Différences de rendement entre la parcelle en prairie, avec ou sans engrais minéral et fumier bovin (à gauche) et les parcelles conventionnelles, avec engrais minéral seulement ou une combinaison avec fumier bovin. Photo : Gracieuseté de l’IRDA
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S'abonner maintenantLongtemps perçues comme une simple étape dans la rotation des cultures, des résultats obtenus à la ferme expérimentale de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), à Saint-Lambert-de-Lauzon – où des essais de longue durée sont menés depuis 1978 –, montrent que les prairies pourraient jouer un rôle beaucoup plus important dans la santé des sols, la stabilité des rendements et même la rentabilité des entreprises agricoles.
« Les données montrent notamment que, sans apport d’azote minéral, les parcelles ayant intégré des prairies pendant deux années sur quatre ont produit environ 13 tonnes de maïs-grain à l’hectare, contre environ 3 tonnes dans les systèmes reposant uniquement sur des engrais minéraux », précise l’agronome Christine Landry, chercheuse à l’IRDA.
Même avec une fertilisation complète, les sols minéraux plafonnent à environ 9 tonnes par hectare, alors que les systèmes avec prairie atteignent 18 tonnes. « On n’anticipait pas un écart aussi significatif », affirme Christine Landry.
Ces constats ont servi de point de départ à un nouveau projet de recherche qui s’est amorcé en 2025. L’objectif n’est plus seulement de comparer des régies agricoles, mais de mesurer concrètement les services rendus par les prairies et les cultures de couverture – et surtout de leur attribuer une valeur économique. À terme, ces données pourraient soutenir des programmes de rétribution pour les producteurs qui adoptent ces pratiques, explique la chercheuse.
Une solution de compromis?
L’équipe de recherche reconnaît toutefois que d’intégrer des prairies dans une rotation n’est pas réaliste pour toutes les entreprises agricoles, particulièrement en grandes cultures. C’est pourquoi le projet actuel, qui sera mené jusqu’en 2029, ajoute une nouvelle dimension : l’introduction annuelle de cultures de couverture dans des parcelles jusque-là gérées uniquement avec des engrais minéraux.

L’idée est de vérifier si ces pratiques plus faciles à intégrer peuvent offrir une partie des bénéfices observés avec les prairies. « Les cultures de couverture pourraient représenter un compromis réaliste pour les producteurs », explique Mylène Marchand-Roy, agronome et professionnelle de recherche à l’IRDA.
Dans les parcelles étudiées, des mélanges de trèfle sont semés en intercalaire dans le blé et le soya, tandis que des mélanges avoine-pois sont implantés après récolte.
Un effet longtemps sous-estimé
Pour Christine Landry, l’un des grands enseignements du projet est que l’effet des prairies a probablement été sous-estimé pendant des années.
« Lors du printemps particulièrement pluvieux de l’an dernier, les parcelles avec prairie ont maintenu de meilleurs rendements que plusieurs cultures annuelles », souligne Mylène Marchand-Roy.
Les systèmes avec prairie retiennent mieux les nutriments et maintiennent des sols en meilleure santé que les parcelles reposant uniquement sur les engrais minéraux.