« Maximiser la gestion de l’eau fait vraiment partie de la boîte à outils des producteurs pour améliorer les rendements de leurs champs », affirme Chloé Boucher-Ravenhorst, du MAPAQ. Photo : Gracieuseté du MAPAQ
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S'abonner maintenantLes producteurs agricoles n’ont aucun contrôle sur la météo ni sur le prix des intrants ou du diesel, mais ils ont tout de même la possibilité d’adopter des pratiques favorisant une meilleure gestion de l’eau, une ressource vitale et indispensable aux activités de leur ferme. Tour d’horizon.
« Maximiser la gestion de l’eau fait vraiment partie de la boîte à outils des producteurs pour améliorer les rendements de leurs champs », affirme Chloé Boucher-Ravenhorst, conseillère en génie agricole et en agroenvironnement au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
Mais, avant tout, précise-t-elle, un diagnostic de la gestion de l’eau s’impose, tant pour la production en champ et l’irrigation que pour la production animale. « Il faut savoir quels sont nos besoins en eau, avant de prioriser des interventions », dit la conseillère.

« L’objectif ultime, ce n’est pas nécessairement toujours de diminuer le volume d’eau, mais c’est que l’eau soit utilisée le plus efficacement possible », fait pour sa part valoir le chercheur spécialisé en gestion de l’eau à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), Carl Boivin.
En conférence, le chercheur compare souvent le choix des pratiques de gestion de l’eau à celui d’une paire de chaussures : il n’existe pas de solution universellement meilleure qu’une autre. « L’idée, c’est de miser sur celle qui est adaptée à notre situation », résume-t-il.
Santé des sols
Cela dit, augmenter l’autonomie en eau naturelle (sans apport d’irrigation) des systèmes culturaux pour viser le meilleur développement possible de la plante demeure une pratique essentielle, estime le chercheur de l’IRDA. Limiter la compaction des sols fait notamment partie des incontournables pour y parvenir.
Il y a d’ailleurs encore de l’éducation à faire sur ce point, selon la conseillère au MAPAQ. « Le rôle de la santé des sols sur la capacité des champs à stocker l’eau et à la rendre disponible plus longtemps, à rendre les champs plus résilients, est moins acquis », dit Chloé Boucher-Ravenhorst. « Passer d’un système d’agriculture traditionnelle vers un autre plus axé sur la santé des sols, ça reste plus flou, ajoute-t-elle. Et les recettes sont variables; il y a plusieurs façons d’y arriver. Il reste du travail à faire, tant de la part des conseillers que des producteurs, pour améliorer la résistance des systèmes. »
Des aménagements permettant une meilleure retenue de l’eau, tels des noues, des fossés d’interception et des avaloirs, peuvent également être mis en place de façon complémentaire, souligne Mme Boucher-Ravenhorst.

Consommation optimale
L’irrigation étant l’une des principales sources de consommation d’eau dans une ferme, Carl Boivin insiste sur l’importance de « l’irrigation raisonnée ». « C’est sûr qu’on ne veut pas que les plantes manquent d’eau, mais il faut savoir pourquoi on décide d’irriguer une journée donnée », dit le chercheur. La tâche est d’autant plus complexe qu’il n’existe pas de recette universelle à appliquer. « On me demande parfois quelle est la consigne pour l’irrigation de la pomme de terre. Mais il n’y en a pas, explique-t-il. Ça dépend du type de sol, de la variété et, à la limite, de la profondeur d’enracinement. Tout ça fait en sorte que la consigne est différente d’un producteur à l’autre. »
L’utilisation d’outils d’aide à la décision, comme EstimEau, Info-Sol, ou encore des tensiomètres, des sondes et des bilans hydriques, représente ainsi un choix avisé.
Production animale
Spécialisé en ingénierie des infrastructures agricoles à l’IRDA, le chercheur Stéphane Godbout souligne que certaines actions peuvent également être posées en production animale pour mieux gérer l’eau. Des recherches ont par exemple été réalisées dans l’industrie porcine pour cibler les meilleurs équipements d’abreuvement pour limiter le gaspillage d’eau.
Les résultats ont démontré que les bols conventionnels sont idéaux pour les porcs en engraissement, tandis que les suces installées entre deux bat-flanc (panneaux de plastique) sont optimales pour les truies en groupe, a-t-il déjà été rapporté.
L’utilisation de l’eau chaude, plutôt que de l’eau froide, permet en outre de gagner en efficacité dans l’opération nettoyage des bâtiments.
Comme l’eau fait partie des moyens utilisés pour rafraîchir les porcs lors d’épisodes de stress thermique, en période de canicule, Stéphane Godbout estime qu’il est important de réfléchir dès maintenant aux meilleures pratiques à mettre en place. « Il faut voir comment on s’adapte aux changements climatiques. Est-ce qu’on utilise l’eau ou pas, en période de canicule? Et le bien-être animal, qu’en est-il? À long terme, il y a peut-être des questions éthiques qui vont finir par se poser », croit-il.
Travail à faire
De façon générale, Carl Boivin, de l’IRDA, estime qu’il reste du travail à faire pour optimiser la gestion de l’eau. Malgré les nombreux projets de recherche – déjà réalisés ou en cours – et les outils disponibles, les connaissances dans ce domaine ne sont pas encore aussi avancées que celles liées, par exemple, à la phytoprotection ou à la fertilisation.
Le professeur au département des sols et de génie agroalimentaire de l’Université Laval, Sylvio Gumiere, verrait par ailleurs d’un bon œil qu’un organisme soit chargé de veiller au transfert des connaissances acquises par les étudiants et les chercheurs de divers horizons vers les producteurs. Cela permettrait aux bonnes pratiques de percoler plus rapidement aux quatre coins de la province, croit-il.
Bonnes pratiques à considérer
Catégorie approvisionnement
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Diversifier les sources d’approvisionnement (éviter la dépendance à une seule source d’approvisionnement).
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Capter et valoriser l’eau pluviale.
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Aménager des étangs d’irrigation.
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Effectuer des prélèvements d’eau de surface (cours d’eau) à des fins de stockage en période de débit suffisant afin de sécuriser l’approvisionnement lors d’épisodes de sécheresse hydrologique.
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Éviter d’utiliser de l’eau stockée si d’autres sources sont disponibles.
Catégorie performance du système d’irrigation
- Choisir un mode d’irrigation adapté au contexte (ex. : privilégier le goutte-à-goutte, lorsque pertinent).
- Concevoir le design pour assurer une distribution uniforme et limiter les pertes de charge.
- Installer les composantes du système conformément aux spécifications techniques.
- Maintenir le système en bon état (ex. : filtres).
- Vérifier périodiquement la performance du système d’irrigation.
- Corriger les anomalies détectées lors d’un diagnostic de la performance.
- Opérer le système dans des conditions qui limitent les pertes (ex. : absence de vent en aspersion, consigne).