Alimentation 17 juillet 2026

Une petite ferme revalorise 200 tonnes de déchets alimentaires

SAINT-RAYMOND – Alexandre Normand recule son camion et sa remorque contenant le repas de ses animaux : une cargaison de pains invendus et de son de blé et de seigle, notamment, provenant de la boulangerie Borderon & Fils, à Québec.

« On récupère 200 tonnes de déchets par année, dit l’agriculteur. Je vais aussi chez Avril Supermarché Santé récupérer les fruits et légumes. On les trie et on les donne aux animaux. On prend également la drêche de trois microbrasseries et le lactosérum (un coproduit de la fabrication de fromage) de la Fromagerie des Grondines, qu’on mélange avec le son pour donner aux cochons et à la volaille », précise celui qui n’achète ainsi jamais de moulée pour les porcs. La production animale qu’il possède avec sa conjointe, Clémence Ribault, se trouve sur un petit terrain de cinq hectares. Ils parviennent à être rentables et à nourrir des gens de leur localité avec leurs produits vendus essentiellement à la ferme et aux marchés publics régionaux.

On a vraiment l’impression de remplir notre rôle, de nourrir du monde et de sensibiliser les gens [à l’importance de savoir] d’où vient la viande et comment les animaux sont élevés.

Alexandre Normand

Le fait d’élever différents types d’animaux permet de revaloriser différentes denrées. De plus, le couple valorise les produits de son propre élevage, par exemple en prélevant le lait des brebis et en récupérant le gras des animaux pour élaborer quelques produits cosmétiques. 

L’entreprise située à Saint-Raymond, dans la région de Portneuf, mise uniquement sur des races rustiques qui passent l’hiver à l’extérieur, comme le bœuf Highland, les moutons islandais, des lapins de race Géant des Flandres, les porcs Berkshire et Red Wattle, etc. « Ce sont des animaux à croissance lente. Nos porcs, c’est au moins trois mois de plus de croissance que le porc rose industriel, mais ce sont des choix qu’on a faits et qui se répercutent dans la qualité de la viande, car on a une viande goûteuse et, avec ce qu’on leur donne à manger, le gras dans la viande est bon », assure Clémence Ribault.

Influence européenne et… militaire

Leur ferme se nomme Le Fief Gaulois. D’une part, en l’honneur de leur ami Rudy Ducreux, qui s’était battu pour produire du fromage au lait cru, dont le populaire Gaulois de Portneuf, avant de tristement s’enlever la vie, il y a quelques années. Leur nom est d’autre part en lien avec les origines françaises de Clémence. « On a beaucoup de recettes européennes à la ferme; rillettes, têtes fromagées, saucisses, etc. Et contrairement aux saucisses qui sont aromatisées à plein de saveurs, ce qui est typiquement nord-américain, nous, c’est sel et poivre seulement. On offre aussi des chipolatas, qui sont des saucisses de porc en boyau d’agneau, qui se cuisent vite sur le barbecue en raison de leur petite taille. On utilise seulement sel, poivre et herbes de Provence. C’est ce côté très français, quand ce n’est pas trafiqué et que ça goûte la viande. En fait, nous, c’est ça, notre créneau : de préserver le goût brut d’une bonne viande », énumère Clémence Ribault.

Les gens apprécient, dit son conjoint. « Il y a une grosse diaspora française dans la région. Des gens qui nous disent que le goût de nos produits est pareil comme dans le Périgord (sud-ouest de la France) ou au marché de Besançon (une ville de l’est de la France). On se dit alors qu’on fait notre job », renchérit Alexandre Normand. Ce dernier a été soldat dans l’infanterie des Forces armées canadiennes pendant 15 ans avant de devenir pompier sur la base militaire de Valcartier, près de Québec; un emploi qu’il occupe toujours et qui permet au couple de réinvestir les profits de la ferme dans celle-ci pour l’améliorer. 

Les bâtiments d’une ancienne renardière servent aujourd’hui à élever des canards.

Répandre le modèle

Les propriétaires du Fief Gaulois améliorent leurs infrastructures d’élevage, une étape à la fois, avec les ressources financières et le temps dont ils disposent, eux qui ont quatre enfants et qui attendent des jumeaux. « Si on écoutait notre clientèle, on pourrait facilement doubler la production, mais il n’y a que 24 heures dans une journée. Présentement, on est en train de mutualiser notre modèle, on travaille avec une autre ferme qui veut faire comme nous et récupérer [les denrées alimentaires] qu’on ne peut pas absorber », explique Clémence Ribault. Son conjoint ajoute que l’autre objectif consiste à améliorer la ferme pour qu’elle puisse rémunérer une ou des personnes. Ainsi, leurs enfants pourraient en vivre, advenant qu’ils prennent la relève. « Quand on finit à 10 h le soir avec une lampe frontale, c’est pour ça; pour qu’on leur passe la ferme et qu’ils soient capables d’en vivre. »  

Le couple améliore sa ferme avec l’objectif qu’elle génère assez de revenus pour qu’un de leurs enfants en prenne la relève et puisse se verser un salaire décent.