Grandes cultures 23 juillet 2026

Une récolte de blé qui commence bien

Les récoltes de blé d’automne sourient à deux producteurs contactés par La Terre et elles s’annoncent également bonnes chez d’autres producteurs qui projettent de récolter leurs champs dans les prochains jours. Un vent d’optimisme souffle donc sur cette saison avec des prix qui ont augmenté, après avoir reculé au printemps.

« C’est dans les très bonnes années », dit Alexandre Désilets, dont les deux moissonneuses-batteuses s’affairaient à récolter les 200 hectares de blé avec un rendement de 5 à 5,7 tonnes à l’hectare (t/ha). Sa recette pour accroître la survie à l’hiver a été de semer le blé assez tôt, c’est-à-dire en août dernier, juste après sa récolte de haricots.

On essaie d’implanter tôt, au semoir, en semis direct, sur des terrains nivelés, où on met du fumier de poules pondeuses.

Alexandre Désilets

Le copropriétaire de la ferme Reseco indique que le grain des premiers champs récoltés atteignait 20 % d’humidité. Cela l’a obligé à passer le tout au séchoir, dans le but de diminuer les risques de perdre de la qualité. Il a ainsi pu s’attaquer plus tôt à son seigle, également arrivé à maturité et prêt à être récolté. L’agriculteur souligne le bon prix du blé. « Le prix a jumpé de 80 $ la tonne. À ces niveaux-là, c’est plus intéressant de faire du blé et ça doit se rapprocher du revenu qu’on fait à l’acre dans le soya et le maïs », estime celui dont la ferme est située à Saint-Wenceslas, dans le Centre-du-Québec.

À Saint-Blaise-sur-Richelieu, en Montérégie, Julien Lamarre obtient 4,78 t/ha dans ses champs certifiés biologiques qui ont bien survécu à l’hiver. C’est plus que sa moyenne habituelle de 4 à 4,5 t/ha. Dans certains champs, par contre, la survie a été difficile et il a essuyé des pertes de près de 50 % pour le blé qu’il avait semé à la volée, l’automne dernier, dans ses cultures de soya. « Les pertes étaient dans des endroits circonscrits. Au lieu de détruire le champ, on a repatché 63 hectares en semant des pois jaunes. Ça ne nuit pas au blé et l’avantage, c’est que ça vaut plus cher que le blé, car le blé animal bio est à 612 $/t, conditionnels à un niveau de toxine en bas de deux parties par million (ppm), tandis que les pois jaunes sont à 850 $/t. On récolte et on passe ça au crible », explique le propriétaire de la Ferme FJL.

Des prix en hausse

« Dépendamment où ils sont, les producteurs obtiennent de 340 $ à 350 $ la tonne pour le blé fourrager [alimentation animale]. C’est bien, voire très bien, surtout à ce temps-ci de l’année, où on a habituellement une pression baissière sur les prix. Là, c’est l’inverse », indique Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les Producteurs de grains du Québec.

La différence de prix entre le blé destiné à la consommation humaine et animale est mince, ce qui se révèle une occasion pour les producteurs qui ne sont pas certains de la qualité de leur blé, car plusieurs se sont plaints, ces dernières années, d’avoir de la difficulté à atteindre les standards, en toxines notamment, exigés pour le blé d’alimentation humaine, lequel valait historiquement plus cher que le blé destiné aux animaux.

Ce prix de près de 350 $/t est le plus élevé des dernières années, souligne M. Yelda. Les producteurs recevaient 280 $/t la récolte l’an dernier, 285 $/t en 2024 et 324 $ en 2023. L’attaque de ports maritimes russes, pendant la guerre entre l’Ukraine et la Russie, est principalement responsable de la hausse du prix du blé, signifie l’analyste. Le conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui dope le prix du pétrole et, donc, des commodités, a aussi son effet, ajoute-t-il.