Les Éleveurs de porcs craignent l’ouverture d’une brèche dans les modèles actuels de mise en marché collective. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantLes Éleveurs de porcs du Québec s’inquiètent des effets que pourrait avoir une récente décision de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) sur leurs outils de mises en marché collectives.
Cette décision leur impose la tenue d’un référendum concernant la demande du producteur et transformateur de porcs biologiques duBreton d’exclure certains produits de niche du plan conjoint des Éleveurs de porcs.
« On est allés en Cour supérieure pour ça. Bon, la Cour nous a dit de faire le référendum, et on va le faire. On n’est pas contre l’idée. Ce envers quoi on est contre, c’est que le producteur [duBreton] ne nous l’a pas demandé. Il n’est pas passé à travers le processus démocratique des Éleveurs de porcs du Québec. C’est plus là, l’enjeu. Parce qu’on voit un risque au niveau des outils de mise en marché collective. Si on vient affaiblir ces outils-là, c’est l’ensemble des producteurs agricoles qui vont perdre, parce que ça ouvre une brèche », confie Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs Québec, en entrevue avec La Terre, le 5 juin, au cours de leur assemblée générale annuelle, à Québec.
C’est à cette occasion que les délégués ont adopté une résolution demandant à leur organisation de transmettre à la RMAAQ leur position concernant « l’importance de maintenir un plan conjoint unique et comprenant tous les types de porcs […] ». Leur président ajoute que l’objectif n’est pas de s’immiscer dans le travail de la Régie, mais seulement « de soulever des drapeaux rouges » pour, éventuellement, pouvoir avoir une discussion afin de mieux comprendre leur position face à cet enjeu. « On aimerait savoir comment eux voient ça, et comprendre pourquoi la Régie se donne un rôle qui semble plus large que juste un régulateur économique », mentionne M. Roy.

Solidaire, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, qui était présent à l’assemblée des Éleveurs, ajoute que cette décision de la RMAAQ est préoccupante pour l’ensemble des fédérations régionales et spécialisées de l’UPA, « qui appliquent un modèle de consultation démocratique similaire auprès de leurs membres », rappelle-t-il. « Si la Régie impose un référendum chaque fois qu’un individu ou un petit groupe est insatisfait d’un vote démocratique majoritaire, le système actuel ne fonctionnera plus », précise-t-il à La Terre.
Chaque fédération régionale de l’UPA et chaque fédération spécialisée ayant un plan conjoint enverra à la Régie une résolution similaire à celle des Éleveurs. L’objectif est de demander au tribunal administratif de respecter le processus de consultation actuel appliqué par les organisations de producteurs, « qu’elle a elle-même instauré, plutôt que d’imposer des référendums au moindre mécontentement individuel », enchaîne M. Caron.
Une pétition pour sauver l’ASRA
Les Éleveurs ont également invité leurs membres à signer une pétition appuyant les recommandations qu’ils présenteront à La Financière agricole du Québec pour moderniser le programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), qu’ils ont identifié comme étant l’un des « trois piliers » de la production porcine au Québec, avec le plan conjoint et la gestion efficace à la ferme.
Rappelons qu’en 2024, face aux menaces de coupes gouvernementales dans l’ASRA, à la suite des conclusions d’un rapport externe de la firme Raymond Chabot Grant Thornton sur la filière porcine, les Éleveurs ont mis en place un comité pour analyser les besoins de leurs membres en matière de sécurité du revenu. Ils en sont arrivés à la conclusion que ce programme, malgré les critiques, reste essentiel et efficace, à condition de ne plus être détourné de sa mission première.
Rappelons que dans leur dernière convention de mise en marché des porcs en 2023, les Éleveurs avaient consenti à une baisse de prix majeure pour éponger les difficultés des abattoirs. Cela a mené à des compensations ASRA très importantes, de quelque 600 M$ pour 2022-2023.
Les Éleveurs recommandent de recentrer le programme sur la stabilisation des revenus agricoles et de créer des programmes complémentaires distincts pour les autres enjeux (relève, régions éloignées, crises sanitaires, comme la peste porcine africaine), afin de ne pas détourner l’aide de son premier objectif. Pour préserver la diversité des fermes, ils estiment qu’il faudrait accorder un biais favorable aux petites entreprises, sans pour autant délaisser les plus grandes.
Dans son rapport, la firme Raymond Chabot Grant Thornton critiquait notamment le fait que l’ASRA avait aidé à soutenir d’autres maillons de la filière, contrairement à ce à quoi le programme devait servir, et qu’il agissait négativement sur la compétitivité du secteur.