste à Pleine-Terre, et avec l’appui de Virginie Zingraff, experte en innovation ouverte et cocréation, que L’AcadieLab est né. « Des projets collectifs de bassins versants, nous en avons fait beaucoup, témoignent Samuel et Marie-Pierre, mais lorsque la subvention s’arrêtait, le projet tombait faute d’une bonne appropriation par les agriculteurs. Nous étions à la recherche d’une approche différente, associant mieux les agriculteurs. »

Le bassin versant de la rivière l’Acadie, dans la région de Napierville, est donc devenu en 2014 le territoire du premier laboratoire vivant au monde en réhabilitation des agroécosystèmes.

Laboratoire vivant

Un laboratoire vivant innove radicalement dans deux directions. D’une part, il rompt avec une approche descendante de l’innovation et prend appui sur un processus mobilisant l’ensemble des parties prenantes : agriculteurs, agronomes, professionnels et chercheurs. C’est ce qu’on appelle de l’innovation ouverte.

D’autre part, il repose sur une méthode de cocréation et d’expérimentation en conditions réelles permettant aux agriculteurs de réfléchir sur leurs pratiques agroenvironnementales et de les adapter à leur propre réalité et aux spécificités de leur territoire. Et ça marche. Pour les partenaires, la principale surprise est le niveau de participation et d’adhésion des agriculteurs.

Pour Patrick Mundler, professeur en développement rural à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation (FSAA), qui participe à une recherche analysant les retombées de L’AcadieLab, le projet permet de montrer toute l’importance des connaissances produites par les sciences sociales : « On peut avoir conçu les meilleures innovations possible, elles ne servent à rien si on ne s’intéresse pas aux mécanismes qui font qu’elles seront à la fois adoptées et adaptées par les agriculteurs. »

Depuis 2014, plus de 10 pratiques ont été travaillées au sein du laboratoire, de la gestion de l’azote à la lutte intégrée, en passant par les plantes de couverture et les bandes riveraines.

Le modèle de L’AcadieLab suscite de l’intérêt bien au-delà des frontières du Québec. En juin 2017, les membres du conseil d’administration de la coopérative française Limagrain, 4e semencier mondial, sont venus passer quelques jours sur le territoire du bassin versant afin d’apprendre et d’échanger avant de lancer leur propre laboratoire vivant.

L’AcadieLab fait l’objet d’un suivi par la recherche. Intitulé Coconstruire des modèles collaboratifs pour la réhabilitation des agrosystèmes, le projet est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Dirigé par Julie Ruiz, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, il associe des étudiants et des chercheurs de la FSAA (Université Laval), de l’Université du Québec à Rimouski, de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université du Québec en Outaouais.