Technique 15 juin 2026

La techno au service de l’irrigation

L’irrigation agricole est entrée dans une nouvelle ère. Face aux épisodes de sécheresse et à la pression sur la ressource, producteurs et spécialistes misent désormais sur des technologies de précision – sondes tensiométriques, stations météo connectées et équipements intelligents – pour arroser mieux, avec moins d’eau. Et les technologies sont en plein essor.

La « régie raisonnée » de l’eau est un enjeu incontournable, fait valoir Carl Boivin, chercheur spécialisé en gestion de l’eau à l’Institut de recherche et de développement en agro­environnement (IRDA).   

L’entreprise Hortau est spécialisée en gestion et automatisation de l’irrigation. Photo : Gracieuseté de l’IRDA
L’entreprise Hortau est spécialisée en gestion et automatisation de l’irrigation. Photo : Gracieuseté de l’IRDA

Intervenir au bon moment n’est pas toujours simple, dit-il, mais une synchronisation des apports hydriques avec les besoins des cultures permet d’éviter les pertes de rendements, de minimiser les pertes d’eau et de réduire le lessivage des intrants. Et de plus en plus d’outils sont développés pour contribuer à l’atteinte de cet objectif.

L’entreprise Hortau, spécialisée en gestion et en automatisation de l’irrigation, s’apprête justement à ajouter à sa plateforme mobile une nouvelle fonctionnalité. Cette dernière, propulsée par l’intelligence artificielle (IA), agit comme « un système prédictif » qui permet d’anticiper les situations, explique le président et chef de la direction de la PME de Lévis, Jocelyn Boudreau. 

Ce type de système utilise les données historiques et apprend à prédire comment le futur va se passer. On est actuellement capables de dire la quantité d’eau dans le sol et on va être capables de dire ce que ce sera dans deux, quatre ou sept jours, avec une assez bonne précision, en ­couplant les données météo et les données historiques.

Jocelyn Boudreau

Selon M. Boudreau, cette fonctionnalité a été testée au cours de la dernière année dans des champs californiens, aux ­États-Unis, où Hortau opère une filiale. Elle devrait être offerte au Québec au cours des prochains mois. 

Autre innovation

Autre nouveauté : Hortau a récemment mis en marché une sonde qui permet de mesurer en continu la présence des nitrates dans le sol. « Si on arrose trop, on pousse les nitrates, dont l’azote, en dehors de la zone des racines, relève Jocelyn Boudreau. On les perd et ça peut être dommageable pour l’environnement ».

Bref, la sonde d’Hortau vise à éviter la dénitrification et le lessivage, afin d’être en mesure d’ajuster la fertilisation en conséquence. Des tests concluants ont notamment été réalisés au cours des dernières années dans des cultures de pommes de terre et de houblon. 

L’entreprise Hortau s’apprête à ajouter une nouvelle fonctionnalité à sa plateforme mobile. Photo : Gracieuseté de Hortau
L’entreprise Hortau s’apprête à ajouter une nouvelle fonctionnalité à sa plateforme mobile. Photo : Gracieuseté de Hortau

Pour économiser l’eau

La directrice générale (DG) et copropriétaire de Harnois Irrigation, Danielle Harnois, confirme que la présence croissante de tensiomètres et de stations météo dans les champs, de même que l’intégration d’ordinateurs aux équipements mécanisés, dont les rampes, permettent de viser une irrigation de précision. Mais il est toujours possible d’optimiser l’opération, croit-elle. 

« Une première façon d’économiser l’eau et l’énergie est d’avoir un système à basse pression, plutôt qu’à haute pression, avance-t-elle. Mais ça ne fonctionne pas pour tous. Certains n’ont pas le choix de garder un système à haute pression, par exemple s’ils doivent irriguer pour protéger leurs plantes contre le gel. » 

Selon Mme Harnois, le pourcentage d’eau qui se retrouve au bon endroit, soit au niveau des racines, est estimé à 92 % avec un système à basse pression (qui utilise souvent des têtes d’aspersion plus près des plants), tandis qu’il s’abaisse à 55 % pour un canon à haute pression.

Michel Goyet et Danielle Harnois, copropriétaires de Harnois Irrigation. Photo : Gracieuseté de Harnois Irrigation
Michel Goyet et Danielle Harnois, copropriétaires de Harnois Irrigation. Photo : Gracieuseté de Harnois Irrigation

La sélection des têtes d’aspersion et leur distribution sur les différents types de structures d’irrigation sont d’autres éléments clés, selon Danielle Harnois. 

« Peu importe le modèle, c’est vraiment le choix de la tête d’aspersion et où elle est située le long de la structure qui va faire une grande différence, et ce, bien avant le type d’ordinateur (intégré à l’équipement) et l’application à taux variable », relève-t-elle.  

Prisés dans les cultures maraîchères, fruitières et horticoles, les systèmes goutte à goutte permettent également une économie d’eau appréciable, souligne Mme Harnois.

S’inspirer de l’Europe? 

La DG de Harnois Irrigation croit par ailleurs que le Québec aurait avantage à s’inspirer de l’Europe, où les données des différents équipements d’irrigation, comme les pompes, les enrouleurs avec chariot porte-canon, les pivots ou autres rampes frontales automotrices, peuvent être centralisées sur une interface unique. « Ça permet d’avoir un tableau de bord et de documenter la consommation d’eau des machines et le temps d’utilisation (des équipements) en heures réelles », ­précise Danielle Harnois. 

L’opération n’est pas aussi simple ici, car les manufacturiers d’équipements en Amérique du Nord ont chacun leur plateforme, fait-elle valoir. « Ça va prendre plus de temps avant que tous les ordinateurs puissent se parler pour avoir un beau tableau de bord, ­ajoute-t-elle. Le fait d’avoir les informations en heures réelles permettrait une gestion encore plus fine. »