Maraîchers 2 juillet 2026

Une ferme maraîchère qui survit grâce à l’aide bénévole

SAINT-DAMIEN – Dans une vallée du nord de Lanaudière se cache une ferme de légumes biologiques en activité depuis 18 ans qui survit grâce à l’implication bénévole de la communauté.

Isabelle Imbeault

« C’est ce qui fait que ma ferme est encore là. Les bénévoles, c’est la différence qui fait que je ne suis pas fermée », résume Isabelle Imbeault, copropriétaire d’Aux jardins de la bergère, la seule ferme maraîchère de Saint-Damien et l’une des rares en Haute-Matawinie où le climat frais complique parfois la culture de légumes.

Ces dernières années, les temps ont été durs pour cette entreprise qui, bien que devenue une institution dans la région, a vu les inscriptions à ses paniers bio fondre considérablement. Prévoyant n’avoir que 300 abonnements pour la saison 2026, en avril dernier, alors qu’il lui en faut au moins 400 pour mener à bien ses activités, la ferme a lancé un cri du cœur sur les réseaux sociaux. Celui-ci a immédiatement trouvé écho auprès de la communauté. 

Les citoyens de Saint-Damien et des municipalités avoisinantes, qui ont toujours été nombreux à s’impliquer à la ferme, le sont encore plus cette saison, et le chiffre magique des 400 inscriptions aux paniers de légumes a finalement été atteint.

« En 30 jours, on a eu 100 inscriptions de plus. Les gens en ont parlé à leurs voisins; ils se sont vraiment mobilisés pour sauver la ferme », ajoute la fille d’Isabelle, Marianne Crépeau, racontant que plusieurs entreprises agricoles de proximité ont mis la clé sous la porte dans la région, ces dernières années, ce qui a probablement contribué à la résonance de l’appel à l’aide lancé par la ferme.

Quand ils ont réalisé que la Bergère n’allait pas bien non plus, quand on leur a expliqué c’était quoi, notre réalité, et que 300 paniers, c’est n’est pas assez pour que notre entreprise survive, il y a vraiment eu une grosse réponse de la part des gens.

Marianne Crépeau
Durant la corvée Marianne Crépeau veille à superviser les opérations et à assigner les bénévoles. Photo : Caroline Morneau/TCN

Des corvées toutes les deux semaines

En ce chaud avant-midi du 29 juin, une quinzaine de personnes sont au champ pour récolter de la fleur d’ail bénévolement, après qu’un appel à tous ait été lancé par courriel et sur les réseaux sociaux, moins de 48 h plus tôt. Des corvées spontanées comme celle-là, auxquelles participent souvent des dizaines de personnes, sont organisées à la ferme toutes les deux semaines. En échange de leur contribution, les citoyens peuvent repartir avec des légumes. À l’extérieur de ces événements, il y a aussi des habitués, souvent des retraités, qui se présentent régulièrement sur le site pour donner de leur temps.

Lors du chaud avant-midi du 29 juin, une quinzaine de personnes étaient au champ pour récolter de la fleur d’ail bénévolement, après qu’un appel à tous ait été lancé par courriel et sur les réseaux sociaux, moins de 48 h plus tôt. Photo : Caroline Morneau/TCN

Accroupie au sol, Laure Gaillardetz coupe des tiges de fleur d’ail minutieusement avant de les mettre dans un grand récipient. Elle n’en est pas à sa première récolte de légumes aux Jardins de la bergère. Cela fait huit ans qu’elle vient y faire sa part, souvent plusieurs fois par semaine. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle a ressenti en apprenant que l’entreprise peinait à joindre les deux bouts, elle devient émotive.

Pour Laure Gaillardetz, qui est bénévole depuis huit ans aux Jardins de la bergère, il est impératif de faire sa part pour aider cette institution à survivre. Photos : Caroline Morneau/TCN
Pour Laure Gaillardetz, qui est bénévole depuis huit ans aux Jardins de la bergère, il est impératif de faire sa part pour aider cette institution à survivre. Photos : Caroline Morneau/TCN

« C’est sûr que ça m’a fait quelque chose. J’ai été vraiment touchée et j’ai apprécié qu’ils osent le dire. J’ai aussi aimé ça voir que plein de monde a répondu », commente-t-elle, affirmant remarquer une augmentation de la participation bénévole.

Plus loin, Guylaine Ouellet et Myriam Guérault travaillent l’une à côté de l’autre en discutant. Leur complicité donne l’impression qu’elles se connaissent depuis longtemps, alors qu’elles viennent de se rencontrer.

Guylaine Ouellet et Myriam Guérault viennent faire du bénévolat le plus souvent possible.

« C’est ça qui est plaisant aussi. Quand on vient ici, on apprend à connaître d’autres personnes, on échange », fait valoir Guylaine, qui est résidente de Mandeville, une municipalité voisine. « Cette année, je me suis dit que je viendrais aider plus. C’est important de s’impliquer pour préserver des places comme celle-là. »

« Si une semaine, je ne viens pas, je me sens coupable », ajoute sa nouvelle comparse, Myriam, qui est pour sa part résidente de Saint-Damien.

La copropriétaire, Isabelle Imbeault, raconte que les citoyens ont toujours répondu présent pour soutenir la ferme, probablement parce que l’entreprise s’implique beaucoup dans sa communauté, en retour. Elle raconte que l’automne dernier, entre 30 et 50 personnes sont débarquées pour récolter des carottes, à moins de 24 h d’avis, alors qu’il venait de neiger. « Ce n’était pas des conditions faciles. Il fallait tasser la neige, passer avec la machine. Les gens étaient couverts de bouette, il faisait froid, mais ils étaient là », dit-elle avec un sourire. 

« Ici, il y a plus de travail que ce qu’on a les moyens de payer en salaires, donc sans eux, on ne pourrait pas arriver », ajoute celle qui embauche aussi huit employés. 

Si gérer des bénévoles requiert plus de supervision et de gestion, elle estime que le jeu en vaut la chandelle, considérant l’argent qu’elle économise en donnant des légumes plutôt qu’en payant des salaires. 

Reste à voir, maintenant, si l’adhésion aux paniers de légumes se maintiendra, car l’entreprise n’a pas l’intention de lancer des cris du cœur chaque année. 

« Je pense que ça prendrait des campagnes choc, comme celles de la SAAQ [Société d’assurance automobile du Québec]. Il faut que les gens comprennent que si les fermes disparaissent une par une, quand elles vont être nécessaires, elles ne seront plus là », insiste l’agricultrice.