Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSaInt-casimir – Le tracteur avance entre la multitude de balles de foin dispersées à l’horizon, et le moteur gronde tout en émettant un silement sous l’effort. Dans la cabine, les discussions avec Georges Mayrand sont constamment interrompues par un bip. « Ça veut dire qu’elle est pleine », dit cet agriculteur de la relève, qui doit immobiliser son tracteur pour que sa presse sorte une autre balle ronde.
« C’est pas mal les plus gros andains que j’ai vus de ma vie! » assure le producteur laitier de Saint-Casimir, dans la région de la Capitale-Nationale. Il nuance aussitôt ses propos en spécifiant que les plantes fourragères ont bénéficié d’une période accrue pour croître, puisque la récolte a été retardée par les pluies répétitives.

« Je ne me rappelle pas la dernière fois où on a fini si tard notre première coupe! Ce qui nous tracasse depuis le début, c’est la météo. Il ne fait pas beau longtemps. Il mouille aux deux jours. C’est bien beau, des arcs-en-ciel, mais on aime mieux les voir dans le ciel après avoir ramassé le foin, pas avant et surtout pas pendant », peste celui qui a 90 vaches en lactation à nourrir et un quota de production de 165 kilos.
Émilie-Sophie Parenteau, une productrice laitière de L’Avenir, dans le Centre-du-Québec, en a long à dire sur la météo. « C’est la joke de l’année, les prévisions météo. Tout le monde s’est fait mouiller du foin. Tu te fiais à la météo, tu fauchais et tu te faisais pogner par la pluie », déplore-t-elle. L’agricultrice calcule avoir enregistré des pertes de quelques milliers de dollars pour du foin qu’elle a détruit au lieu de le vendre. « Le matin même, on avait regardé la météo et ils annonçaient 40 % de chance d’avoir un millimètre de pluie. À midi, il est tombé des grêlons et 15 mm d’eau. On s’est fait laver ben raide! Le foin est resté dans le champ et, après trois jours à se faire mouiller dessus, il commençait à pourrir. En plus de le scrapper, c’est du temps et du fuel qu’on a gaspillés [pour le faucher] et pour s’en débarrasser », maugrée-t-elle.

Qualité douteuse
La première coupe est traditionnellement névralgique, notamment pour ses propriétés nutritionnelles supérieures aux autres coupes, ce qui influencera les performances du troupeau pour l’année à venir. « Avec une première coupe à la fin juin, il commence à se faire tard pour la qualité. Elle a diminué, car les graminées sont déjà au stade d’épiaison. Au moins, la qualité de la luzerne ne sera pas si pire, car elle n’est pas encore en fleurs. C’est rare qu’elle ne soit pas en floraison à ce temps-ci. Le printemps froid a ralenti sa croissance », explique Georges Mayrand. Il espère une deuxième coupe de meilleure qualité et avec moins d’interruptions de pluie.

Les volumes impressionnants de la première fauche comblent au moins une partie de ses réserves. « Il y a des années de sécheresse où on ne ramasse rien et on a de la misère à se bâtir un inventaire. Cette année, si je n’ai pas assez de foin, je n’en aurai jamais assez! » exprime celui qui envisage d’acheter une faucheuse frontale pour accroître la vitesse de ses chantiers de récolte de plantes fourragères, qui risquent de se compliquer avec les changements climatiques.
Une situation généralisée
Au nord du Lac-Saint-Jean, Michel Frigon est également en retard dans sa récolte. « On n’avait rien de fait à date. C’est assez catastrophique. Depuis le 10 ou le 11 de juin qu’on a de la pluie tous les jours sans arrêt… ou à peu près. Je commence la première coupe, et autour, on est tous pareil. On est en retard d’une douzaine de jours », mentionne-t-il, précisant que les graminées sont également au stade d’épiaison. « Ce ne sera pas de la très grande qualité. Quand la graminée atteint ce stade, c’est exponentiel comment elle perd », évalue-t-il.
Au moins, la luzerne n’est pas encore fleurie, se console celui qui détient un quota de production laitière de 170 kilos. Avec les conditions météo et la fertilisation qu’il avait fournie à ses champs de plantes fourragères, les volumes donnent aussi de l’ouvrage à son équipement. « On est enterrés de foin. On doit avoir de 30 à 40 % plus de volume que d’habitude. Même si on avait récolté plus tôt, ce serait quand même une année au-dessus de la moyenne pour les volumes, mais ce qu’on gagne en volume, on le perd en qualité », conclut-il.
En Abitibi-Témiscamingue, Simon Leblond remarque des records de rendements dans les champs de plantes fourragères. « J’ai beaucoup de clients qui n’ont jamais vu ça, avoir autant de balles à l’acre », dit le représentant en production animale et végétale pour les Meuniers Richard. Comme ailleurs, les pluies ont décalé le pressage du foin, surtout dans la région de l’Abitibi, spécifie-t-il. « Alors, pour la qualité, on est un peu passés droit. Les plantes sont trop matures », dépeint M. Leblond, qui est également producteur de grandes cultures.