Dans son portrait économique des fermes diversifiées, l’agronome Anne Le Mat démontre que le modèle semi-mécanisé apporte une meilleure marge bénéficiaire et de plus grandes possibilités de croissance que le modèle bio-intensif. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantDes fermes maraîchères diversifiées ont mis la clé sous la porte, ces dernières années, tandis que d’autres se portent bien. Aux yeux de l’agronome Anne Le Mat, qui a récemment publié un portrait économique des fermes diversifiées de proximité, le modèle cultural apparaît comme un point central expliquant ces différences de rentabilité.
Son constat : le modèle intensif sur de petites surfaces, popularisé par Jean-Martin Fortier et sa grelinette, est très peu mécanisé et affiche une marge de profit plus faible, en plus de nécessiter plus d’heures de travail à l’hectare que le modèle semi-mécanisé.
« Ce qui est beaucoup ressorti, c’est que le modèle en bio-intensif permet d’atteindre des revenus élevés de 140 000 $ à 170 000 $ l’hectare, comparativement à des revenus totaux de 70 000 $ à 73 000 $ l’hectare pour la régie semi-mécanisée. Par contre, en termes de temps de travail, le bio intensif exige beaucoup plus de temps de main-d’œuvre. Il implique une moyenne de 6 800 heures de travail par année par hectare [pour le bio-intensif], contre 2 300 heures par année par hectare [pour le semi-mécanisé], et les marges bénéficiaires [soit ce qu’il reste pour payer le propriétaire à la fin de l’année] sont plus minces. Les propriétaires ont une marge de 12 000 $, tandis qu’en semi-mécanisé, la marge est de 30 000 $ », dépeint Mme Le Mat, qui travaille pour le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+).
Elle précise que, dans son échantillon de 15 fermes, la superficie moyenne en bio-intensif est de 0,4 ha, alors qu’en semi-mécanisé, la moyenne des superficies cultivées est de 4 ha. Le temps de travail inclut celui des employés, des bénévoles et des propriétaires.

Un de mes constats du projet de recherche, c’est que le modèle du bio-intensif est très intéressant pour les revenus bruts, mais au niveau de la main-d’œuvre, ça prend tellement de temps que le propriétaire n’a pratiquement pas le choix d’avoir un revenu extérieur [pour arriver].
Selon l’agronome, cette exigence en temps, couplée à des coûts élevés à la fois fixes et variables, explique en partie les fermetures de petites entreprises ces dernières années. À cela s’ajoute évidemment la conjoncture économique postpandémique, qui est venue affecter la demande, alors que les démarrages de fermes avaient explosé, résume Mme Le Mat.
Viabilité du modèle semi-mécanisé
Même si elle croit que le modèle bio-intensif continuera de rejoindre des adeptes, elle évalue que le modèle semi-mécanisé offre plus de chances de viabilité aux fermes. « Avec le semi-mécanisé, les producteurs se sont équipés, ils ont réussi à mettre moins d’heures et ont gagné en efficacité. Certains utilisent des procédés d’automatisation dans leurs serres. Ce ne sont pas des entreprises qui roulent nécessairement sur l’or, mais c’est un modèle qui marche et qui offre plus de croissance », évalue Anne Le Mat.
L’importance de la gestion
Peu importe le modèle, elle indique que la qualité du gestionnaire a une grande importance. Certains producteurs sont moins performants et ont des coûts de production jusqu’à deux fois plus élevés comparativement aux fermes plus efficaces.
« Il faut se poser les questions : est-ce que je suis capable d’organiser ma main-d’œuvre efficacement? De m’approvisionner à moindres coûts en engrais organique, en emballages, etc.? Est-ce que j’ai la capacité de générer plus de revenus et la capacité organisationnelle de maîtriser un système qui inclut de 30 à 40 légumes différents? »
Les logiciels utilisant notamment l’intelligence artificielle devraient aider les agriculteurs à gérer plus facilement leur système, spécifie l’agronome.
De plus, des fermes ont développé différents canaux de mise en marché, elles se spécialisent davantage dans certains types de légumes et créent des partenariats avec d’autres fermes. « Globalement, on est moins dans le jardinage et l’artisanal. Ce n’est pas juste de vendre, mais de contrôler les coûts et de compter. Oui, il y a des défis, mais ces modèles de production ont l’avantage d’être moins dépendants à l’endettement et d’être plus agiles pour ajuster leurs cultures et leurs ventes à leur clientèle », signale celle qui est conseillère aux entreprises, notamment auprès des fermes diversifiées, pour le CETAB+.
Bio-intensif vs semi-mécanisé
En bio-intensif, le travail est principalement manuel. Certains emploient un motoculteur tracté à bras. Les planches de culture sont plus rapprochées. Tandis qu’en semi-mécanisé, un tracteur est employé pour la préparation du sol et un peu de sarclage. Une partie de la récolte peut être mécanisée. Les planches de culture sont plus larges.