Transformation 19 juin 2026

La concurrence de l’Inde fait mal aux cornichons québécois 

Près de trois ans après avoir racheté des actifs d’Aliments Whyte’s pour assurer la survie de la production québécoise de cornichons, Aliments Putter’s, qui est devenu le seul acheteur de concombres de transformation de la province, éprouve plus de difficultés que prévu à gagner des parts de marché dans les épiceries. La forte concurrence de produits importés de l’Inde, écoulés au Canada à faible prix, est une embûche majeure, relève l’un des copropriétaires, John Tartaglia. 

« On a augmenté les volumes de concombres qu’on achète des producteurs québécois, mais pas aussi vite qu’on avait prévu. Les ventes n’augmentent pas autant qu’on pensait à cause du dumping de l’Inde », affirme-t-il.

Le transformateur achetait déjà beaucoup de concombres locaux pour alimenter son usine de Sainte-Sophie, dans les Laurentides, avant de faire l’acquisition des installations de son compétiteur, Les Aliments Whyte’s, qui a déclaré faillite en 2023. En achetant l’usine située à Saint-Louis, en Montérégie, ainsi que les contrats des agriculteurs qui l’approvisionnaient, il avait l’ambition d’augmenter considérablement sa production de cornichons, en prenant les parts de marché des Aliments Whyte’s dans les supermarchés, les restaurants et les institutions. Il voulait que les producteurs de concombres de transformation du Québec, qui n’ont plus qu’un seul acheteur, plutôt que deux, puissent cultiver autant de concombres qu’avant, voire davantage. Or, trois ans plus tard, les gains sur les tablettes d’épiceries sont moindres que prévu, notamment parce que des entreprises de l’Inde, qui envoient normalement des produits aux États-Unis, viennent écouler de plus grandes quantités de cornichons à bas prix au Canada pour éviter les tarifs douaniers américains, selon ce que constate M. Tartaglia.

« L’acheteur choisit le moins cher et c’est difficile pour nous de compétitionner les prix », se désole celui qui ne se décourage cependant pas, et qui poursui t ses efforts de développement de marchés, un gain à la fois. La bannière Costco lui achète désormais plus de produits, dit-il, ce qu’il considère comme positif. 

Certains producteurs gardent néanmoins espoir que le transformateur réussira à développer de nouveaux marchés.
Certains producteurs gardent néanmoins espoir que le transformateur réussira à développer de nouveaux marchés.

Des baisses de prix

Pour les agriculteurs, tout cela se traduit par des baisses de prix reçus pour leurs concombres, depuis trois ans. Aussi, les volumes de légumes qu’ils livrent à l’acheteur sont moindres que ce qu’ils étaient avant la faillite des Aliments Whyte, bien qu’une petite augmentation leur ait été accordée pour la saison 2026, par rapport à 2025.

C’est dans ce contexte qu’un producteur de Saint-Alexis, dans Lanaudière, Michel Ricard, qui produisait environ 200 tonnes de concombres de transformation par saison, a pris la décision, en 2026, d’arrêter complètement la culture de ce légume. 

Perte d’un producteur-cribleur

Il abandonne aussi la tâche de cribler les concombres cultivés par les cinq fermes de sa région qui approvisionnent Aliments Putter’s. Son entreprise était un intermédiaire responsable de trier les différentes catégories de légumes, avec des équipements fournis par l’acheteur, avant que ceux-ci soient envoyés à l’usine. 

« Juste pour le criblage et la production de concombres, je devais embaucher 16 travailleurs. Les concombres, ça prend beaucoup de main-d’œuvre, qui coûte de plus en plus cher, et les prix qu’on reçoit baissent », résume le producteur pour justifier la décision qu’il a prise de tout arrêter pour se concentrer sur la production de légumes plus mécanisés, notamment de carottes et de betteraves, dans l’optique de réduire sa dépendance à la main-d’œuvre.

L’un des plus gros producteurs de concombres de transformation de la province, Jonathan St-Onge, dont la ferme se situe à Saint-Robert, en Montérégie, voit la hausse des volumes à produire, depuis 2025, comme un pas dans la bonne direction, mais   admet que les baisses de prix depuis trois ans commencent à faire mal, dans un contexte où les salaires et le prix des intrants augmentent.

« Les cornichons, c’est vraiment réactif à la température, donc ça représente un gros risque à produire. Ça prend aussi beaucoup de main-d’œuvre. Moi, j’ai 60 travailleurs étrangers temporaires pour un mois et demi de production. C’est un gros investissement. Avant, ça valait la peine, avec une augmentation de volume significative, mais là, ça n’augmente pas tant que ça et les prix baissent », exprime le maraîcher, qui garde espoir que le transformateur réussisse à développer de nouveaux marchés.

Un autre producteur de la Montérégie, Raphaël Gaucher, veut aussi « laisser une chance » à l’acheteur. « C’est un défi pour eux de se tailler une place. Je suis confiant pour le futur. On va leur laisser la chance de faire un bout de chemin. On est sur une remontée; c’est encourageant », commente l’agriculteur de Saint-Damase.