Volailles 19 juin 2026

Le poulet prend de l’essor au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Avec une croissance annuelle de 15 % à l’échelle provinciale, l’industrie du poulet a le vent dans les… plumes. En deux ans, près de 40 nouveaux producteurs se sont ajoutés au Québec. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean accueillera à lui seul quatre nouveaux éleveurs grâce à la fusion des zones réglementaires 1 et 2, qui a permis l’attribution de nouveaux quotas.

Dans la MRC du Domaine-du-Roy, l’arrivée de nouveaux élevages contribue à renforcer la diversification et pourrait favoriser l’émergence d’une filière structurée sur le territoire, affirme la conseillère Laurence Bouchard.
Dans la MRC du Domaine-du-Roy, l’arrivée de nouveaux élevages contribue à renforcer la diversification et pourrait favoriser l’émergence d’une filière structurée sur le territoire, affirme la conseillère Laurence Bouchard.

Pour rappel, la zone 1 englobe le territoire compris à l’intérieur des MRC du Lac-Saint-Jean-Est, du Fjord-du-Saguenay, de Maria-Chapdelaine, du Domaine-du-Roy, de Ia Haute-Côte-Nord et de Manicouagan. La zone 2 (Centre et Ouest) inclut la Montérégie, Lanaudière, les Laurentides et la Capitale-Nationale. Cette fusion corrige enfin une anomalie juridique qui empêchait le Saguenay–Lac-Saint-Jean de participer aux enchères de quotas. La région compte désormais huit titulaires, dont quatre nouveaux acquéreurs depuis la mise en place du SCVQ (Système centralisé de vente de quota) A200.

Des installations de pointe

Parmi ces « p’tits nouveaux », la Ferme Laroche et Frères, de Saint-Prime, a été la première à lancer son élevage en janvier de cette année. Au moment de s’entretenir avec La Terre en mai dernier, Christopher Laroche achevait un 3e cycle de production. « Présentement, on produit 22 000 poulets», indique l’entrepreneur, qui mise sur des équipements de pointe, dont des ventilateurs écoénergétiques. « On a opté pour l’installation de cooling pads [panneaux de refroidissement], donc en cas de canicule, on est capables de charger l’air de fines particules d’eau pour refroidir de quelques degrés l’air à l’intérieur du poulailler. La ventilation des différents étages s’enclenche selon la température extérieure par rapport à notre cible visée », mentionne le producteur, qui a choisi l’emplacement de son poulailler afin d’optimiser la gestion du fumier et de réduire ses coûts de transport.

Les poussins arrivent à environ 40 g pour atteindre à terme 2 à 2,5 kg. Photo : Gracieuseté des EVQ
Les poussins arrivent à environ 40 g pour atteindre à terme 2 à 2,5 kg. Photo : Gracieuseté des EVQ

Bien que la majorité des abattoirs soit située en Montérégie, la logistique de transport, qui est prise en charge par ces derniers, ne pose pas de souci particulier, selon M. Laroche. « Notre plus gros enjeu actuellement est plutôt du côté des poussins, qui n’arrivent pas tous en bonne santé. Après trois lots, nos taux de mortalité sont plus élevés que la normale », constate le producteur, qui envisage néanmoins l’installation d’un deuxième poulailler, si la disponibilité des quotas le permet.

Du côté de Chicoutimi, la Ferme avicole Maltais n’a pas lésiné non plus sur la technologie. Avec son frère Sébastien, Guillaume Maltais a investi dans une installation entièrement automatisée de 40 pi sur 372 pi [12,19 m sur 113,38 m] déployée sur deux étages. « On a bâti pour être capables d’absorber la demande. On a acheté 2 000 m2 de quotas et notre bâtisse peut en accepter 2 800 », précise-t-il. La Ferme avicole Maltais produit à l’heure actuelle 44 000 poulets, pour une cible de 300 000 par année. « On produit de la poulette de 35 jours, prête à partir à environ 2 kg », explique M. Maltais. Au terme d’un 3e lot, il ne relève aucun enjeu majeur, hormis les incontournables ajustements propres aux technologies autonomes. « Calibrer la ventilation, les soigneurs, la luminosité, c’est du fine tuning », relativise le sympathique producteur, qui s’appuie sur un cycle d’une année complète pour valider ses constats. 

Les frères Sébastien et Guillaume Maltais, de Chicoutimi, produisent de la poulette de 35 jours. Photo : Étienne Gosselin
Les frères Sébastien et Guillaume Maltais, de Chicoutimi, produisent de la poulette de 35 jours. Photo : Étienne Gosselin

Une agriculture plus diversifiée

Dans la MRC du Domaine-du-Roy, l’arrivée de nouvelles exploitations avicoles a des conséquences favorables à plusieurs égards. « On parle d’investissements importants sur le territoire, sans compter la création d’emplois agricoles. Les retombées se font sentir bien au-delà de l’entreprise elle-même, notamment auprès des transporteurs, des meuneries et des différents fournisseurs de services », a indiqué par courriel Laurence Bouchard, conseillère sectorielle en agroalimentaire auprès de l’organisme. Ce projet s’inscrit également dans la volonté de la MRC de diversifier son agriculture, un objectif au cœur du Plan de développement de la zone agricole et agroalimentaire 2025-2030. « L’attribution de nouveaux quotas, qui pourrait susciter la réalisation d’autres projets similaires, favorise à la fois la diversification des productions et le dynamisme économique de nos communautés », souligne l’agronome, qui observe un changement dans le portrait agricole régional. « Pendant longtemps, la production de volaille était marginale sur le territoire et concentrée entre un nombre limité d’acteurs. Aujourd’hui, la situation évolue. L’ouverture des quotas permet à de nouveaux producteurs de se lancer, ce qui contribue à stimuler la relève. La volaille devient tranquillement une composante plus visible et structurante de notre paysage agricole », conclut Mme Bouchard. 

Christopher Laroche mise sur des équipements de pointe pour sa production de 22 000 poulets.
Christopher Laroche mise sur des équipements de pointe pour sa production de 22 000 poulets.