Économie 19 juin 2026

Un ralentissement démographique qui force à se réinventer 

BROSSARD – Le secteur de la transformation alimentaire devra s’ajuster au « vent contraire » que représente la stagnation de la croissance de la population. Une telle situation affectera l’économie québécoise encore pour quelques années, en jouant à la fois sur la demande des consommateurs pour les aliments et sur l’accès à la main-d’œuvre, analyse Florence Jean-Jacobs, économiste principale chez Desjardins.

« On a connu des années record de croissance de la population, stimulée par les politiques d’immigration plus ouvertes, mais là, il y a un retour du balancier, qui devrait nous toucher cette année, l’année prochaine et jusqu’en 2028 », a-t-elle évoqué dans une conférence présentée au Sommet de l’exportation agroalimentaire, le 17 juin, à Brossard, en Montérégie. 

Conséquemment, la demande pour les produits alimentaires sera moins vigoureuse, anticipe-t-elle. « C’est particulièrement marqué au Québec, mais ce n’est pas le cas, par contre, en Alberta, donc il y a des chances à saisir dans d’autres marchés pancanadiens potentiels, où les perspectives de croissance démographique sont plus positives », a-t-elle suggéré aux représentants d’entreprises agroalimentaires qui participaient à l’événement. 

L’autre effet de cette « démographie stagnante » est le bassin de main-d’œuvre disponible, qui, pour la première fois depuis de nombreuses années, est en diminution dans la tranche de la population active, a rapporté Mme Jean-Jacobs. « C’est moins facile de trouver de la main-d’œuvre dans certaines régions et dans certains corps de métier. Un incitatif pour investir davantage dans la technologie et la machinerie pour faire des gains en efficacité, et être en meilleure posture pour produire davantage avec moins de personnel », propose-t-elle.

Un risque « macroéconomique majeur »

Le secteur de la fabrication agroalimentaire s’en tire pour l’instant mieux que d’autres en matière de croissance des exportations, malgré le contexte géopolitique incertain des dernières années, étant même en meilleure posture aujourd’hui qu’en février 2022, ce qui témoigne d’une grande résilience, croit Mme Jean-Jacobs. Selon elle, l’une des raisons expliquant cela est qu’il a été moins touché que d’autres – comme l’acier, l’aluminium et l’automobile – par les tarifs imposés sur les produits d’importation canadienne par l’administration Trump, aux États-Unis.

Trois scénarios

Or, cela pourrait changer avec la révision imminente de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qu’elle qualifie de « risque macroéconomique majeur », et face à laquelle son institution financière s’attend à trois scénarios possibles. Le premier est que l’accord soit reconduit tel quel jusqu’à la fin de son terme prévu de 16 ans. Le deuxième, plus défavorable, mais le plus probable selon l’économiste, est qu’il n’y ait pas d’entente, ce qui déclencherait des révisions annuelles. « Le danger avec ce scénario est que ça met le secteur dans une situation d’incertitude quasi permanente à laquelle il faudra s’habituer », souligne-t-elle. Le troisième scénario, « très défavorable », serait une rupture de l’accord, suivie du retrait des exceptions en place pour les produits conformes à l’ACEUM. Les États-Unis pourraient ensuite imposer des frais de douane qui passeraient « de 4 % à 15, 20 ou 25 %. On ne le sait pas, mais ce n’est pas un scénario qu’on croit probable », assure Mme Jean-Jacobs.