Environ 200 propriétaires de maternités porcines au Québec n’ont toujours pas converti leurs installations pour répondre aux nouvelles exigences de bien-être animal, qui imposent de garder les truies en groupe plutôt qu’en logements individuels. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantDe 40 à 45 % des propriétaires de maternités porcines de la province n’ont toujours pas rénové leurs installations afin qu’elles répondent aux nouvelles exigences de bien-être animal (BEA), qui entreront en vigueur le 1er juillet 2029.
Cette proportion est plus élevée que ce qui était prévu à si courte échéance de la date butoir, admettent Les Éleveurs de porcs du Québec. Cela a incité les délégués à adopter une résolution, lors de leur assemblée générale annuelle, en juin, demandant à leur organisation de sonder les retardataires pour savoir si ceux-ci – qui seraient environ 200 – envisagent de fermer ou de rénover leur maternité porcine.
« C’est une décision d’affaires qui leur appartient [de rénover ou pas]. Il y en a qui n’ont pas de relève et qui attendent la transition [aux logements en groupe] pour prendre leur retraite. Mais comme organisation, il faut quand même être en mesure d’anticiper les impacts, parce que si on arrive avec un trou de 20 000 ou 30 000 truies du jour au lendemain, il va falloir envoyer un signal qu’il va manquer de cochons. Après ça, tout s’attache avec la production et la transformation », a affirmé Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs du Québec, en entrevue avec La Terre.
Ces données plus précises aideront également l’organisation à négocier d’éventuelles aides financières gouvernementales, par exemple pour bonifier les programmes existants s’appliquant au bien-être animal. « Car le temps presse, d’ici 2029, pour planifier les rénovations, choisir les équipements et trouver des entrepreneurs », rappelle M. Roy. Il précise qu’idéalement, ces bonifications seraient aussi accessibles aux éleveurs qui ont déjà investi dans leurs maternités porcines, mais qui souhaitent encore améliorer leurs infrastructures pour, par exemple, augmenter leur cheptel.
Flous réglementaires
D’autres éléments reliés à cette transition pour le bien-être animal demeurent nébuleux et devront encore être précisés d’ici 2029, estime M. Roy. Il donne l’exemple du sort des porcs qui ne seront pas élevés dans des installations conformes aux nouvelles normes après la date butoir. « On sait que dans l’Ouest canadien, certains acheteurs envisagent de payer le porc non conforme [aux nouvelles normes de BEA] au rabais et de le rediriger vers des marchés moins exigeants, comme en Chine, mais au Québec, on n’a pas encore eu de position des acheteurs par rapport à ça. Du côté de l’Europe, la transition ne s’est pas faite du jour au lendemain. Il y a eu une période d’adaptation », illustre-t-il.
Ces nouvelles normes canadiennes ont été adoptées par l’industrie de manière volontaire pour répondre aux exigences des consommateurs. La date butoir avait d’abord été établie au 1er juillet 2024, mais a ensuite été repoussée de cinq ans pour donner plus de temps aux producteurs porcins pour s’y conformer.
Une dépense « avec 0 $ de retour sur l’investissement »
Pour l’éleveur Jimmy Martin, copropriétaire d’une ferme de type naisseur-finisseur à Saint-Césaire, en Montérégie, l’investissement que requiert la conversion des parcs de truies en groupe pour répondre à ces nouvelles exigences de BEA n’est pas rentable pour son entreprise. Il fait donc partie de ceux qui fermeront leur maternité d’ici le 1er juillet 2029. « Il faudrait investir 2,5 M$ pour 0 $ de retour, parce qu’on n’a pas de prime sur les porcs qui seront vendus ensuite », clame-t-il.
L’entreprise sera peut-être un peu moins rentable sans sa maternité, « mais ce sera quand même correct », anticipe l’éleveur, qui se concentrera sur ses activités d’engraissement. Rappelons que pour les engraissements porcins, les exigences de BEA demandaient des investissements moindres, souvent liés à une réduction de la densité d’élevage, alors que la reconversion des parcs de truies en groupe requiert des changements dans la structure interne des bâtiments, entraînant des coûts plus importants.
Le président des Éleveurs, Louis-Philippe Roy, qui a fait partie des premières cohortes à faire la conversion de ses parcs de truies en groupe à sa ferme de Saint-Michel-de-Bellechasse, en 2018, mentionne que ces changements, bien que coûteux, pourraient apporter des avantages pour les éleveurs, notamment en matière de productivité des truies.