Des similitudes des deux côtés de l’Atlantique

Malgré les milliers de kilomètres qui séparent le Québec de la France, les producteurs agricoles des deux côtés de l’Atlantique se posent finalement plusieurs des mêmes questions. 

C’est ce qu’a constaté Marie-Pier Beaulieu, chargée de projet au Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF), lors d’un récent congrès de la Francophonie consacré aux plantes fourragères tenu en France.

Au cours du séjour, Mme Beaulieu et ses collègues ont notamment visité la ferme de Guillaume Ducros, un producteur laitier français fortement engagé dans la valorisation des pâturages et des prairies.

« Je m’attendais à voir des producteurs beaucoup plus avancés que nous dans certaines approches agroécologiques, mais finalement les discussions étaient très proches de celles qu’on a ici au Québec », résume-t-elle.

L’entreprise de Guillaume Ducros compte environ 65 vaches laitières pour un total de 150 têtes, incluant les génisses de remplacement et quelques croisements destinés à la production de viande. L’exploitation repose sur 120 hectares, dont une majorité consacrée aux prairies et aux cultures destinées à l’autoconsommation du troupeau.

L’entreprise de Guillaume Ducros compte environ 65 vaches laitières pour un total de 150 têtes. Photos : Gracieuseté de Guillaume Ducros

Mêmes enjeux, motivations différentes

Si les enjeux se ressemblent, les motivations derrière certaines pratiques diffèrent toutefois entre les deux territoires. La relève agricole, la hausse des coûts de production et la recherche de systèmes plus résilients préoccupent autant les producteurs français que québécois. En France, l’agroécologie occupe une place centrale dans le discours agricole.

« Quand on leur demande pourquoi ils misent autant sur les pâturages, la première réponse, c’est l’environnement, la biodiversité, le côté vert alors qu’au Québec, nos décisions sont beaucoup plus orientées en rapport avec le rendement », explique Mme Beaulieu.

Cette orientation s’explique notamment par les politiques publiques françaises, où une part importante des aides gouvernementales est associée à des critères environnementaux comme le maintien des prairies permanentes ou la réduction du travail du sol.

« Le revenu agricole est énormément soutenu par l’État, et plusieurs subventions sont directement associées aux pratiques agroécologiques. Ça influence nécessairement le discours et les décisions des producteurs et c’est quelque chose qu’on aimerait bien avoir ici », observe l’agronome.

Le Québec comme inspiration

Pour Mme Beaulieu, l’un des aspects les plus surprenants de la visite demeure toutefois l’intérêt marqué du producteur français envers l’agriculture québécoise.

Grâce aux réseaux sociaux et aux échanges entre producteurs, Guillaume Ducros suit depuis longtemps les réalités agricoles d’ici. Il s’intéresse notamment aux fermes québécoises spécialisées dans les Jersey et rêve éventuellement de traverser l’Atlantique pour venir les visiter.

« Depuis longtemps, je regarde des reportages sur des fermes québécoises. C’est un modèle qui m’intéresse beaucoup », raconte-t-il.

Le producteur s’inspire aussi directement de certaines pratiques québécoises et utilise même des équipements fabriqués au Québec, notamment du matériel de l’entreprise Valmetal.

« C’était vraiment intéressant de voir qu’on peut aussi être une source d’inspiration pour eux », souligne Mme Beaulieu.

Sur sa ferme, Guillaume Ducros multiplie d’ailleurs les essais de couverts végétaux et de mélanges de cultures afin d’améliorer naturellement la fertilité des sols. « Le mélange entre culture et couverture sert surtout à apporter une vraie fertilité au sol », explique-t-il.

Les changements climatiques influencent également ses pratiques. Depuis cinq ou six ans, il laisse désormais les animaux au pâturage même durant une partie de l’hiver, une pratique auparavant impossible dans sa région. « Avant, on avait beaucoup plus de neige. Aujourd’hui, les hivers sont beaucoup plus doux », observe-t-il.

« On a souvent tendance à penser qu’en Europe ils ont trouvé le modèle idéal. Mais finalement, ce sont les mêmes débats et les mêmes défis, simplement abordés sous un angle différent », conclut Marie-Pier Beaulieu.